Industrie
Kubota favori au rachat de Kverneland

Après la surenchère de CNH et du Chinois Chery Heavy Industries, Kubota apparaît désomais bien placé pour reprendre Kverneland.
L’offre publique d’achat du groupe Kverneland annoncée par Kubota, le 16 décembre, n’a pas attendu longtemps pour se trouver des challengers. À peine le Japonais avait-il proposé de racheter l’intégralité des actions du constructeur norvégien au prix de 8,5 couronnes norvégiennes l’unité, que, le lundi 19, CNH, puis le conglomérat chinois Chery Heavy Industries, enchérissaient d’une couronne. L’offre globale passait ainsi d’un montant de 169 M€ à 188 M€. Mais, le 21 décembre, l’actionnaire principal de Kverneland, Umoe AS tuait le match en acceptant de vendre à Kubota la totalité de ses parts, c’est-à-dire 31,8 % du capital, « de manière irrévocable et inconditionnelle », à un nouveau prix unitaire de 10,5 couronnes. Même si les actionnaires peuvent réfléchir jusqu’au 20 janvier pour vendre leur actions, il semble que constructeur japonais dispose désormais d’un sérieux avantage pour emporter l’affaire. Ni Chery, ni CNH n’ont surenchéri et les représentants de Kverneland ont très vite choisi leur camp. Dans un communiqué, Ingvald Loyning, le P.-d.g. du groupe se réjouit : « Nous sommes heureux que Kubota ait identifié les grands atouts de notre entreprise et qu’il souhaite continuer à les développer avec nous. » Michel Tramier, le directeur général de Kverneland France, ajoute : « Nous tenons à confirmer que cela constitue une très bonne nouvelle pour l’ensemble des équipes de notre groupe. Elles ont initié ces deux dernières années un redressement spectaculaire de sa rentabilité, des investissements, et une restructuration exemplaire de ses usines et filiales de distribution et la prise de position remarquée sur les marchés nouveaux. » Il se félicite, par ailleurs, pour les partenaires des réseaux Kverneland et Vicon de l’arrivée d’un industriel « sérieux, ambitieux et puissant ».
De son côté, pour rassurer les actionnaires les plus hésitants, Kubota a affirmé « des intentions de laisser Kverneland poursuivre ses activités existantes, de ne pas introduire de changements majeurs dans les affaires de l’entreprise, ni d’en déménager le siège, encore moins d’affecter les activités de chacun des membres du groupe ou de licencier un quelconque employé, autrement que dans le cours ordinaire des activités ».
Pour élaborer leurs offres, les trois prétendant auront certainement évalué avec précision les quatre atouts du groupe norvégien et la manière dont ils étaient chacun capables de les valoriser. Kverneland est, en effet, riche d’une gamme complète de matériels agricoles modernes. Son outil industriel implanté en Europe et en Chine a fait l’objet de restructurations et d’investissements récents. Il bénéficie d’un portefeuille de marques, Kverneland, Vicon, Rau, Taarup, Acco, respectées sur les marchés européens. Son réseau commercial lui a permis de réaliser un chiffre d’affaires de 236 M€ sur les 9 premiers mois de 2011.
Pour Chery Heavy Industries, Kverneland pouvait jouer un rôle d’accélérateur dans la maîtrise de technologies modernes et dans sa conquête du marché chinois, puis international. Il fait partie de ces industriels chinois actuellement en forte croissance. Il propose des équipements maritimes lourds, des matériels de TP et miniers ainsi que des machines agricoles, notamment des tracteurs et des moissonneuses-batteuses. Pour CNH, l’arrivée des produits de Kverneland lui aurait permis de franchir une nouvelle étape dans sa stratégie de full liner. Elle lui est particulièrement nécessaire pour se développer sur ses réseaux les plus concentrés, notamment en Amérique du Nord. Il y avait déjà conclu avec Kverneland, un accord de fourniture de matériels de fenaison.
Pour Kubota, l’achat de Kverneland apparaît plutôt comme l’ébauche d’une nouvelle stratégie. Son président, Yasuo Masumoto, avait annoncé en février 2011 son intention de doubler ses ventes d’ici cinq ans et de passer d’un chiffre d’affaires de 930 milliards de yens (8 Md€) à 2 000 milliards de yens (17 Md€). Ce groupe japonais déploie une large palette d’activités en moteurs, en matériels de construction et d’espaces verts ou en conduites d’eau. Le machinisme agricole lui apparaît essentiel dans son développement car il le juge nécessaire à la satisfaction des besoins alimentaires d’une population mondiale en pleine croissance. Mais, le Japonais, freiné actuellement dans son développement par sa gamme trop orientée vers la culture du riz, a annoncé être prêt à mettre sur la table plusieurs centaines de milliards de yens pour acquérir d’autres entreprises, parmi lesquels des constructeurs européens de machines agricoles.
B.S. - 17/01/2012