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Essai tracteur  Massey Ferguson 5M.135 Dyna-4 : la qualité accessible ?

Le chargeur frontal FL d'origine Quicke peut disposer d'une commande électro-hydraulique, d'une troisième, voire d'une quatrième fonction d’usine, et du verrouillage hydraulique de l'outil, des équipements haut de gamme.
Le chargeur frontal FL d'origine Quicke peut disposer d'une commande électro-hydraulique, d'une troisième, voire d'une quatrième fonction d’usine, et du verrouillage hydraulique de l'outil, des équipements haut de gamme. (©Joseph Marien)

Durant une semaine, nous avons réalisé divers travaux typiques d’une ferme de polyculture-élevage pour mettre à l’épreuve le 5M.135 annoncé d’entrée de gamme par Massey Ferguson. Sur l’exploitation du lycée agricole de Saint-Yrieix-la-Perche, dans la Haute-Vienne, ce tracteur de 135 ch doté ici d’un chargeur frontal montre que sa conception et ses équipements brillent lors de toutes les tâches ou presque !

La gamme 5M de Massey Ferguson est l’héritière des 5700 M, eux-mêmes descendants des Global Series. Pour la situer, il s’agit de l’entrée de gamme des puissances moyennes du constructeur. Les 5M se divisent selon deux châssis aux empattements différents. Ici, nous sommes face au modèle 5M.135 reposant sur le long empattement de 2,62 m et développant 135 ch. Lors de notre arrivée sur l’exploitation du lycée agricole de Saint-Yrieix-la-Perche (Haute-Vienne), je remarque un autocollant bleu-blanc-rouge sur le pare-brise du tracteur. Cela me permet d’aborder un point important. Contrairement à beaucoup de constructeurs qui ont tendance à délocaliser la fabrication de leurs tracteurs d’entrée de gamme sur des territoires où la main-d’œuvre est bon marché, Massey Ferguson fait le choix d’assembler le sien dans son usine de Beauvais (Oise). Lorsqu’on en fait le tour, puis au fil des travaux que Gaëtan Chaput, professeur de machinisme du lycée agricole, nous confiera, nous sentons bien que sa conception est réalisée avec soin.

La gamme 5M se compose de deux châssis, chacun se déclinant en trois modèles couvrant une plage de 95 à 145 ch grâce à leur moteur Agco Power à quatre cylindres de 4,4 L. (© Joseph Marien)

Sur le plan esthétique d’abord, le design de ce 5M.135 s'inspire de celui de ses grands frères plus haut de gamme, les 5S. Des détails sautent aux yeux ! Le marchepied, par exemple, est incrusté dans le réservoir afin de gagner de l’espace pour accéder au poste de conduite. À bord de la cabine à six montants, un accoudoir surmonté d’un joystick ainsi que des commandes héritées d’autres tracteurs du constructeur sont regroupés sur la console de droite afin d’avoir tout à portée de main. Un terminal tactile pour le GPS et l’Isobus est même présent. Des éléments qui donnent d'emblée le ton. Le tracteur est, semble-t-il, plus accessible en termes de tarif, mais il ne se laisse pas piéger dans le bas de gamme.

Reste à savoir si, au travail, l’essai est transformé. Sa première mission : du broyage de couverts végétaux dans un ancien verger. Secousses et sensations garanties : l'idéal pour tester le confort. Le broyeur Desvoys de 3 m s'attelle aisément grâce au relevage arrière électronique offrant des commandes extérieures sur les ailes gauche et droite. Sur la route, la suspension du relevage adoucit le trajet. Arrivé au champ, je règle une butée haute, pour ne pas faire claquer l’arbre à cardans, et une vitesse de descente grâce aux potentiomètres sur le montant droit de la cabine. Je sélectionne parmi les trois régimes disponibles celui de 540 tr/min Eco via une commande électro-hydraulique. J’engage la prise de force, baisse l’outil et atteins le bon régime moteur grâce à l’accélérateur à main.

En option, le tracteur s'équipe d’un système d'autoguidage par GPS. Il se paramètre depuis l'écran tactile et s'engage à l'aide d’un bouton sur la console à droite. (© Joseph Marien)
(© Loris Coassin)

Tout à un seul endroit

La machine est lancée ! Au début, ne connaissant pas le tracteur, ma main passe du joystick à la console de droite régulièrement lors des demi-tours, car la commande de relevage n’est pas sur ce levier. Je m’aperçois rapidement que ce n’est pas la peine. En effet, pour les travaux au champ, Massey Ferguson rassemble intelligemment l’ensemble des commandes nécessaires au pilotage du tracteur sur la console de droite, à portée de main. Autour de la souris de contrôle de position du relevage, je retrouve donc deux boutons « + » et « - » pour changer de rapport sous charge, un bouton de mémorisation du régime moteur, la commande du relevage avec une option de terrage forcé, l’activation de l’autoguidage, l’engagement de la prise de force et des ponts, ainsi que les trois distributeurs mécaniques. Je pivote donc le siège et peux surveiller l’outil tout en ajustant mes réglages en continu. Lors des demi-tours, ma main bouge très peu, et je ne me sers pas du joystick puisque, avec la main gauche, l’inverseur sous le volant me permet de changer le sens de marche et de varier les rapports sous charge. En cabine, je ne ressens pas la cacophonie émise par le broyeur à marteaux. L'habitacle est en effet plutôt bien insonorisé.

Avec quatre phares de travail à l’avant et deux à l’arrière, en plus des feux de route classiques, l’éclairage est plutôt satisfaisant pour un tracteur d’entrée de gamme. (© Joseph Marien)

Une boîte de vitesses sans levier

La transmission Dyna-4, pouvant atteindre 40 km/h, dispose de quatre gammes robotisées et de quatre rapports sous charge. Bien connue des utilisateurs de la marque, elle est parfaitement étagée pour ce travail. Elle me permet de travailler à 540 tr/min à la prise de force, à un régime moteur de 1 600 tr/min. En gamme 2 et en rapport C, le tracteur évolue à une allure de 6 km/h. Le tableau de bord m’indique une consommation de 13 L/h. Un rapport en dessous, et je travaille à 5,5 km/h. Le changement de rapport sous charge est assez doux. On peut d’ailleurs se féliciter d’en avoir quatre, un nombre conséquent pour un tracteur basique. Les quatre gammes ne se passent pas depuis un levier, mais à l'aide d'un bouton sur le joystick. Ce qui, là encore, constitue un équipement plutôt luxueux pour ce type de gamme de tracteur. Du côté du confort, notez l'absence de suspension de pont avant pour les 5M. En revanche, mon modèle d'essai se dote d’une optionnelle suspension mécanique de cabine sur deux points. Couplés à la suspension du siège, ceux-ci amortissent plutôt bien les imperfections de cette prairie.

Un guidage bienvenu

Une fois la prairie broyée, j’attelle un cover-crop Quivogne de 3 m pour déchaumer une parcelle derrière un maïs en vue d’un semis de méteil dans la foulée. L’objectif de ce travail n’est pas de mettre en difficulté mon tracteur, tant la terre est sableuse, mais plutôt de tester le GPS. Celui-ci est géré depuis l’écran Fieldstar 5 Isobus monté en option devant la vitre, à ma droite. Celui-ci peut donc afficher l’autoguidage, gérer une interface Isobus d’outil et retransmettre les images de caméras. Sa manipulation est simple concernant le guidage. Sur l’écran tactile, j’appuie sur « Go », et le configurateur des dimensions de l’outil s’affiche. Je règle la largeur, le type d’attelage, la taille du timon et le chevauchement souhaité sur un schéma clair avant de valider. Le GPS me propose ensuite trois types de ligne, je choisis le classique AB.

L'empattement de 2,62 m du 5M lui confère une bonne stabilité pour le travail du sol avec des outils tant portés que traînés. (© Joseph Marien)

À présent, je peux rouler et positionner mes deux points, et le tour est joué. Cette opération m’a pris moins d’une minute. Une fois proche de ma ligne de guidage, j’appuie sur le bouton d’activation, et le 5M suit la trajectoire grâce à un système intégré à l’orbitrol de la direction. Si celui-là est amené à effectuer des travaux au champ régulièrement, l’option est la bienvenue. En matière de technologies disponibles sur le tracteur, citons également la télématique. Celle-ci utilise une petite antenne en forme d’aileron de requin afin de transmettre les données relatives au chantier vers un logiciel de gestion de flotte.

Pour en revenir au déchaumage, je circule aisément entre 8 et 9 km/h en rapport 3B avec une consommation affichée à 14 L/h. Lors du planté d’outil, je dois donner du gaz pour lancer efficacement le tracteur directement dans ce rapport, sans avoir à changer de gamme en cours de route. Dans ces conditions légères, la réserve de couple du moteur Agco de 4,4 L me le permet, donc pourquoi s’en priver.

Presque un sans-faute au chargeur

Il est temps de juger ce tracteur sur des travaux de manutention. Je remise le déchaumeur et me dirige vers le chargeur frontal FL.4121 d’origine Quicke. Son attelage m’aura pris 30 secondes. Le système de verrouillage automatique ayant grandement facilité la manœuvre, je n’ai eu qu’à descendre pour connecter le multicoupleur et replier les béquilles. Mon chargeur est équipé d’un godet multiservice avec troisième fonction imposant, et le brancard affiche une longueur importante. Mieux vaut donc que j’attelle une masse sur le relevage arrière pour bien équilibrer l'ensemble et ainsi travailler en sécurité lorsque je vais taper dans la fumière. Ce grand brancard handicape mes manœuvres entre les bâtiments resserrés de l’exploitation mais me permet néanmoins de récupérer le fumier dans les angles de la stabulation à curer. Contrairement aux 5S dont le capot s'avère très plongeant, celui du 5M.135 l’est moins. Cependant, là encore, la longueur du brancard facilite la vue sur l’outil. Le pare-brise monte très haut et est prolongé par un toit vitré. Les deux étant séparés par une traverse très fine, la visibilité sur toute la course du chargeur reste donc dégagée. Sur les côtés, seul l’écran Fieldstar de l’autoguidage me gêne.

Comme l’autocollant tricolore le suggère, la série 5M est conçue et produite en France sur le site de Beauvais (Oise) du constructeur. (© Joseph Marien)

Le pilotage du chargeur utilise son propre circuit avec des distributeurs électro-hydrauliques à débit réglable indépendamment depuis le tableau de bord. Il s'opère par le joystick en croix, situé en bout d’accoudoir, sur lequel trône une commande pour la troisième fonction. Ce monolevier multifonction accueille également l’inverseur et des commandes pour changer les gammes et les rapports sous charge. La manutention est alors intégralement pilotée de la main droite, la main gauche restant sur le volant. Le débit de 58 L/min de la pompe hydraulique à engrenage de série est suffisant mais montre ses limites lors d’une utilisation intensive. Heureusement, Massey Ferguson propose en option un système de double pompe cumulable pour atteindre un débit de 100 L/min. Mon tracteur en étant équipé, j’appuie sur le bouton d’activation, et là, ça envoie. Ce tracteur est également équipé du neutre actif, activable lors de l’appui de la pédale de frein et depuis un bouton. Celle-ci ne se comporte pas exactement comme un embrayage. Autrement dit, il n’existe pas de progressivité en fonction de la pression qui lui est appliquée. Il est donc important de bien choisir son rapport de démarrage lors des phases d’approche et d’anticiper dans les pentes. Heureusement, le tablier du brancard étant éloigné du nez du tracteur, j’ai peu de risque de me frotter à la benne lors de la vidange du godet. Lors des montées et descentes en cabine, je me rends compte de l’étroitesse du seuil de porte.

Lorsqu'il est équipé de l'optionnelle deuxième pompe à engrenage, le débit cumulé de l'hydraulique atteint 100 L/min. (© Joseph Marien)

Sur la route, pas de secousses

Chargeur et masse dételés, je vais pouvoir apprécier le comportement du 5M sur la route avant de vider le contenu de la benne à deux essieux Miro chargée de 11 t de fumier. Missions principales : vérifier si l’absence de pont avant fait sauter le tracteur et si le passage des vitesses est brutal ou non. C’est parti, départ arrêté, je tente d’atteindre la vitesse maximale autorisée. En charge et avec un peu de régime moteur, le passage des gammes est relativement doux, et celui des rapports sous charge presque imperceptible. À 25 km/h, la route n’est pas parfaite, pourtant je ne ressens aucun des rebonds typiques d'un pont avant non suspendu.

La transmission Dyna-4 du 5M offre un passage en douceur avec la robotisation de ses quatre gammes pour atteindre 40 km/h. (© Joseph Marien)

À 1 400 tr/min et à cette vitesse réglementaire due à l’homologation de la benne, le bruit ressenti en cabine est plutôt faible. La suspension mécanique de la cabine amortit bien les nids-de-poule. Je monte aisément à 40 km/h, même en faux plat sur un chemin privé entre deux parcelles de la ferme. À cette allure, le tracteur circule à 1 800 tr/min et ne rebondit toujours pas. Avant d’aller benner, je teste l’automatisation des passages de rapports sous charge. En mode « Eco », le tracteur les passe de lui-même à 1 700 tr/min ; en mode « Power », cela intervient à 2 000 tr/min. La sélection du mode via un bouton s’avère efficace mais, selon moi, sans grand intérêt tant la gestion manuelle de la boîte est facile depuis le joystick.

Bilan positif

La semaine s’achève par le rangement de la benne. Je regarde avec regret partir le Massey Ferguson 5M.135. Ce tracteur m’a réellement surpris. Son ergonomie, sa transmission éprouvée, son joystick et son niveau de performance à la manutention m’ont fait douter de sa position sur le marché ! D'après moi, il s'agit d'un tracteur davantage intermédiaire que d’entrée de gamme, auquel il ne manque réellement que la suspension du pont avant. Son positionnement tarifaire, de 15 à 20 % en dessous des tracteurs 5S selon le niveau d’équipement, lui confère un bon rapport qualité-prix ! Le 5M révèle un travail de conception qui fait habituellement défaut aux tracteurs accessibles.

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