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Autonomie fourragère « La luzerne apporte un complément d’énergie dans la ration de mes vaches laitières »

La griffe entreposée sous le bâtiment de stockage permet à l’éleveur de remplir les cellules sécheuses à la récolte et de charger le bol pour alimenter les laitières.

Producteur de lait à Larnod, dans le Doubs, Hervé Mottiez a intégré 10 ha de luzerne aux 70 ha de prairies dédiées à la récolte du fourrage. Cet aliment riche en énergie, en protéines, en fibres et en minéraux est distribué à l’aide d’un bol mélangeur avec le foin et le regain formant la ration de base des 80 montbéliardes. La récolte en vrac et le séchoir permettent à l’éleveur de baisser ses charges en aliments concentrés grâce à un fourrage de haute qualité.

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« Il y a cinq ans, j’ai modifié mon mode de récolte du fourrage dédié aux vaches laitières en passant de la balle ronde au vrac avec le séchage en grange. Cette méthode me permet de récolter un fourrage de bien meilleure qualité, générant moins de “refus” dans le couloir d’alimentation. Cette technique a néanmoins impliqué un profond changement sur mon exploitation », explique Hervé Mottiez.

Cet agriculteur en exploitation individuelle à Larnod, dans le Doubs, exploite 120 ha de prairies, dont 80 ha sont réservés à la récolte du foin et du regain formant la ration de base des 80 vaches laitières. Le lait est collecté par la fruitière située à une quinzaine de kilomètres pour être transformé en comté.

Hervé Mottiez a ajouté 10 ha de luzerne dans son assolement composé principalement de prairies afin de rendre sa ration de base plus riche en énergie et en protéines. (© Henri Etignard)
« Tout d’abord, il m’a fallu investir dans un bâtiment en mesure d'accueillir les cellules sécheuses et dont la structure pouvait supporter la griffe à foin suspendue au-dessus du stockage en vrac, indique l'éleveur. J’adore le bois ! Je trouve ce matériau plus chaleureux que l’acier. Je me suis tourné vers un constructeur local, basé dans le Haut-Doubs et spécialisé en bâtiments à ossature bois. J’ai fait le choix d’un séchage solaire moins énergivore en électricité qu’un système avec un déshumidificateur, et néanmoins très efficace. »
Les deux puissants ventilateurs captent l’air réchauffé sous le toit et l’insufflent dans deux cellules afin de sécher le fourrage fraîchement ramassé. (© Henri Etignard)
Ce boîtier de contrôle permet de contrôler et de piloter les ventilateurs qui tournent pendant une semaine non-stop après chaque récolte. (© Henri Etignard)

Capter les calories du soleil

La chaleur émise par le soleil sur les tôles est captée sous le toit.

« Le constructeur a ainsi monté des panneaux sous toute la surface du toit du bâtiment de plus de 60 m de long », précise Hervé Mottiez.

Cette chaleur est canalisée vers un caisson sur le côté du bâtiment, dans lequel prennent place deux impressionnants ventilateurs entraînés chacun par un moteur électrique de 22 kW. Les grandes pales insufflent l’air réchauffé sous le toit par le soleil dans les cellules stockant le foin en vrac via un caillebotis en partie inférieure. En le traversant, il capte l’humidité contenue dans le fourrage et l’évacue par des ouvertures dans les bardages du bâtiment.

La ration composée de foin, de regain et de luzerne est mélangée et distribuée aux 80 vaches à l’aide d’un bol à deux vis de 18 m³ équipé d’un tapis de déchargement. (© Henri Etignard)
« Pendant le montage de la structure, j’ai également dû réfléchir et investir dans une remorque autochargeuse et une griffe à foin. J’ai néanmoins conservé ma presse à balles rondes pour récolter mes parcelles les plus éloignées de la ferme et dont le fourrage est réservé aux génisses. » Hervé Mottiez élève toutes les femelles, car il adopte une stratégie de renouvellement de son troupeau avec un taux affichant 33 %. « J’ai beaucoup de génisses sous mon bâtiment, mais cela ne pose pas de problème car j’ai de la surface pour nourrir toute la suite. »

Plus de flore et d’énergie

Dès les premières années, l'agriculteur se rend compte de la différence de qualité du fourrage entre le vrac et son ancien système en balles rondes, et se réjouit de son choix. Les vaches trient moins à l’auge, et le résultat se voit rapidement sur la production laitière. Les montbéliardes produisent plus et sortent un lait plus riche, aux taux protéique (TP) et butyreux (TB) plus élevés.

Le résultat parle de lui-même : ici, la trappe d’accès à la cellule de foin avec un fourrage qui conserve ses feuilles et fleurs riches en énergie. (© Henri Etignard)
(© Henri Etignard)
« La technique du vrac me permet de ramasser de la marchandise avec un taux de matière sèche moins important, explique-t-il. Pour faire simple, je réalise un seul passage de faneuse le lendemain de la coupe effectuée avec une faucheuse conditionneuse à fléaux, puis j’andaine et je ramasse le surlendemain. »

Manipuler le moins possible le fourrage évite de perdre les feuilles et les fleurs des plantes, là où sont principalement stockées l’énergie et les protéines du fourrage. Lors du ramassage, Hervé Mottiez équipe l’ameneur rotatif de son autochargeuse Pöttinger Faro de 80 m3 de quatre couteaux, ce qui optimise le remplissage de la caisse. Cela favorise également le séchage du fourrage dans les cellules ainsi que sa distribution aux cornadis.

Une analyse rassurante

« Fin 2024, j’ai pris la décision de semer 10 ha de luzerne. Cette plante est très riche en énergie, en protéines, en fibres et en minéraux. Le but étant d’améliorer la rumination de mes animaux, mais aussi d’augmenter mon autonomie en aliment concentré comme le tourteau, acheté chez mon fournisseur local Chays. Après analyse de mon fourrage au mois d’octobre 2025, je suis très satisfait de cet aliment facile à mettre en place et dont le mode de récolte est le même que l’herbe », se félicite l’éleveur.

La luzerne affiche de très bons résultats, à l’image de l’énergie, avec 0,78 UFL/kg MS (unité fourragère lait par kilogramme de matière sèche), ou encore 128 g/kg MS de PDIN (protéines digestibles dans l’intestin grêle permises par l’azote de la ration) et 91 g/kg MS de PDIE (protéines digestibles dans l’intestin grêle limitées par l’énergie de la ration).

Grâce à une alimentation de base de qualité, la santé animale, la production laitière et le moral de l’éleveur s’en ressentent. (© Henri Etignard)
« Je suis au contrôle laitier. Grâce à la qualité de mon fourrage, j’ai pu baisser mes charges liées à l’achat de tourteaux de près de 40 % tout en augmentant la santé de mes animaux, précise Hervé Mottiez. Je me rends compte que j’ai beaucoup moins de perte devant les cornadis. Les vaches trient moins et je balaie beaucoup moins de refus, dont j’estime la baisse à 20 %. »

Cellules de 150 tonnes

« Pour assurer mon autonomie en fourrage pendant l’hiver, je récolte chaque année 70 ha de prairies, pour la plupart temporaires et implantées sur une base de mélanges suisses (graines), ainsi que les 10 ha de luzerne en trois coupes avec une repousse de seulement 30 jours. Je préfère qu’il y ait un peu moins de matière à l’hectare, mais que celle-ci soit de bonne qualité, avec des fleurs, des feuilles et peu de grandes tiges. »

La ration de base des 80 laitières est uniquement composée de fourrages secs non fermentés. Ces aliments génèrent une bonne rumination naturelle chez les animaux. Le fourrage est séché et stocké dans quatre cellules dont les murs en bois mesurent 6 m de haut, pour une surface au sol de 100 m2. Chaque cellule offre une capacité de 150 t de fourrage. Après la traite du matin, l’éleveur charge le bol de 18 m3 à l’aide de la griffe, pendant que la prise de force du tracteur tourne afin de mélanger et de couper les fibres. Les vaches mangent un mélange de foin, de regain et de foin de luzerne, à parts égales. La ration représente 21 kg de matière sèche par vache et par jour.

Au ramassage du fourrage, Hervé Mottiez travaille avec quatre couteaux au niveau du rotor de l'autochargeuse afin d'optimiser le remplissage puis le séchage dans les cellules. (© Hervé Mottiez)
« Cela me prend moins d’un quart d’heure pour alimenter mon troupeau. C’est le premier hiver où je donne cette ration. Le troupeau semble apprécier cette alimentation riche et appétente. La couleur de ce mélange de plantes sèches qui conserve toute la flore issue des prairies reste bien verte pendant toute la partie hivernale. C’est toujours plaisant de voir ses vaches en bonne santé. Ça me donne du baume au cœur et l’envie de produire un lait de bonne qualité », conclut Hervé Mottiez.

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