Conférence filièreCrise dans l'agricole et léger mieux en espaces verts

Crise dans l'agricole et léger mieux en espaces verts
De gauche à droite, pour l'Axema : Patrick Pérard, président et Élodie Dessart, responsable du pôle économique. Pour le Sedima : Sylvie Domenech, responsable études économiques, Raphaël Lucchesi, président, Anne Fradier, secrétaire général.
La conférence d'automne de la filière organisée par les deux organisations professionnelles, l'Axema pour les industriels des agroéquipements et le Sedima pour les distributeurs, permet d'éclairer une conjoncture jugée difficile sur le marché agricole et stable ou en légère hausse pour les secteurs de la vigne et des espaces verts. Il s'agit ici de faire un point sur l'univers agricole qui impacte aussi dans son ensemble le monde rural et donc, par répercussion, une partie de la clientèle des distributeurs espaces verts. [metaslider id=47157] Les industriels de l'univers agricole n'ont pas le moral dans un contexte économique chahuté comme l'a défini, la responsable du pôle économique de l'Axema, Élodie Dessart lors de la conférence de presse de la filière le 12 octobre. Le même jour, le directeur général de la MSA, Michel Brault, expliquait sur les ondes de France Info que, depuis le début de l'année, sur 6 mois, la permanence de prévention du suicide chez les agriculteurs avait reçu 1700 appels. Le malaise et le mal-être des agriculteurs sont donc plus que perceptibles. En répercussion, les industriels interrogés en septembre (21 % des adhérents Axema) estiment que leur activité en France accusera une baisse des ventes comprise entre -6 et -25 % au second semestre. Les répondants pensent que l'ensemble des segments de marché sera touché : tracteurs, matériels de récolte, de fenaison, de travail du sol, semis et plantation, élevage, laiterie, matériels d'arrosage et de protection des cultures. Les fabricants de matériels de transport et de manutention sont les plus pessimistes, deux-tiers augurent une baisse et la moitié songent qu'elle atteindra au minimum - 25 %. Au niveau européen, la situation n'est pas meilleure. Une enquête menée auprès des adhérents du CEMA (association qui regroupe les constructeurs en Europe) indique que la moitié des personnes interrogées voient la demande chuter sur presque tous les secteurs dans les six prochains mois. Seul le marché des pulvérisateurs semble être épargné et, si l'on se penche sur le cas des pays individuellement, l'Espagne est le seul à connaître une croissance. Sur le marché des tracteurs agricoles, les statistiques d'immatriculations du marché français à fin septembre témoignent de la situation. Alors que les mois précédents, contre toute espérance, il s'était bien tenu, il a fléchi en septembre notamment sur les plus fortes puissances. Dans la catégorie des tracteurs « standard », les immatriculations baissent de 8,58 % pour les puissances de 150 à 199 ch et de 43,93 % pour celles comprises entre 200 et 249 ch. En revanche, le segment des 100 à 149 ch progresse de 41,27 %. Situation plus réconfortante pour la vigne et les espaces verts Dans ce contexte, les entreprises impliquées sur le secteur viti-vinicole et celles du marché des matériels espaces verts font figure de privilégiées. Pour 83 % des dirigeants interrogés dont les entreprises interviennent dans la vigne, l'avis global est positif mais à nuancer si l'on prend en compte des secteurs sinistrés comme la Bourgogne, le marché des matériels viti-vini devrait être stable au second semestre comparé à 2015. Sur le secteur des espaces verts, 54 % des intervenants entrevoient la stabilité et 15 % une hausse des ventes comprise entre 6 et 25 %. Là aussi, tous les segments de marché ne sont pas comparables. Par exemple, le cumul des immatriculations de tracteurs espaces verts de janvier à septembre 2016 affiche un -4,9 % comparé à la même période un an plus tôt (soit 3 353 immatriculations contre 3 529 en 2015). Mais, les stocks des concessionnaires sont plutôt sains et les ventes affichent un niveau correct qui perdure encore cet automne. La mévente impacte directement la trésorerie et le taux de marge Chez les distributeurs du Sedima (150 chefs d'entreprises interrogés soit 32 % des adhérents), 66 % prévoient une baisse de leurs commandes de matériels neufs en grandes cultures de l'ordre de 25 % sur le second semestre. En polyculture-élevage, la baisse atteint déjà 40 % sur les huit premiers mois de l'année. Pour le marché des matériels d'élevage, la majorité anticipe une diminution et 17 % penchent pour une hausse, mais le marché devrait baisser en moyenne d'environ 10 %. Comme du côté des fournisseurs, les adhérents de Sedima impliqués sur le marché de la vigne sont plus positifs avec 40 % qui prévoient une croissance supérieure à 3 % mais le nombre d'optimistes est en baisse (ils étaient 63 % à envisager une hausse sur le premier semestre). Le moral est aussi meilleur sur les zones de production de betteraves, de pommes de terre et d'autres tubercules. Enfin, si les résultats du premier semestre ont satisfait les revendeurs de matériels espaces verts, ceux qui ont répondu à l'enquête sont moins optimistes pour le second, mais, au global, l'activité devrait être en croissance sur l'année. La première inquiétude des revendeurs concerne la trésorerie. Ceux du machinisme agricole sont directement impactés par des stocks d'occasion à valeur élevée, une des conséquences négatives de la loi Macron avec des reprises effectuées sur des engins dont la valeur est proche de celle du matériel neuf. Ils sont aussi soucieux de la baisse de revenu des agriculteurs qui se traduit par l'allongement des délais de paiement. Dans ce contexte, 46 % trouvent leur situation de trésorerie difficile et 28 % très difficile. Les distributeurs sont aussi inquiets de voir leurs taux de marge (excédent brut d'exploitation/valeur ajoutée), déjà situés sous la moyenne des entreprises françaises, se dégrader. Cette situation s'explique en partie par le poids inchangé de la masse salariale alors que les ventes ont chuté. La faiblesse du taux de marge est encore plus sensible chez les distributeurs espaces verts (prévision de 11 % en 2015 contre 14 % dans le secteur agricole),  ce qui tend à fragiliser les plus petites structures. Les distributeurs font aussi grise mine au vu des résultats de leurs ateliers et de leurs services pièces détachées : 47 % estiment que le chiffre d'affaires des pièces va régresser (la majorité estime la baisse comprise entre -15 et - 3 % alors que 46 % voient leurs prestations d'atelier impactées). « C'est un effet ciseau avec une baisse de la préparation des matériels neufs effectuée par les ateliers et l'entretien des machines ne parc qui est différé », estime Raphaël Lucchesi, le président du Sedima en précisant que le constat des distributeurs est similaire quel que soit leur secteur. L'avenir en bouteille d'encre avec des nuances La situation des agriculteurs inquiète fournisseurs et distributeurs. C'est une évidence digne de Monsieur de La Palice. Par exemple, les revendeurs notent que les refus de financement les organismes bancaires augmentent y compris pour des factures d'entretien et pour l'achat de petits matériels. La détérioration de la situation financière des exploitants est évidemment un des points les plus sensibles pour les constructeurs et distributeurs car elle touche directement aux investissements qui sont restés stables en 2015 (6,5 Md€ selon l'INSEE). A un horizon 3 ans, les exploitants agricoles selon le baromètre IFOP-FNSEA (juin 2016) estime pour 38 % d'entre eux que leur situation ne va pas s'améliorer, 22 % estiment que les perspectives seront favorables et 38 % identiques. Les industriels anticipent donc une baisse des investissements des agriculteurs au 1er semestre 2017 à 61 % sur le marché français (24 % penchent pour une stabilité et 13 % sont optimistes pour leurs commandes). Les distributeurs font de leur côté part d'une très faible visibilité et leurs prévisions sont donc pessimistes à la fois pour les commandes de matériels neufs et d'occasion. L'Axema et le Sedima estiment cependant qu'il faudrait nuancer ses résultats globaux en fonction des situations sur les régions de production. Ceci pourrait impacter l'emploi dans la filière où 77 des constructeurs indiquent avoir recruté en 2016. La moitié des distributeurs a répondu par l'affirmative également mais avec un recours plus important à l'alternance (68 % contre 53 % en 2015). En 2017, 66 % des industriels indiquent avoir l'intention de recruter surtout dans les postes liés au commerce car le marché sera plus concurrentiel et seulement 26 % des distributeurs indiquent vouloir embaucher. Le président de l'Axema, Patrick Pérard et Raphaël Lucchesi pour le Sedima, sont donc mobilisés avec leurs organisations auprès des pouvoirs publics et des représentants législatifs. « Nous attentons une écoute particulièrement sur les aspects financiers et fiscaux pour le monde agricole », indiquent les deux responsables syndicaux. Malgré tous les éventuels constats négatifs sur l'agriculture française, celle-ci reste un des secteurs qui contribue activement à l'excédent commercial du pays avec 9,1 Md€ en 2014 (avec l'agro-alimentaire), à la troisième place derrière l'aéronautique et l'industrie pharmaceutique. La question de l'agriculture dépasse largement le strict débat économique puisque l'agriculteur et les secteurs qui lui sont associés (constructeurs, distributeurs, coopératives...) sont aussi un élément de vitalité dans les territoires permettant leur entretien et leur préservation. L'Axema et le Sedima donnent rendez-vous pour y réfléchir au prochain Sima dont le thème principal porte sur l'innovation avec plusieurs questions posées « être agriculteur et être distributeur dans 10 ans ».  

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