Roi des champsJohn Deere 8360 RT

John Deere 8360 RT

Le chenillard John Deere 8360 RT s'accommode de n'importe quel outil attelé, qu'il soit porté, traîné, animé ou non par la prise de force. Le champ est bien son terrain de jeu favori. En revanche, des efforts restent encore à consentir pour qu'il devienne un bon compagnon de route.

Roues ou chenilles ? Au-dessus de 300 chevaux, la question mérite d'être posée lors de l'achat d'un tracteur. Bien faire passer la puissance au sol reste en effet l'une des principales interrogations compte tenu de la productivité attendue d'un tel engin. John Deere est l'un des rares tractoristes à proposer cette alternative. Il offre en effet le choix, dès 310 chevaux, entre les modèles à roues de la gamme 8 R et leurs homologues à chenilles de la série 8 RT. Excepté les trains roulants, tout ou presque est comparable entre les deux confrères. Le chenillard ne propose que la transmission à variation continue AutoPowr alors que son clone à roues laisse le choix entre celle-ci et la boîte fullpowershift à seize vitesses avant et six arrière. Dominique Péchereau, entrepreneur de travaux agricoles à Sainte-Soulle (Charente-Maritime), possède les deux : le 8360 R et son faux jumeau à chenilles 8360 RT.   C'est donc naturellement que nous nous sommes rendus chez lui pour réaliser cet essai hors-norme. Et si, de prime abord, l'agriculteur a gentiment accepté d'accueillir cette cession d'essai consacrée à la grosse puissance, sa mine a un John Deere 8360 RT peu pâli lorsque nous avons évoqué avec lui la possibilité d'essayer son chenillard sur la route, attelé à une remorque Joskin chargée de 21 tonnes de maïs. « C'est trop dangereux de le faire essayer à des personnes peu habituées à conduire des tracteurs à chenilles ! », prévenait- il. Les premières manoeuvres au volant du chenillard dans sa cour de ferme sèment le doute dans nos têtes. Après quelques tours de chenilles pour mettre le moteur en température, nous approchons l'engin pour le passer au banc de puissance de la Chambre régionale d'agriculture de Poitou-Charentes et tester l'efficacité du six-cylindres en ligne John Deere PowerTech de 9 litres.   Les courbes se dessinent et dévoilent une puissance maximale de 347,2 chevaux à 1 810 tr/min. Cette première épreuve se termine. Le banc proche de la surchauffe peut enfin souffler. Motivés à l'idée de se mettre au volant d'un tel engin, les apprentis chauffeurs que nous sommes redevenus ne mesuraient pas la sensibilité de la direction et le risque qu'elle représente à plus haute allure. C'est peu dire que la bête nécessite une grande souplesse de conduite. Le moindre mouvement brutal sur la direction se transforme en coup de bélier. Le bref parcours sur la route menant à la parcelle où nous réalisons les essais au champ, sans outil attelé, nous dissuade de traîner la remorque Joskin. Outre la direction hypersensible, le 8360 RT a bien du mal à absorber les vibrations et les secousses engendrées par les déformations du bitume. Les trains de chenilles du John Deere, bénéficient pourtant d'une suspension pneumatique plutôt évoluée.  

Demi-tour sur place

Celle-ci se compose en effet d'un poumon amortissant les mouvements d'un ciseau qui fait la liaison entre les deux modules. Sûrement meilleur que celui des premières générations de chenillards John Deere, le système s'avère loin d'être aussi confortable que quatre pneumatiques. Au champ, nous retrouvons Jérôme Moreau, l'agriculteur invité à essayer l'engin. L'exploitant, qui utilise des tracteurs Fendt des séries 800 et 900, prend les commandes du John Deere après un rapide tour technique. Le champ est bien le terrain de jeu favori du chenillard.   Il y évolue avec une aisance déconcertante. Si sa direction se révèle brutale sur le bitume, elle fait en revanche preuve d'une grande souplesse dans le champ. « Après un petit temps d'adaptation pour se familiariser avec les mouvements du volant, le 8360 RT devient autant voire plus facile à piloter qu'un tracteur à roues, indique Jérôme Moreau. Capable de réaliser un demi-tour sur place, il est même trop maniable. Il faut être vigilant et notamment veiller à ne pas percuter le timon avec les chenilles lors des demi-tours dans les bouts de champ. Mais la visibilité panoramique, plus dégagée que sur un tracteur à roues, facilite les manoeuvres. »  

Le patinage contenu à 3 %

variation continue, l'essayeur sélectionne une vitesse cible de 8 km/h. Il remarque que la transmission s'avère facile à prendre en main. Attelé à un déchaumeur à disques et dents TopDown de Väderstad, de cinq mètres de large, travaillant à une profondeur de 20 cm environ, le chenillard atteint facilement cette allure et accroît ainsi l'impression d'aisance ressentie à ses commandes. Le taux de patinage de l'ordinateur de bord avoisine souvent 3 %, avec des pics à 6 %. En guise de comparaison, un tracteur à roues affiche son meilleur taux aux environs de 5 % et peut patiner jusqu'à 30 %. À 8 km/h, le moteur régule automatiquement son régime vers 1 400 tr/min lorsqu'il est peu sollicité. Dans les montées ou sur les bandes de terre plus difficiles, le régime grimpe jusqu'à 1 800 tr/min. Le débitmètre affiche à l'ordinateur de bord un pic de consommation en GNR de 72 l/h alors qu'il se situe en moyenne aux environs de 55 litres par heure. L'agriculteur dételle ensuite l'outil à dents et disques Väderstad pour atteler la herse rotative Alpego de sept mètres de large. Ainsi équipé, le 8360 RT évolue, toujours facilement, à 7 km/h et 2 000 tr/min au moteur.   « Le tracteur est un peu plus bruyant que ceux de puissance comparable que j'ai l'habitude d'utiliser, regrette Jérôme Moreau. Mais il s'avère particulièrement adapté à cette opération de préparation du sol. Les chenilles conviennent bien car elles ne marquent pas le sol ni n'imposent à la herse un travail important de nivellement comme elle doit le faire après un passage de roues. » Pour accroître l'impression de facilité, le tracteur de notre essai est équipé d'une console GreenStar pour l'autoguidage par GPS. Il reprend ainsi sa ligne de guidage après une manoeuvre dès que le chauffeur appuie sur un bouton de l'accoudoir multifonction. « Après un demi-tour, le chenillard s'aligne de manière plus progressive qu'un tracteur à roues », apprécie l'agriculteur.   Mais lors de ces manoeuvres, Jérôme Moreau regrette notamment de ne pas bénéficier d'automatisme de coupure et d'engagement de la prise de force selon la hauteur du relevage. Pour remédier à ce défaut, il enregistre une séquence de bout de champ via le dispositif iTec. « Cette fonctionnalité ne se révèle pas intuitive et demande un certain temps de prise en main. Le terminal CommandCenter GreenStar 3 installé en bout d'accoudoir, qui affiche notamment les différentes opérations enregistrées, n'est pas assez grand et manque de lisibilité », déplore l'agriculteur. Le John Derre 8360 RT dispose malgré tout d'une cabine spacieuse et offrant une excellente visibilité panoramique. Il exploite pleinement au champ les performances de son gros moteur.  

SA PUISSANCE, SON COUPLE, SA CONSOMMATION

Le chenillard 8360 RT utilise le moteur John Deere PowerTech PSX de 9 litres conforme à la norme antipollution Stage IIIB. Ce six-cylindres est évalué au banc de diagnostic de la Chambre d'agriculture de Poitou-Charentes révélant les performances du tracteur selon le protocole d'évaluation OCDE. Le 8360 RT de notre essai délivre 347,2 chevaux (255,2 kW) à la prise de puissance. Il atteint cette performance au régime de 1 810 tr.min-1 (905 tr.min-1 à la prise de puissance) où il consomme 234 g.kW-1.h-1. Le moteur fournit son couple maximal, de 148,83 daN.m, à 1 304 tr.min-1. Il affiche alors la consommation spécifique la plus basse de l'essai, soit 223 g.kW-1.h-1.  

SON ENCOMBREMENT

Le John Deere 8360 RT de notre essai bénéficie d'une longueur hors-tout et d'un empattement importants. Avec ses chenilles de 762 mm de large, sa surface totale de contact au sol atteint 3,83 m². Il pèse plus de 18 tonnes en embarquant notamment 34 masses de 47 kg sur le support avant et des masses de 205 kg au niveau des roues tendeuses. Ainsi lesté, il affiche un rapport masse/puissance de 52 kg par cheval. Si possible, l'ajout d'un lestage au niveau des roues s'avère toujours plus efficace qu'une masse frontale. Le tracteur est mieux équilibré, son centre de gravité ne s'élève pas et sa mécanique est moins sollicitée.  

Deux chenilles à la place des quatre roues des 8 R

Les trois plus puissants tracteurs John Deere de la série 8 R se déclinent en version à chenilles (8 RT). Fabriqués à Waterloo aux États-Unis, ces chenillards bénéficient globalement des mêmes équipements que leurs confrères à roues, sauf qu'ils n'accèdent qu'à la transmission à variation continue AutoPowr. En 2014, leur puissance progresse d'une poignée de chevaux et leur cabine gagne en fonctionnalité et en confort.  

Le point sur la gamme en 2014

Les tracteurs de la série 8 R gagnent en 2014 une poignée de chevaux. L'équivalent du 8360 RT est par exemple le 8370 RT affichant une puissance maximale de 407 chevaux 97/68/CE, soit 11 chevaux de plus que son prédécesseur. Les plus grosses évolutions concernent la cabine, qui reçoit notamment un nouvel accoudoir multifonction CommandArm. Annoncé plus simple d'utilisation en raison du plus faible nombre de boutons, il supporte à son extrémité la quatrième génération de terminal de commande baptisée GreenStar 4.   John Deere propose dorénavant deux tailles d'écran. Celui de sept pouces, le seul jusqu'à présent disponible, devient une alternative au modèle de dix pouces offrant davantage de fonctionnalités.Le constructeur propose également un pare-brise à double vitrage qui améliore l'insonorisation en cabine. Pour les travaux de nuit, il abandonne l'optionnel éclairage au xénon au profit de feux à LED plus performants. Pour les plus exigeants en hydraulique, une double pompe load sensing débitant 321 l/min complète l'offre actuelle comptant une pompe de 227 l/min.  

EGR externe, filtre à particules et biturbo au programme

John Deere monte son propre moteur PowerTech de six cylindres et 9 litres sur sa gamme de tracteurs 8 R. Le 8360 RT ici essayé développe 360 chevaux 97/68/CE de puissance nominale ou 396 chevaux de puissance maximale. Un boost se déclenche au transport au-delà de 15 km/h ou lors des travaux mobiles à la prise de force. Pour respecter la norme antipollution Stage IIIB, John Deere mise sur la recirculation externe et le refroidissement des gaz d'échappement (EGR externe). Il monte également à la base du pot d'échappement deux dispositifs de post-traitement : un catalyseur d'oxydation (DOC) et un filtre à particules (FAP). Ce dernier nécessite une régénération s'activant automatiquement (ou manuellement). Autre originalité : la présence de deux turbocompresseurs montés en série, à géométrie fixe sur le premier et variable sur le second.  

Suspension pneumatique des chenilles

Les tracteurs John Deere de la série 8 RT reposent sur deux chenillesde 625 ou 762 mm de large. Celles-ci, fabriquées par le Canadien Camoplast, se déclinent en différentes variantes se distinguant par la hauteur et la largeur de leurs crampons. Les barbotins en acier, à voie variable, disposent d'un revêtement en caoutchouc pour mieux adhérer aux chenilles. Trois paires de galets porteurs répartissent les masses sur la bande. Les chenilles disposent d'une suspension pneumatique constituée d'un poumon amortissant les mouvements d'un ciseau reliant les deux trains. Pour lester le tracteur et bien répartir ses masses afin de faire travailler les chenilles à l'horizontale par rapport au sol, chaque roue de tension peut recevoir 482 kg de masses en complément des masses frontales (jusqu'à 1 214 kg sur le porte-masses et 470 kg sous le moteur).  

227 l/min dans le circuit LS

Le John Deere 8360 RT dispose d'un circuit hydraulique load sensing à centre fermé. Sa pompe à pistons axiaux débite 227 l/min, comme sur tous les tracteurs de la série 8 R dotés de la transmission à variation continue. Le système hydraulique fournit de série quatre distributeurs (cinq ou six en option) délivrant chacun au maximum 132 l/min. Tous se commandent électriquement du bout des doigts via des interrupteurs fingertips placés sur l'accoudoir CommandArm. Ils se programment en débit, en temporisation (en entrée comme en sortie) et intègrent un pompage continu. Le circuit hydraulique s'alimente dans un réservoir séparé de la transmission, évitant ainsi la pollution des deux huiles. Il fournit le relevage arrière électronique de 12,1 tonnes de capacité aux rotules et de catégorie IV. La prise de force à 20 cannelures tourne à 1 000 tr/min.  

La cabine spacieuse et ergonomique

Le poste de conduite Command- View II à quatre montants, dépourvu de porte droite, offre une généreuse visibilité panoramique. La cabine se révèle spacieuse et accueille confortablement deux personnes. Le conducteur s'assoit sur un siège à suspension pneumatique doté d'un accoudoir multifonction regroupant désormais l'intégralité des commandes. Nommé CommandArm, il reçoit en effet les leviers gérant les principaux organes du tracteur. Il contrôle également, par des touches de raccourci, l'écran du terminal CommandCenter GreenStar 3 situé à son extrémité. Il loge également les boutons gérant la radio, la climatisation, les feux et le pont avant. Seules les commandes des deux rétroviseurs électriques se situent au niveau du plafonnier. Sur le montant droit, un second écran affiche les informations de la transmission, les régimes, les niveaux et les températures. Particulièrement bien équipé en éclairage, le John Deere 8360 RT compte, hormis les feux de route et de croisement, jusqu'à 22 phares de travail, dont cinq au xénon.  

L'AutoPowr simple et intuitive

Les chenillards de la série 8 RT accèdent uniquement à la transmission à variation continue AutoPowr en faisant l'impasse, à l'inverse des modèles à roues, sur la variante powershift. Celle-ci fait varier en continu l'allure de 50 m/h à 25 km/h. Depuis l'accoudoir multifonction CommandArm, le conducteur la pilote grâce à un petit levier évoluant sur deux plages de vitesses et recevant une molette. Celle-ci définit la vitesse maximale autorisée en marche avant ou arrière dans chaque plage d'allure. Depuis le terminal de bord, le conducteur sélectionne, en fonction des travaux à réaliser, l'un des trois modes de transmission : automatique, personnalisé ou manuel. Il définit alors des régimes moteur seuils. Pour stabiliser son allure, le chauffeur active le régulateur de vitesse. Il inverse le sens de marche en actionnant un levier positionné à gauche sous le volant ou, en option, celui de l'accoudoir multifonction comme sur le tracteur de notre essai.  

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