GoodyearChronique d'un gâchis annoncé

Chronique d'un gâchis annoncé
Les annonces simultanées de la fermeture de l'usine d'Amiens Nord et du désengagement de l'activité agricole de Goodyear marquent la triste fin d'un feuilleton qui durait depuis 2007. À cette époque le manufacturier envisageait d'améliorer la productivité de ses deux usines picardes, celles d'Amiens Sud provenant du rachat de Dunlop et de l'autre côté de la route, celle de son site historique d'Amiens Nord. Il voulait les regrouper et investir 52 M€ dans de nouveaux outillages et leur confier la production de pneumatiques tourisme haut de gamme. Avant cela, il voulait convaincre les syndicats de s'engager dans une organisation de travail dite des « quatre-huit » et calquée sur celle des autres usines du groupe. Elle devait permettre d'étendre la production sur 350 jours par an au lieu de 326. Mais la perspective de rythmes de travail contraignants et de perte d'un certain nombre de dimanches et de jours fériés a été fraîchement accueillie par les salariés. Après maintes négociations, seule l'usine Sud a signé l'accord. Les effets conjugués de la crise, de l'arrivée de nouveaux acteurs sur le marché et de la baisse de la production automobile en France ont achevé de dégrader la rentabilité du site.
Titan sans enthousiasme
En 2009, le manufacturier a donc présenté un nouveau plan de fermeture de l'activité tourisme assortie de l'annonce de la mise en vente de la partie agricole. Le manufacturier américain Titan International qui avait déjà acquis les activités agraires de Goodyear aux États-Unis et en Amérique du Sud a vite posé une option pour acheter l'usine, les services commerciaux ainsi que les droits d'utiliser la marque Goodyear en Europe. Mais l'exécution qui devait attendre la conclusion du plan de sauvegarde de l'emploi de la partie pneus tourisme et le feu vert des syndicats a été sans cesse reporté. Le repreneur a fini par perdre patience. D'un côté les salariés touchés par les mesures de licenciement ont préféré jouer leurs dernières cartes en multipliant les recours juridiques, de l'autre ils ont reproché au candidat à la reprise son incapacité à s'engager sur au moins cinq ans.
61 millions de perte
Aujourd'hui, Goodyear présente sa décision radicale comme étant la seule option possible après cinq années de négociations infractueuses. Il explique que son activité tourisme sur Amiens-Nord a engendré une perte de 41 M€ en 2011 et que celle des pneus agricoles radiaux confrontée à une perte de parts de marché progressive en équipements d'origine aurait occasionné 20 M€ de pertes la même année. La fermeture de cette usine produisant 60 % des pneus agraires de la marque destinés à l'Europe, l'Afrique et le Moyen-Orient entraine le désengagement dans cette activité sur la zone. Le renvoi vers la case Pôle Emploi de 1 173 salariés et les effets économiques induits sur les sous-traitants ou partenaires ont forcément provoqué une vive émotion. Les politiques ont décidé de s'en mêler. Chacun y va de sa posture... Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, a pris contact avec les parties, les appele à mettre de l'eau dans leur vin, du vin dans l'eau et à avaler le tout... Laurent Berger, secrétaire national de la CFDT, estime dans une interview sur LCI que la direction et la CGT portent une responsabilité dans le projet de fermeture du site... BernardThibault, secrétaire général de la CGT, rétorque que sa centrale syndicale n'était pas là pour freiner le processus de retour à l'emploi, bien au contraire... Quoi qu'il en soit, après tant d'occasions perdues et dans l'esprit d'affrontements ou de dogmatisme qui a régné ces dernières années, les chances de sorties honorables de crise paraissent désormais minces. Pourtant, de ci de là, des messages d'apaisement sont envoyés. « Goodyear restera à l'écoute des initiatives qui pourraient être proposées par les parties prenantes », conclut dans son communiqué Henry Dumortier, le directeur général de Goodyear France. Dans une conférence de presse, la CGT s'est dite prête à renouer le dialogue avec Titan. Ce dernier continue à affirmer sa stratégie de développement international. Dans un communiqué publié en décembre, il qualifie d'un côté l'Europe de point négatif, de l'autre Maurice Taylor, le P.-d.g.  de Titan International annonce une série d'acquisitions à brève échéance. « Notre  but est de réaliser un chiffre d'affaires de 4 à 4,5 Md$ avant 2015. L'objectif est raisonnable. Il représentait 866 M$ en 2010, 1,487 Md$ en 2011 et devrait atteindre entre 1,8 et 1,9 Md$ en 2012. » Des ouvertures existeraient donc. Mais le temps, pour que les différents protagonistes du dossier apprennent à s'écouter, manque.

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