« Beaucoup d’agriculteurs, de professionnels du BTP et même des particuliers achètent une minipelleteuse ou une pelleteuse d’occasion sur Internet pour le prix, sans vraiment prêter attention à la qualité du produit. Une fois la machine livrée dans la cour et après quelques travaux réalisés, ils nous appellent à la concession pour un premier diagnostic technique », commence par raconter Arnaud Giraudo, chef d’atelier dans l’entreprise familiale Depann’TP, située à Saint-Vit, dans le Doubs. Si le problème est conséquent, ce spécialiste en maintenance des engins de TP et de manutention assure les réparations de la machine, après évaluation du montant des opérations et discussion avec l’acquéreur. « Il y a parfois des surprises, et pas des bonnes côté mécanique, encore moins en bas à droite de la facture », ironise le chef d’atelier. Pour Arnaud, mieux vaut acheter une pelleteuse autour de son secteur géographique et se référer à un concessionnaire, ou se fier à une machine suivie par un professionnel local. « Le prix d’achat sera peut-être plus élevé que celui d'un engin vendu dans les petites annonces en ligne, mais, au moins, vous pouvez plus facilement connaître le vrai historique du produit », termine-t-il.
Dans le cas où vous souhaiteriez investir dans une pelleteuse d'occasion, voici quelques conseils avant de signer votre achat. Pour cela, nous nous appuyons, dans cette étude, sur un modèle Bobcat E50 de 5 t affichant 6 000 heures au compteur . Cette machine qui a évolué en location est donc passée entre de nombreuses mains, mais elle a toujours été suivie par Depann’TP pour l’entretien et la maintenance.
L’aspect général
En arrivant près de la machine, commencez par regarder l’aspect général. Ne tardez pas trop non plus à demander à son propriétaire d’ouvrir le capot. En approchant la main du moteur, vous pourrez savoir s’il a fait tourner la pelleteuse avant votre venue. Cela vous permettra de lui demander si elle démarre bien ou s’il l’a fait tourner pour éviter un flop au démarrage pendant votre visite. Poursuivez en faisant le tour de la machine afin d’apprécier l’état de la carrosserie et des vitres , et n’hésitez pas à regarder au sol si d’éventuelles fuites d’huile ou d'autres fluides ont laissé des traces. Renseignez-vous auprès de son propriétaire sur les options équipant éventuellement la machine . En agricole, la présence d’une ligne hydraulique peut être très intéressante si vous souhaitez lui accrocher un enfonce-pieu ou tout simplement une pince. Comptez environ de 2 000 à 2 500 € HT pour tirer une ligne supplémentaire. Sur une Bobcat E50 comme celle de notre étude, une ligne à double effet est montée en standard. Si vous avez besoin d’une seconde ligne, sachez que la machine est précâblée d’usine pour piloter une électrovanne. Un piquage hydraulique est donc possible sur la première ligne. En continuant le tour de l'engin, regardez si le propriétaire a pris soin de graisser les différents axes . Sur cette taille de pelleteuse, il est assez rare de voir un graissage centralisé automatique.
Prenez le temps de faire le tour de la machine afin d’apprécier l’état des capots, de la masse arrière et du bras (© H.E.)
Ouvrez le capot moteur et approchez votre main du bloc afin de vérifier si la machine a tourné avant votre visite, pouvant témoigner d’un problème de démarrage. (© H.E.)
Toutes les pelleteuses ne sont pas équipées d’une ligne hydraulique additionnelle pour piloter un grappin. Vérifiez sa présence et son bon fonctionnement. (© H.E.)
Le bras et les outils
La flèche de la pelleteuse est une des pièces maîtresses méritant toute votre attention. Veillez à ce qu’elle ne présente aucune fissure , et contrôlez son état au niveau des soudures, notamment. N’hésitez pas à démarrer la machine et à secouer le godet afin d’apprécier l’usure des axes. Une machine de 6 000 heures comme la nôtre présentera sûrement un peu de jeu dans les axes. Cette usure est normale et ne contraindra pas vos travaux. Néanmoins, prenez soin de contrôler l’état des flexibles, des tuyaux hydrauliques et des vérins , et assurez-vous plus particulièrement de l'absence d'impacts sur la tige des vérins pouvant, à l'instar de joints défectueux, entraîner des fuites. Comptez entre 300 et 400 € HT pour refaire la jointure d’un vérin en atelier. Attention, le coût varie selon la marque de la pelleteuse. Rapprochez-vous de votre concessionnaire pour un chiffrage précis. L’attelage, lui aussi, est très important, d’autant plus que l'offre du marché est large, avec des marques comme Martin, ACB+ , Klac System, Arden Equipment ou Cangini. Vérifiez sa compatibilité avec les outils fournis . Il existe aussi des têtes d’attelage adaptables de marque ACB+. Celles-ci se soudent sur l’outil et permettent la connexion des deux. S’il s’agit d’un attelage mécanique, demandez à voir la clé, et testez son fonctionnement. Faites de même s’il est automatique, testez-le.
Portez une attention à la flèche et au bras de la pelleteuse, lesquels ne doivent pas montrer de fissures ou de soudures défectueuses, et contrôlez les flexibles hydrauliques. (© H.E.)
Assurez-vous que la tête d’attelage de la machine visitée correspond bien aux outils avec lesquels elle est vendue, en vérifiant qu'ils sont tous de la même marque. (© H.E.)
Attelage à souder sur la tête, du côté du bras. (© H.E.)
Pensez à demander si les outils sont bien compatibles avec la pelleteuse, sans quoi ils risquent d'être sous- ou surdimensionnés. (© H.E.)
La cabine et l’éclairage
Avant de prendre place au poste de conduite, testez la porte et assurez-vous qu’elle se ferme correctement, tout autant qu'elle reste bien ouverte. Pensez à vérifier la présence et l'étanchéité de toutes les vitres . Si la machine possède une fenêtre défectueuse et qu'elle a, en plus, dormi plusieurs semaines dehors au gré des intempéries, nul doute que surgiront tôt ou tard des problèmes électriques ou, pire, électroniques. Une fois à bord, testez l’ouverture des vitres. Tournez la clé de contact et contrôlez les heures de la machine au compteur . Basculez l’accoudoir de gauche, et essayez toutes les fonctions de la machine , du bras jusqu'à la lame, en passant par la tourelle. Si un outil est dédié à la fonction auxiliaire hydraulique, pensez à contrôler son bon fonctionnement. Faites rouler la pelleteuse, puis aidez-vous du bras pour lever les chenilles l'une après l'autre afin de les faire tourner et de vérifier l’absence de déchirure, comme expliqué dans le paragraphe qui leur est réservé. Autre point important : le siège. Vous y serez installé pendant des heures, alors assurez-vous de son bon état, notamment en traquant d'éventuelles coupures, ainsi que du confort des mousses. Contrôlez le fonctionnement des réglages de l’assise. Enfin, allumez les feux et descendez du poste de conduite pour apprécier l'état de l'éclairage .
Vérifiez que la porte ferme correctement et épouse les montants, puis contrôlez l’étanchéité de la cabine, notamment au niveau des joints des vitres. (© H.E.)
Démarrez le moteur et profitez-en pour tester toutes les fonctions et secouer le godet afin d’apprécier le niveau de jeu du bras et de ses axes. (© H.E.)
Prenez le temps de vérifier le nombre d’heures au compteur et d’apprécier la qualité du siège, dont le revêtement et la mousse d'assise ne devront pas être déchirés. (© H.E.)
Le moteur et les fluides
D’une manière générale, le moteur d'une pelleteuse connaît rarement des problèmes. Toutefois, il est important de contrôler son état, son fonctionnement et son niveau d’huile . Dans un premier temps, soulevez le capot et assurez-vous de l'absence de fuite. Jetez un œil à l’état des radiateurs. Il arrive souvent que feuilles, poussières et autres résidus s’accumulent au pied du bloc de refroidissement, venant endommager les supports par la corrosion. Tirez la jauge à huile et n’hésitez pas à questionner le propriétaire sur la dernière vidange, ni à lui demander le carnet pour vous assurer qu'il est à jour. Une fois l’acquisition réalisée, si vous avez un concessionnaire près de chez vous, sollicitez-le afin de connecter la valise pour un check-up de la machine.
Contrôlez l’absence de fuite au niveau du joint de culasse et demandez au propriétaire si la périodicité des vidanges a été respectée. (© H.E.)
L’embase des radiateurs est logée derrière un compartiment dans lequel s’accumule des résidus. Vérifier le bon état du support des radiateurs. (© H.E.)
Le distributeur manifold basse pression (30 bar), qui permet de gérer les fonctions hydrauliques de la pelleteuse, présente très rarement des défaillances. (© H.E.)
Avis d’expert
Arnaud Giraudo, chef d’atelier au sein de la société familiale Depann’TP (Doubs)
« Certains agriculteurs pensent que le matériel de TP est plus solide que le matériel agricole, mais cela reste de la mécanique. Si la périodicité de l’entretien est respectée, la machine pourra réaliser un grand nombre d’heures sans trop de problème. Je conseille toujours à nos clients agriculteurs ou particuliers d’investir dans une machine vendue près de chez eux. Il est important de connaître le passé de la pelleteuse, les travaux qu'elle a effectués et dans quelles conditions. Le prix des pièces à renouveler peut vite s’envoler si le problème est important. Il est également indispensable de vérifier la compatibilité des outils avec la pelleteuse. Certains vendeurs quelque peu frauduleux n’hésitent pas à se débarrasser des outils dédiés à une autre machine dont ils n’arrivent pas à se séparer. Cela ravit le futur acquéreur qui pense acheter une batterie de matériels, mais, en réalité, ceux-ci sont le plus souvent sous- ou surdimensionnés pour la pelleteuse, entraînant des problèmes de casse par la suite. J’insiste aussi sur la tête d’attelage de l'outil, qui doit être compatible avec la machine achetée. Le bras est la pièce maîtresse de la pelleteuse, mais les chenilles sont souvent oubliées, alors que leur renouvellement représente un coût non négligeable. Idem pour l’entretien des barbotins, parfois mis de côté. Négligé, celui-ci peut entraîner de lourdes factures par la suite en maintenance. »
(© H.E.)