traite-expert-1
La souplesse dans les horaires de travail est le gros argument en faveur du robot de traite, reconnaît Jean-François Gaule, conseiller traite à la Chambre d’agriculture ...

Traite – « Attention au coût d’utilisation et au confort du trayeur »

Dans la Manche, premier département laitier, le robot de traite a le vent en poupe en représentant 53 % des installations neuves mises en route en 2015. Occupant la deuxième position avec 30 % du marché, les solutions classiques, en épi et en traite par l’arrière, présentent encore de réels intérêts sur le plan économique, selon Jean-François Gaule, conseiller à la chambre d’agriculture de la Manche. Elles sont aussi appréciées des éleveurs aimant traire et qui ne vivent pas les astreintes du matin et du soir comme une contrainte.


La souplesse dans les horaires de travail est le gros argument en faveur du robot de traite, reconnaît Jean-François Gaule, conseiller traite à la Chambre d’agriculture de la Manche. Toutefois, il ne s’agit là que de la face visible de l’iceberg. Cet équipement induit également un certain nombre de contraintes car, fonctionnant 24 heures sur 24, il demande à l’éleveur d’être toujours disponible en cas d’incident, l’obligeant parfois à se lever la nuit. Il est aussi plus onéreux à l’utilisation avec des frais de maintenance qui peuvent doubler voire tripler par rapport à une salle de traite conventionnelle utilisée avec un effectif de vaches comparables. » Le robot présente aussi l’inconvénient d’être limitant en termes de capacité quotidienne car il accepte un nombre maximal de vaches par stalle. Il peut ainsi obliger l’agriculteur à investir dans un module de traite supplémentaire en cas d’augmentation de la taille du troupeau. « Avec une salle de traite classique ou rotative, pas besoin d’investir pour passer, par exemple, 20 vaches de plus. Il suffit simplement de traire un peu plus longtemps », remarque le conseiller, indiquant que quelques exploitations de la Manche ont abandonné le robot en raison de l’accroissement de leur cheptel laitier. Les installations conventionnelles sont appréciées de ceux qui aiment traire et ne vivent pas les astreintes du matin et du soir comme une contrainte. « Contrairement au robot, quand la traite est finie, elle est finie ! L’agriculteur est ensuite libre de vaquer à ses occupations durant la journée », souligne Jean-François Gaule. La salle de traite rotative représente un investissement conséquent (voir tableau) et se justifie financièrement si elle ne mobilise qu’un seul trayeur. Cependant, dans les faits, le conseiller observe qu’une personne unique suffit rarement pour traire avec ce type d’équipement. « Pour s’en sortir seul, l’opérateur doit être bien organisé et en bonne condition physique car il est soumis à des gestes répétitifs, confie-t-il. Pour traire 120 vaches à l’heure, il doit brancher un faisceau trayeur toutes les 30 secondes. À cette cadence, le niveau de préparation des mamelles n’est pas toujours optimal et les soins post-traite difficilement envisageables. »

traite-expert-2

Le simple équipement économique et efficace

Les salles de traite en épi classique à 30 degrés et celles en traite par l’arrière (TPA) se révèlent finalement les plus intéressantes financièrement en étant les moins coûteuses à l’achat et à l’utilisation. « Pour accompagner l’évolution de la taille des troupeaux, leur dimension moyenne est passée, dans la Manche, de 2 x 6 postes au début des années 2000 à 2 x 8 voire 2 X 12 postes aujourd’hui, constate Jean-François Gaule. Ces configurations, associées à des dispositifs de sortie rapide des animaux, garantissent des débits horaires intéressants, de l’ordre de quatre vaches par poste et par heure. Elles obligent en revanche à intervenir à 1,5 voire deux opérateurs. » Les salles de traite par l’arrière et sortie rapide sont les plus plébiscitées aujourd’hui parmi les installations classiques. Elles présentent notamment l’intérêt de pouvoir s’intégrer dans des surfaces au sol limitées si leur implantation permet une sortie directe des vaches sur les aires d’exercice, donc sans couloir de retour. Leur confort d’utilisation demande en revanche de respecter certaines règles de construction. La conception des quais est notamment déterminante. Leur hauteur doit correspondre à la moitié de la taille du trayeur à laquelle s’ajoutent 10 cm et une pente de 5 à 7 % vers l’avant est indispensable afin que la vache cherche à se stabiliser en reculant et en écartant les pattes arrière. Ainsi, le raccordement des faisceaux trayeurs est facilité. L’intégration dans le quai de spots lumineux éclairant la mamelle améliore par ailleurs la visibilité. Avec une installation en épi classique à 30 degrés et traite latérale, la hauteur du quai est aussi importante en termes de confort. Dans ce cas, cette valeur correspond à la moitié de la taille du trayeur. « Les éleveurs souhaitant limiter leur investissement s’intéressent aujourd’hui aux salles de traite dotées d’un simple équipement en faisceaux trayeurs pour desservir les deux quais, précise Jean-François Gaule. Cette solution permet de réaliser une économie d’environ 20 % sur le coût du matériel mais demande en revanche de prévoir davantage de places par quai par rapport à un double équipement. » Par exemple, une 2 x 8 conventionnelle (16 postes de traite) permet de traire 70 vaches par heure alors que cette taille de troupeau demande une 2 x 10 en simple équipement (10 postes de traite). Ce concept économique s’avère cependant intéressant en termes de débit avec environ sept vaches par poste et par heure. Appliqué à des installations de 2 x 16 voire 2 x 20, il donne de surcroît la possibilité d’effectuer la traite seul à condition toutefois de simplifier l’hygiène de traite en se contentant de tirer les premiers jets et de nettoyer les mamelles les plus sales.

 

Simulation d’investissements en matériel pour traire 120 vaches laitières*

Type d’installation Coût du matériel Niveau d’équipement
2 stalles robotisées 220000 à 230000 € HT Compteurs à lait, système d’identification des animaux et distributeur automatique de concentrés (DAC) inclus
Roto 24 ou 28 postes 220000 à 230000 € HT Dont 60000 € HT pour compteurs à lait, identification des animaux   et DAC
2 x 12 postes (prévu 2 x 16) en traite par l’arrière (TPA) 150000 à 160000 € HT Dont 30000 € HT pour compteurs à lait, identification des animaux   et DAC
2 x 16 ou 2 x 20 postes en simple équipement et TPA 110000 à 130000 € HT Dont 20000 à 25000 € HT pour compteurs à lait, identification des animaux et DAC

(*) Données de la chambre d’agriculture de la Manche

L’équipement de traite robotisé, certes le plus coûteux à l’achat, présente l’intérêt d’être quasi toutes options en intégrant de base les compteurs à lait, l’identification des animaux et le distributeur automatique de concentrés (DAC). Ses conditions d’implantation jouent en sa faveur sur le plan économique, au moment de l’achat, car un robot mobilise peu d’espace et se contente d’une dalle de béton. Il s’intègre d’ailleurs facilement dans des locaux existants. La salle de traite rotative s’avère certainement la solution la plus onéreuse. D’une part, à équipement égal, son coût est comparable à celui d’un robot. D’autre part, elle occupe une grande surface de bâtiment et s’accompagne de travaux de maçonnerie conséquents. Les salles de traite en épi, à simple ou double équipement en faisceaux trayeurs, tirent, elles, leur épingle du jeu sur le plan de l’investissement. Elles offrent, de surcroît, des niveaux de performances proches de ceux du roto, grâce notamment au système de sortie rapide. En revanche, ce type d’installation mobilise généralement deux trayeurs alors qu’un opérateur peut suffire avec la salle rotative. Toutefois, traire tout seul demande une bonne condition physique.

Voir d’autres articles sur ce sujet

Commentez l'article

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *