Massey Ferguson Antarctica 2Un tracteur a vaincu le Pôle Sud

Un tracteur a vaincu le Pôle Sud

La Néerlandaise Manon Ossevoort nourrissait un drôle de rêve poétique, celui de conduire un tracteur jusqu'à la fin du monde. Dans un précédent voyage, elle avait déjà atteint Le Cap (Afrique du Sud). Mais il lui manquait juste un coup de pouce supplémentaire pour aller plus loin. Les grands moyens technologiques et pas mal de détermination lui ont permis de concrétiser son envie.

L'arrivée au Pôle Sud en tracteur méritait bien un selfie !
Le 19 novembre, les manchots affairés sur la base antarctique russe de Novolazarevskaya ont été brutalement sortis de leur routine quotidienne. Ils ont vu un énorme avion cargo russe Iliouchine 76 capable de transporter jusqu'à 45 tonnes atterrir et décharger un tracteur MF 5610, deux pick-up Toyota, une énorme quantité de matériels et une quinzaine de personnes.
Un Iliouchine 76 a transporté tout le matériel de l'expédition depuis le Cap (Afrique du Sud)
Pour Massey Ferguson, l'expédition Antarctica 2 est symbolique à plus d'un titre. Elle marque le cinquantième anniversaire de la marque et elle rappelle le souvenir de l'expédition conduite en 1958 par l'Anglais Sir Edmond Hillary avec trois tracteurs TE20 de sa fabrication. Pour réussir le projet de rejoindre le Pôle Sud en tracteur, les équipes techniques de Massey Ferguson à Beauvais (Oise), ainsi que celles de ses partenaires ont soigneusement préparé le matériel. Ils ont choisi un MF 5610 de 110 chevaux à transmission Dyna 6. L'environnement de son moteur trois cylindres Agco Power a subi quelques modifications notamment au niveau de la lubrification, de l'admission de l'air et de la filtration pour supporter les froids intenses. Avant de partir, ils ont vérifié en chambre froide le bon fonctionnement de l'engin avec du carburant aviation Jet A1 capable de rester liquide jusqu'à des températures de -70 °C. Le manufacturier Trelleborg, de son côté, a fourni un jeu de pneumatiques polyvalents adaptés aux conditions difficiles du continent Antarctique.
Après trois jours de préparatifs, l'expédition s'élance.
Le 22 novembre, après trois jours de préparatifs et de vérification, l'expédition s'est élancée pour un voyage de 5 000 kilomètres en direction du Pôle Sud. Pour réussir son périple, Manon Ossevoort s'est bien entourée. Elle est accompagnée de Matty McNair et de sa fille Sarah McNair-Landry, deux aventurières rompues aux expéditions en régions polaires. Les Islandais Arnór Ingólfsson et Jóhannes Guðmundsson conduisent deux pick-up Toyota Hilux d'assistance. Le Britannique Simon Foster est chargé de ramener des photos et des vidéos. Le Français Nicolas Bachelet, enfin, joue un rôle essentiel. Il est le mécanicien de l'aventure. Ce technicien de Massey Ferguson connaît le tracteur par cœur. Pendant ses temps libres, il a participé avec ses collègues à sa préparation. Il ne devrait pas rencontrer trop de difficultés pour le conserver en bon état de marche tout au long du parcours.
Dans les conditions difficiles, Manon Ossevoort s'est sentie rassurée par la force du tracteur.
 Un terrain difficile Le 2 décembre, l'expédition annonçait avoir déjà parcouru 1 250 kilomètres. Pour marquer cette première étape, ses membres ont partagé un bon repas au curry et se sont autorisés un verre de remontant. Ils le méritaient car les conditions n'ont pas été des plus faciles. Cette première portion est particulièrement accidentée. Il a fallu éviter des crevasses, franchir des sastrugis, des vagues de neige allant jusqu'à un mètre de haut, et, lors de la traversée des monts Gabienz culminant à 3 400 mètres, affronter des températures descendant jusqu'à moins 56 °C. « Le voyage jusqu'à mi-chemin a été difficile, plus dur que ce à quoi je m'attendais », confesse Manon Ossevoort.
En cours de route, l'équipe s'est offert une randonnée d'exploration.
Arrivée à mi-chemin, l'équipe marque l'achèvement d'une première étape difficile.
Nicolas Bachelet, qui la relaie à la conduite du tracteur, explique qu'il lui a fallu faire preuve de la plus grande concentration pour conduire dans un paysage tout blanc et inondé d'une lumière aveuglante. Il s'est toutefois félicité de la conception du capot plongeant du tracteur dégageant une bonne visibilité sur les crevasses. Plus loin, l'expédition a abordé un gigantesque plateau glacé. Si sa traversée peut paraître moins difficile que la première partie du trajet, sa monotonie s'est avérée mentalement usante.
Pour la deuxième partie du parcours, l'équipe s'attend à traverser un immense plateau glacé et monotone.
  En cours de route, une tempête solaire a interrompu toute communication avec le reste du monde. À cette saison, le soleil ne se couche pas sur le continent Antarctique. Lorsque les conditions sont bonnes, certaines journées s'étirent sur 30 heures et les temps de conduite sur 23 heures. Le 3 décembre, le tracteur atteint le dépôt de carburant russe n°83. Les personnels de faction les accueillent avec une soupe chaude et quelques gobelets de vodka. La halte est mise à profit pour faire le plein de carburant et réparer la pompe à fioul d'un des pick-up. Le 9 décembre après 25 00 kilomètres et 17 jours de conduite, l'expédition atteint son but. Le Pôle Sud est matérialisé par une colonne zébrée surmontée d'un globe réfléchissant. C'est la deuxième fois qu'il est visité par un tracteur Massey Ferguson et la première qu'il est rejoint par un véhicule à pneus. Le moteur du tracteur a cumulé 584 heures et tourné sans s'arrêter depuis le départ, le 22 novembre. En tout, il a consommé plus de 10 000 litres de kérosène. Pour marquer l'événement Manon Ossevoort fabrique un bonhomme de neige et lui confie les rêves de personnes rencontrées depuis le début de ses pérégrinations. L'équipe s'offre une journée de repos bien méritée avant de prendre la route du retour. Tous espèrent que les traces laissées à l'aller rendront le chemin plus rapide.  

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