Essai tracteurJohn Deere 6250R : à portée de doigts

John Deere 6250R : à portée de doigts

En étoffant par le haut sa gamme de tracteurs de la série 6R avec le 6230R et le 6250R ici essayé, John Deere dévoile un inédit joystick multifonction. Ce dernier, baptisé CommandPro, bouleverse les habitudes de conduite des tracteurs de la marque. S’agit-il d’une bonne ou d’une mauvaise surprise ? Nous avons voulu le vérifier en le mettant à l’essai dans une exploitation du sud de l’Oise.

Deux catégories d’utilisateurs s’affrontent sur le terrain des joysticks de commande de transmission des tracteurs. D’un côté, ceux qui apprécient les leviers dépouillés, dépourvus de quelconque boutons, réduits à leur plus stricte fonction de pilotage de l’avancement. De l’autre, ceux qui se réjouissent devant une multitude d’interrupteurs, rassurés d’atteindre à portée de doigt toutes les fonctions du tracteur, au point de ne pas posséder parfois de la dextérité suffisante pour accéder à toutes les commandes à leur disposition. Avec le 6250R ici essayé, et son petit frère 6230R, John Deere devrait réconcilier les deux clans. Sur ces deux nouveaux tracteurs uniquement, il laisse en effet le choix entre le traditionnel petit levier et, en option à 975 € HT, le plus imposant joystick multifonctions CommandPro. Ce dernier représente une petite révolution chez le constructeur américain qui n’avait jusqu’alors jamais osé implanter un gros monolevier sur ses tracteurs. Nous l’avons donc essayé au sein de l’EARL des Hautes Mers, située à Borest, dans l’Oise au cours du mois de novembre. Emeric Duchesne, le gérant de l’exploitation, et Pascal Wallet, le chauffeur, ne sont familiarisés ni avec ce type de joystick, ni avec la transmission à variation continue, la seule option de transmission disponible sur ce modèle de 266 ch. Ils ne sont néanmoins pas complètement dépaysés au volant du tracteur car ils utilisent quotidiennement des modèles de la marque au cerf. En guise d’échauffement et pour se familiariser avec les commandes, l’essai débute par du débardage de betteraves à l’aide d’une remorque Joskin à essieu tandem, de 20 t de charge utile. « L’essayer, c’est l’adopter ! » lance d’emblée Pascal Wallet, séduit par ce nouveau joystick. « Le temps nécessaire à la prise en main de ce levier CommandPro, d’environ une heure, se révèle important. » Cet équipement possède en effet onze boutons programmables et dotés chacun d’une double fonction. « Les réglages se révèlent nombreux mais restent, au final, assez simples. Prendre le temps de mettre en place toute cette programmation en vaut la peine. » Dès que cette étape est franchie, le joystick se révèle comme un excellent allié.

Un levier par utilisateur

Il enfonce le clou en autorisant, depuis le terminal CommandCenter 4, la mémorisation de toutes ses commandes personnalisées par utilisateur et par outils. Un chauffeur peut ainsi retrouver ses propres réglages de joystick dès qu’il reprend les commandes du tracteur, de même lors de l’attelage d’un outil. Pour les plus réfractaires, le CommandPro n’est pas indispensable à la conduite, toutes les commandes exceptées celles d’avancement, étant présentes sur l’accoudoir. « Pour parfaire le tableau, le levier multifonction possède une forme ergonomique et tombe bien sous la main. Je regrette juste le manque de visibilité, notamment la nuit, des deux boutons des régulateurs de vitesse. J’aurais également aimé trouver plus facilement la molette noire limitant la vitesse maximale admise dans chacune des deux plages de vitesse, positionnée trop basse, » déplore l’essayeur. Lors du débardage des betteraves, lorsque le chauffeur se retourne pour surveiller le chantier, la présence de boutons activant l’inverseur sur le monolevier facilite le travail. Cette commande reste associée à un levier d’inverseur, positionné à gauche sous le volant, comme sur les autres modèles dépourvus du joystick CommandPro. Après 10 ha d’arrachage de betteraves, l’essai se poursuit avec de la préparation de sol de limon avant un semis de blé. L’opération consiste, à certains endroits, en un passage de déchaumeur à dents Horsch Terrano FX, de 5 m de large, à une profondeur comprise entre 10 et 15 cm. D’autres zones nécessitent un labour à l’aide d’une charrue semi-portée Demblon, de 8 corps, à sécurité non-stop hydraulique, à environ 20 cm de profondeur. Pour atteler les outils, le 6250R possède une commande d’avancement comparable au fonctionnement d’une transmission hydrostatique. Cette fonction rampante, en basculant le levier CommandPro vers la gauche, limite la vitesse d’avancement maximale du tracteur à 2 km/h. « Elle facilite nettement les manœuvres », apprécie l’essayeur.

Petit mais costaud

Après quelques tours de roues lors de ce chantier de préparation de sol, l’agriculteur apprécie les capacités de traction du 6250R, qu’il compare avec son 8245R, de puissance équivalente. « Même s’il manque un peu de poids, il semble bien équilibré. Il est petit mais costaud. Son comportement s’avère comparable à celui d’un 7R, en termes de nervosité, pas à celui d’un 8R », juge Emeric Duchesne. La transmission à variation continue AutoPowr donne de la souplesse, en comparaison au 8245R à transmission semi-powershift, en limitant les ruptures de couple lors des changements de vitesse. La grande cabine du John Deere distille un confort de premier plan. Elle bénéficie notamment d’une suspension hydraulique paramétrable depuis le terminal. Elle offre également une bonne visibilité panoramique, excepté sur le relevage arrière. Familiarisés avec les commandes du tracteur, les essayeurs se lancent dans le paramétrage d’automatismes annexes. « La programmation des séquences de bouts de champ iTech 4 s’avère intuitif et facile à mettre en place, apprécie le gérant. Il est d’autant plus agréable à utiliser qu’il propose dorénavant automatiquement une séquence de manœuvre, une fonctionnalité que ne possèdent pas les tracteur John Deere de la ferme. » L’agriculteur s’essaye également au paramétrage du système de guidage monté sur le tracteur. « La mémorisation et l’utilisation d’une ligne droite A-B s’avèrent faciles. Néanmoins, la navigation dans le terminal CommandCenter 4 pour basculer d’un écran à un autre n’est pas des plus intuitive. Cet écran n’égale pas, selon moi, les fonctionnalités proposées par notre console GreenStar 2630. J’apprécie, en plus, de dédier un écran à une tâche. » Après environ 40 heures de travaux au sein de l’EARL, le 6250R laisse aussi bonne impression à l’approche de son départ qu’à son arrivée. Sa faible consommation en carburant, estimée à environ 10 voire 15 % de moins que le 8245R, sur des chantiers comparables, boucle l’essai par une note positive.

 

PARTIE TECHNIQUE

CONSOLE

Un vrai levier pour commander la transmission

À la différence de ses homologues de la série 6R à moyen châssis dotés d'un panel de boîtes de vitesses, le 6250R accède exclusivement à l'éprouvée transmission à variation continue AutoPowr. L'Eccom 2.9, d'origine ZF, compte quatre plages mécaniques, en plus du groupe hydraulique, propulsant ce tracteur à 40 km/h au régime économique de 1 300 tr/min. À l'utilisation, elle possède deux plages, route ou champ. Elle se commande depuis le traditionnel petit levier ou, en option, via le joystick multifonction CommandPro. Ce dernier, fonctionnant dans les quatre directions, pilote notamment le sens de déplacement, l'accélération, la décélération et l'activation de la vitesse prédéfinie. En basculant ce levier à gauche, la fonction rampante, comparable à une commande hydrostatique, agit sur la transmission entre 0 et 2 km/h pour faciliter, par exemple, l'attelage d'un outil. L'opérateur retrouve sur la CommandPro un bouton dédié au réglage de l'agressivité de la transmission selon trois niveaux, la traditionnelle molette de sélection de l'allure cible ainsi que deux interrupteurs pour la mémorisation de deux régulateurs de vitesse.

Depuis le levier CommandPro, l'opérateur modifie la vitesse maximale cible à l'aide de la molette noire, règle la progressivité de la transmission et sélectionne l'une des deux mémorisations de régulateur de vitesse.

Depuis le levier CommandPro, l'opérateur modifie la vitesse maximale cible à l'aide de la molette noire, règle la progressivité de la transmission et sélectionne l'une des deux mémorisations de régulateur de vitesse.

L'inverseur du sens de marche placé sur la colonne de direction n'intègre plus de position de frein de parc.

L'inverseur du sens de marche placé sur la colonne de direction n'intègre plus de position de frein de parc.

Toutes les fonctions de la transmission sont repérées sur l'accoudoir par leur code couleur orange.

Toutes les fonctions de la transmission sont repérées sur l'accoudoir par leur code couleur orange.

On a aimé

- La fonction ActiveZero maintenant le tracteur à l'arrêt tant que la transmission n'est pas sollicitée.

- Le mode rampant, de 0 à 2 km/h, facilitant l'attelage d'un outil.

On a moins aimé

- L'unique transmission à variation AutoPowr disponible au tarif des 6230R et 6250R.

- La position un peu trop basse sur le joystick de la molette de réglage de l'allure maximale prédéfinie.

MOTEUR

Des turbines sous le capot

Le John Deere 6250R bénéficie d'un six-cylindres maison, fabriqué à Saran (Loiret), développant 275 ch 97/68/CE. Ce moteur de 6,8 L délivre jusqu'à 25 ch supplémentaires, à partir de 12 km/h et lors de travaux mobiles à la prise de force. Sa pompe d'injection à rampe commune, fonctionnant à 2 500 bar, puise le carburant dans un réservoir de 470 L (410 L en option). La suralimentation du bloc est, elle, assurée par deux turbocompresseurs montés en série. Le premier, à géométrie fixe, prolonge la courbe de puissance constante, tandis que le second, à géométrie variable, offre davantage de couple à bas régime. L'air injecté à l'admission traverse préalablement un échangeur air/air monté à l'horizontale et doté de son propre ventilateur animé électriquement. John Deere redirige également, vers le collecteur d'admission, jusqu'à 30 % des gaz d'échappement à l'aide d'une vanne EGR, pilotée électroniquement, suivie d'un refroidisseur air/eau. Les émissions restantes franchissent un filtre à particules, placé au-dessus du moteur, et un catalyseur d'oxydation (DOC) avant de rejoindre le dispositif de réduction catalytique sélective SCR. Ce dernier injecte de l'AdBlue, stocké dans un réservoir de 20 L, dont la consommation représente environ 2 à 3 % de celle de carburant. L'ensemble de ces solutions permet au moteur d'accéder à la norme antipollution Stage IV.

John Deere équipe le 6250R d'un six-cylindres bi-turbo de 6,8 L, dont l'huile se vidange toutes les 750 heures.

John Deere équipe le 6250R d'un six-cylindres bi-turbo de 6,8 L, dont l'huile se vidange toutes les 750 heures.

Certains échangeurs coulissent latéralement et s'avèrent ainsi faciles à nettoyer.

Certains échangeurs coulissent latéralement et s'avèrent ainsi faciles à nettoyer.

Le filtre à air de ce 6250R se situe à hauteur d'homme, devant le montant avant gauche de la cabine.

Le filtre à air de ce 6250R se situe à hauteur d'homme, devant le montant avant gauche de la cabine.

 On a aimé

- Le filtre à air, positionné à hauteur d'homme, à proximité du marchepied gauche de la cabine.

- L'accès au remplissage et à la jauge à huile ne nécessitant pas l'ouverture du capot moteur.

On a moins aimé

- Le faible volume du réservoir d'AdBlue imposant un ravitaillement quasiment à chaque plein de GNR.

- L'absence d'un capot monobloc.

RELEVAGE

Hydraulique haut de gamme

La pompe hydraulique à cylindrée variable du 6250R offre un débit de 160 L/min, atteint dès 1 500 tr/min. Elle alimente quatre distributeurs à l'arrière, deux à l'avant et, en option, jusqu'à neuf au total. Tous sont pilotés électriquement depuis des fingertips, via le levier en croix ou avec le joystick optionnel CommandPro. L'équipement hydraulique comprend également un kit Power Beyond. La quantité d'huile exportable s'élève à 80 L et provient d'un réservoir dédié. Le 6250R partage son pont arrière avec les tracteurs de la série 7R. Ce dernier intègre un relevage de 10,4 t de capacité et une prise de force travaillant, au choix, aux régimes de 540, 540 Eco et 1 000 tr/min ou 540 Eco, 1 000 et 1 000 Eco tr/min. John Deere propose, en option, de remplacer les flasques du pont arrière par des demi-arbres coulissants. Le relevage avant, relié au châssis intégral, dispose quant à lui d'une capacité maximale de 5 t et bénéficie en option d'une prise de force à 1 000 tr/min. Son capteur de position intégré au terminal permet d'adapter plus facilement sa hauteur de travail. John Deere propose de série le pont avant suspendu TLS Plus, le même que celui des tracteurs 7R, verrouillable et doté d'une mise à niveau manuelle ou automatique selon la charge.

L'échelle d'attelage intègre un support autorisant le rangement d'un second piton.

L'échelle d'attelage intègre un support autorisant le rangement d'un second piton.
 
 
Le relevage avant, de 5 t, alimenté par l'un des trois distributeurs latéraux, fonctionne en simple ou double effet, et bénéficie d'un retour libre ainsi que d'une prise Isobus optionnelle.

On a aimé

- Le paramétrage des fonctions hydrauliques sur le joystick.

- Le pont avant à suspension hydropneumatique et à mise à niveau automatique.

On a moins aimé

- L'absence d'autre choix de débit hydraulique que celui de 160 L/min.

- La disponibilité de seulement trois régimes de prise de force.

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