VALORISATION DU BOIS : haie d'honneur aux plaquettes

VALORISATION DU BOIS : haie d'honneur aux plaquettes

L'entretien des haies, bordant les parcelles de culture et les pâtures, est souvent vécu comme un mal nécessaire. Alors, pourquoi ne pas transformer cette contrainte en une ressource énergétique ? D'ailleurs, dans certaines exploitations, les haies, longtemps exposées à une politique d'arrachage systématique, ne semblent plus aujourd'hui gêner les champs de blé. Elles renaissent même dans le paysage. Coupables de leur suppression, les machines leur offrent aujourd'hui, en plus des intérêts écologiques bien connus, un nouveau débouché. Les déchiqueteuses de plaquettes se multiplient en effet. Elles satisfont aussi bien les unités de chauffage d'un élevage qu'un séchoir à grains. Le bois a donc de beaux jours devant lui. Pour préparer ce dossier, la rédaction de Matériel Agricole est allée à la rencontre d'agriculteurs et d'adhérents de Cuma, convaincus des nombreux intérêts de cette énergie renouvelable.

Gaec du Buisson - Saint-Fulgent-des-Ormes (Orne) : « les haies complémentaires à la grande culture »   Agriculture et sylviculture ne font plus qu'un dans le Gaec du Buisson. Les trois associés de l'exploitation, basée à Saint-Fulgent-des-Ormes dans l'Orne, ont décidé de valoriser les haies bordant leurs parcelles céréalières en un combustible pour leur unité de séchage de grain. Une solution économique valorisant les ressources locales.   «Les haies de notre région ont longtemps été considérées comme des charges inutiles. Beaucoup ont d'ailleurs été rasées lors des différents remembrements. Aujourd'hui, elles constituent une source de carburant essentielle pour la conservation de nos cultures céréalières », précise Laurent Étienne, associé du Gaec du Buisson avec Nicolas Tison et Arnaud Juglet. Située à Saint-Fulgent-des-Ormes, dans l'Orne, l'exploitation de polyculture- élevage est entourée de haies caractéristiques du bocage normand. Lorsqu'est lancée l'idée dans le Gaec de monter un ensemble de stockage composé d'une cellule sécheuse, le choix du combustible s'est porté naturellement sur le bois, une ressource locale et renouvelable. « Comme pour l'alimentation de nos bovins, nous essayons de valoriser au maximum les produits que nous cultivons. Le bois fourni par les haies en fait désormais partie. » Les agriculteurs se sont tournés, en 2014, vers la société AgriConsult pour acquérir deux silos de stockage de maïs et de blé, contenant 300 et 500 tonnes, ainsi qu'un kit complet de séchage. Ce dernier se compose d'une chaudière à biomasse Mabré, d'une puissance de 720 kW, insufflant l'air chaud dans une cellule de marque Sukup admettant jusqu'à 180 tonnes de grains humides. « La capacité de cette dernière correspond en fait à la masse maximale de maïs que nous récoltons en une journée. » L'alimentation de l'installation nécessite quelques centaines de mètres de haies, broyées par la Cuma Innov 61, pour obtenir environ 250 m3 de plaquettes G30 correspondant à des brins d'une longueur maximale de 30 mm. « Les petites branches et les feuilles, sources de mâchefer, sont à proscrire, contrairement aux branches d'un diamètre maximal de 50 cm. » Le produit est ensuite stocké quatre à six mois en tas, sous un hangar ventilé naturellement et au sol bétonné. Sa montée en température par fermentation permet un abaissement rapide de son humidité, sous la barre des 25 %.  

Une tonne de bois par hectare de maïs

  Le maïs grain est récolté à un taux d'humidité moyen de 35 %. Il est réparti uniformément dans la cellule à l'aide d'un disperseur rotatif puis brassé mécaniquement par quatre vis d'Archimède en suspension. L'air envoyé par le ventilateur s'élève à 45 °C les premières 24 heures, puis gagne 5 °C chaque jour pour atteindre les 60 °C. Il est alors diffusé à travers les grilles du plancher de la cellule et, sur les côtés, par des tubes percés. « Le principe de séchage à basse température, soit en dessous de 60 °C, permet de mieux préserver l'amidon du grain qu'un séchoir classique et nous assure donc de meilleurs débouchés pour sa vente », détaille l'agriculteur. Conformément aux chiffres annoncés, le séchage des quelque 50 hectares de maïs humides récoltés nécessite près de 50 tonnes de bois, soit environ 200 m3 de plaquettes sèches. « Le tout pour un coût de l'ordre de 50 euros par tonne de plaquettes produite, sans comparaison à celui du gaz ou du fioul. » L'agriculteur accorde cependant qu'une chaudière à biomasse nécessite un peu plus d'entretien et de contrôle qu'un brûleur classique. « Le bac à cendres nécessite en moyenne deux vidanges par semaine voire trois si le combustible est plus humide. » Rien de bien inquiétant pour les associés du Gaec qui envisagent, pour faire perdurer l'activité, d'implanter de nouvelles haies et, pourquoi pas, de réaliser du séchage de grain en prestation.  

Cuma Ecovaloris - Saint-Lô (Manche) : « La déchiqueteuse ne s'arrête plus »

  Les matériels d'épandage ou de travail du sol ne sont pas au programme de la Cuma Ecovaloris. Cette coopérative d'agriculteurs manchois privilégie, en effet, depuis sa création en 1998, l'achat de machines dédiées aux filières innovantes. Le retour en force du bois ne lui a donc pas échappé. Les solutions qu'elle propose, aujourd'hui, sont désormais nombreuses et particulièrement exploitées par la majorité des adhérents.   La parcelle est à peine terminée que le matériel de déchiquetage de bois de la Cuma Ecovaloris file déjà à vive allure vers un autre chantier. Les haies caractéristiques du bocage local se succèdent sans interruption sur la route nous menant à Saint-Aubin-du-Perron, dans le centre de la Manche, à proximité de Coutances. Le bref échange avec Stéphane Vivier, conducteur de l'ensemble, est suivi par le ronronnement continu du Valtra T193 utilisé pour animer l'imposante déchiqueteuse à grappin. « Les dernières pluies ne nous ont pas permis de prendre beaucoup d'avance », explique Christian Mary, agriculteur et responsable du planning des broyeurs de bois de la Cuma. Si, désormais, la production de plaquettes connaît un vif succès, l'activité de valorisation des tailles de haies a d'abord démarré doucement dans le département normand. « Nous n'étions, en 2002, qu'une poignée à utiliser un broyeur à alimentation manuel. Les hausses successives des cours des combustibles classiques ont fini par changer la donne, à partir de 2008. Aujourd'hui, pas moins de 122 des 211 adhérents profitent des différents outils de valorisation du bois mis à disposition par Ecovaloris », précise l'agriculteur. La Cuma dispose, en effet, de deux broyeurs à alimentation manuelle en complément de l'ensemble Eschblöck à grappin. « La création de nouveaux débouchés a permis le développement de l'activité. La Région, plutôt que de subventionner le matériel, a notamment favorisé l'installation de chaufferies à plaquettes de bois, explique Christian Mary. Près de 70 % des quelque 2 600 tonnes commercialisées par l'association Haiecobois, que nous avons spécialement créée, sont ainsi consommées par les collectivités et particuliers dans un rayon de 10 km. Les agriculteurs voient donc d'un autre oeil les branches issues de la taille de leurs haies. »  

Une demande de plus en plus importante

  Le déchiqueteur à grappin, facturé à 250 euros l'heure de travail, voit son activité constamment progresser. De mi-janvier à début mai, à raison de six jours sur sept, il parcourt la Manche du nord au sud et effectue près de 600 heures au rotor. « Certains adhérents stockent même le bois sur des plate-formes afin de le broyer durant l'été », ajoute Christian Mary. Pour faire face à la demande tout en soulageant l'ensemble Eschblöck, Ecovaloris envisage d'investir dans une seconde machine. « Nous opterons certainement pour un tracteur légèrement plus puissant car, lors des baisses de régime moteur, les rouleaux d'alimentation se stoppent et dégradent la qualité de coupe des plaquettes. » L'outil est, en effet, mis à rude épreuve. Les douze couteaux du rotor nécessitent un aiguisage manuel journalier et leur remplacement chaque semaine. « La terre et les fils barbelés sont ses principaux ennemis », ajoute Stéphane Vivier. La taille des haies est, elle, régulièrement déléguée par les agriculteurs à un entrepreneur équipé d'une pelle à chenilles et d'un grappin forestier. Cette méthode, en plus d'être sécurisante, permet de regrouper facilement les branches pour le broyeur. Soucieuse d'optimiser encore le débit de chantier de son outil, la Cuma s'est dernièrement dotée d'un cracker. Cet équipement, monté sur le tablier d'un chariot télescopique, offre une poussée de 26 tonnes et éclate des billes d'un diamètre supérieur aux 40 cm admissibles par la machine. La coopérative Ecovaloris s'est également rapprochée de ses homologues de l'Orne et du Calvados, pour répondre aux attentes des utilisateurs de bois-bûche. « Le projet d'achat en commun d'un combiné scie fendeur Rabaud Xylog 550 permettrait d'occuper nos chauffeurs pendant la période d'inactivité de la déchiqueteuse. Reste maintenant à trouver une activité annexe pour le tracteur durant cette intersaison », souligne Christian Mary.   Hubert Mousset - La Mesnière (Orne) : « Une facture de chauffage divisée par trois avec le bois »   Lassé d'entretenir ses haies tout en payant de lourdes factures d'électricité, Hubert Mousset a converti l'ensemble de son exploitation au bois. Sa chaudière à plaquettes automatique lui permet de chauffer, en plus de son habitation, l'ensemble de son atelier porcin. Cette solution nécessite cependant une gestion bien précise de la biomasse.   «Je porte autant d'intérêt aux haies qu'aux cultures », indique Hubert Mousset, agriculteur à La Mesnière dans l'Orne. Son exploitation, située dans le parc naturel du Perche, est entourée des haies caractéristiques de la région. « Le bénéfice de ces plantations n'est plus à prouver. Cependant, leur entretien a longtemps été une charge pour nous. » L'exploitant, à la tête d'un atelier porcin naisseur-engraisseur, rencontrait également une problématique avec le système de chauffage de son élevage. « La faible inertie et le type de régulation des radiants électriques rendaient ces équipements particulièrement gourmands en énergie. » Après un essai non transformé avec une première chaudière à biomasse, l'agriculteur investit, en 2014, dans une nouvelle unité du constructeur autrichien Fröling. Ce module, d'une puissance de 75 kW, élève à 80 °C un circuit d'eau doté d'un ballon de stockage de 1 500 litres. L'installation se divise ensuite en deux parties. La première chauffe l'habitation d'une surface de 160 m² environ. La seconde est dédiée à l'élevage de porc de 700 m². Ce dernier est alimenté par un réseau enterré portant, par exemple, à 24 °C la température de l'air ambiant de l'atelier post-sevrage. La chaleur est diffusée dans ce bâtiment par l'intermédiaire d'échangeurs en aluminium, situés juste au-dessus des animaux. La consommation de plaquettes de bois s'élève ainsi à 25 tonnes, à l'année. « Cette énergie divise ainsi par trois ma facture de chauffage », se félicite l'exploitant.  

Une rotation de 10 à 15 ans

  L'autonomie en combustible passe cependant par une gestion minutieuse des haies. « La chaudière présente l'intérêt d'accepter toutes les essences de bois. L'Aulne, le noisetier, l'acacia voire des résineux sont utilisés dans la composition des plaquettes. Seule l'énergie calorifique varie selon les genres d'arbres », précise François-Xavier Babin, animateur de la filière Bois-énergie des Cuma de Basse- Normandie. Les branchages et les écorces doivent cependant être évités. L'éleveur, habitué à gérer ses épandages de lisier selon un cahier bien précis, remplit un formulaire similaire pour la taille de ses haies. L'ensemble de ses parcelles y sont représentées et les arbres repérés par couleur selon leur catégorie. En tout, 8 kilomètres de haies bordent les 92 hectares de son exploitation. « Je poursuis également l'implantation d'arbres en bordure des routes et chemins », souligne-t-il. L'agriculteur abat chaque fin d'hiver près de 350 mètres de plantations. « Le rendement de bois déchiqueté oscille, selon l'âge et les essences des arbres, entre 20 et 60 m3 les 100 mètres », précise François-Xavier Babin. L'exploitant assure ainsi la pérennité de sa production et se permet même d'en commercialiser une partie. « Je parviens à chauffer l'ensemble de mon exploitation avec, environ, 130 m3 de plaquettes. Le reste est revendu, par l'intermédiaire d'une coopérative, aux collectivités. L'entretien de la haie est converti, d'une charge, en une opération nulle voire, mieux, en une source de revenu », apprécie l'agriculteur.        

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