Démolition d'un pontDérouler le tapis rouge en une nuit

Le tapis de granulats terminé, les pelleteuses de démolition entrent en action sous les yeux de l’équipe franc-comtoise de l’entreprise Heitmann TP, qui reviendra le lendemain.
Le tapis de granulats terminé, les pelleteuses de démolition entrent en action sous les yeux de l’équipe franc-comtoise de l’entreprise Heitmann TP, qui reviendra le lendemain. (©F.P.)

En matière de démolition, les pelleteuses dotées de bras spécialisés et de broyeurs à béton, les plus imposantes, s’attirent les feux des projecteurs. Pourtant, si elles réalisent la phase essentielle d’un chantier de déconstruction, elles nécessitent une préparation minutieuse en amont leur permettant d’évoluer dans les meilleures conditions. Durant une nuit, j’ai suivi la mise en place d’un tapis destiné à préserver les chaussées d’une autoroute pendant la démolition d’un pont l’enjambant.

L’A75, aussi nommée « la Méridienne », est l’autoroute reliant Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) à Béziers (Hérault). Elle passe notamment par le célèbre viaduc de Millau. Sur l’ensemble de son tracé, elle comporte deux voies de circulation dans chaque sens. Mais au sud de la capitale auvergnate, cette configuration s’avère sous-dimensionnée pour absorber le trafic. Dix kilomètres et demi de cette artère sont donc en cours d’élargissement à 2 x 3 voies. Les travaux ont été lancés en 2018. Depuis, les ponts placés au-dessus de l’A75 ont dû être progressivement remplacés afin d’offrir une largeur suffisante aux six voies et bandes d’arrêt d’urgence. Le pont de la D786, reliant Le Crest, à l’ouest, à Veyre-Monton, à l’est, était le dernier à entraver l’élargissement de la chaussée.

Le long de la voie de l’A75, dans le sens sud-nord, une rampe est aménagée afin de permettre l’accès aux machines de démolition.

Dans les starting-blocks

4 octobre 2019. J’ai rendez-vous sur le chantier à 20 h 30. Lorsque j’arrive sur place, les équipes sont déjà sur le pied de guerre. Pour ces travaux nocturnes, les gilets à haute visibilité sont de rigueur. En plus, les hommes portent des baudriers lumineux à LED rouges. Tous attendent la fermeture de l’autoroute pour bondir dans leurs engins respectifs et commencer les travaux. Celle-ci devait intervenir à 20 h 30 dans l'un des sens de circulation, puis à 22 heures dans l'autre. Cependant, en raison de la tenue du Sommet de l’élevage à quelques kilomètres au nord, les autorités ont décidé de retarder la fermeture pour faciliter l’évacuation de cette grande manifestation agricole.

Les glissières provisoires en béton sont retirées à l’aide d’une grue pour laisser passer les engins.

Finalement, aux environs de 22 h 30, le ballet des voitures s’interrompt enfin. Aussitôt entre en scène un semi-remorque, doté d’une grue auxiliaire, pour retirer les glissières de sécurité provisoires sur les côtés de l’autoroute, sous le pont. Seul le muret central, séparant les deux sens de circulation, reste en place, puisqu’il s’agit du séparateur définitif. Celui-ci est recouvert d’une protection en géotextile, et des tubes en PVC, fendus en deux dans le sens de la longueur, recouvrent son sommet.

Dans le sens nord-sud, une chargeuse apporte les granulats stockés sur une plateforme adjacente à la route, et une pelleteuse forme le tapis.

Chargeuse et camions approvisionnent

David Heitmann, dirigeant de l’entreprise de travaux publics franc-comtoise du même nom, trace au sol les contours du tapis à réaliser pour recevoir les machines de démolition. Le long de la voie dans le sens nord-sud, une plateforme a été aménagée afin d’accéder rapidement à la chaussée, sous le pont. À l’aide d’une chargeuse Cat 950M, les équipes déversent des granulats sur les voies de circulation. Lorsque l’épaisseur s’avère suffisante, une pelleteuse 326F de la même marque vient en renfort pour étaler le produit. Si, dans ce sens, l’opération va bon train, de l’autre côté de l’autoroute c’est une autre affaire. En effet, les engins ne peuvent accéder directement à la chaussée à cause d’un talus à la pente prononcée.

Les camions bi-bennes apportant le matériau sont dotés de caisses à déchargement latéral afin de limiter leur hauteur sous le pont.

Trois camions porteurs sont alors chargés d’approvisionner en granulats. Deux MAN, un 6x4 et un 8x4 appartenant à la société Heitmann TP, sont épaulés par un Mercedes-Benz 8x4 en location. Tous les trois sont équipés de bi-bennes et déchargent sur le côté. Ceci limite leur hauteur lors de la vidange, ce qui est préférable lors d'interventions sous un pont. Une pelleteuse Cat 325F se charge de former le tapis sur la chaussée. Pendant ce temps, les camions roulent sur l’autoroute sur quelques centaines de mètres pour rejoindre la sortie et remonter sur la D786. Le tas de granulats destiné au côté sud-nord se tient sur les bords de cette dernière. Les bennes sont chargées par une autre pelleteuse de l’entreprise Heitmann TP, la 330F.

Dans un ballet parfaitement maîtrisé, les pelles étalent les granulas et constituent la plate-forme nécessaire à la déconstruction.

Une équipe organisée

Les équipes travaillent d’arrache-pied pendant plusieurs heures. Le temps est compté, la route devra rouvrir dans moins de 36 heures. Pourtant, ces hommes de terrain ne confondent pas vitesse et précipitation. Chacun sait précisément ce qu’il doit faire. Les camions se croisent sans discontinuer, les deux pelleteuses affairées à constituer le tapis semblent danser en rythme. Petit à petit, sous les projecteurs, le goudron disparaît et l’espace entre le tapis et le tablier du pont se réduit. Les pelleurs doivent progresser en translatant d’avant en arrière, tout en gardant le bras de la machine allongé. Dans le même temps, les équipes de Pennequin, une entreprise dijonnaise chargée de la démolition, préparent la déconstruction du pont. Les glissières de sécurité sont découpées et retirées à l’aide d’une pelleteuse de démolition Cat DEM50, équipée d’un bras spécifique par le Vendéen Demlone. Celle-ci emporte une cisaille à ferraille.

Pendant que les équipes de Heitmann TP s’affairent sous le pont, les hommes de Pennequin retirent les glissières au-dessus.

Les hommes de l’entreprise Heitmann TP terminent la mise en place du tapis. Ils ont formé un épais merlon au-dessus du séparateur central afin d’éviter que le poids des machines et la chute de gravats ne l’endommagent. L’un des camions achemine les différents outils qu’utiliseront les pelleteuses de démolition. À l’aide de la chargeuse, ceux-ci sont déposés sur la plateforme, le long de la voie nord-sud. Les machines employées pour former le tapis laissent place aux plus grandes, qui vont s’attaquer au grignotage du pont. Il est 3 heures du matin et, après avoir travaillé une bonne partie de la nuit, l’équipe Heitmann TP regarde les premiers instants de la démolition jusqu’à ce que David Heitmann, le patron, déclare : « Allons dormir. Demain, nous reviendrons évacuer les gravats. »

Article rédigé en partenariat avec la revue Forum Chantiers

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