BKT : impossible n'est pas indien

BKT : impossible n'est pas indien

Un voyage de presse en Inde est une expérience aussi originale que bouleversante. Impossible en effet de rester indifférent à ce pays qui surprend par sa diversité et la richesse de ses cultures et de ses traditions. Le niveau de vie de ses habitants côtoie les extrêmes. L'ambiance exubérante se ressent sur les trottoirs où s'installent, parfois à même le sol, les joueurs de cartes, les vendeurs de légumes, les presseurs de jus de canne à sucre, les barbiers, les cireurs de chaussures... Elle contraste avec certains projets industriels, à l'instar de la méga-usine édifiée en plein désert par la marque de pneumatiques BKT.

Le manufacturier indien BKT est certainement l'outsider le plus actif sur le marché agricole. Pourtant, il ne s'est véritablement intéressé à ce secteur qu'au début des années 2000 lorsqu'il a lancé l'Agrimax, son premier pneumatique de traction à carcasse radiale. Depuis, sa croissance est insolente avec un chiffre d'affaires multiplié par dix en une dizaine d'années pour atteindre 700 M$ (650 M€) en 2014. Le vice-président et directeur général de BKT, Arvind Poddar, ne compte d'ailleurs pas en rester là. Il espère notamment atteindre les 2 Md$ de chiffre d'affaires à l'horizon 2020 et figurer parmi les leaders du marché. Pour que les capacités de production soient à la hauteur des prétentions, la firme vient d'inaugurer le projet le plus important de son histoire : la construction d'une méga-usine à Bhuj, dans le Gujarat, une région côtière du nord-ouest de l'Inde. La nouvelle unité impressionne autant par sa taille que par les moyens mis en oeuvre pour permettre son installation dans un désert. « Impossible n'est pas indien », prétend un proverbe local. BKT, Balkrishna Industries Limited, est issu d'une diversification d'un important groupe textile indien, le Siyaram Poddar Group, ayant le goût du challenge. Pas moins de 500 M$, soit un peu plus de 450 Me, ont été nécessaires pour donner naissance à ce gigantesque site de 126 ha. Si l'industriel a choisi son propre pays pour y installer sa quatrième usine de pneumatiques, c'est avant tout en raison d'une main-d'oeuvre bon marché et abondante. L'Inde est en effet le deuxième pays le plus peuplé du monde après la Chine et plus de la moitié de sa population a moins de 25 ans. Jusqu'à présent, le manufacturier n'a rencontré aucun problème tant pour embaucher des techniciens et des ingénieurs, qui ont développé rapidement une large gamme de pneumatiques, que pour recruter et former des ouvriers spécialisés dans le travail du caoutchouc. Mais cette fois-ci, la tâche s'est révélée un peu plus ardue. Il fallait les convaincre de venir travailler dans un désert. Pour cela, l'industriel a construit un complexe de 6 ha dédié aux 406 logements pour les employés et leur famille auxquels s'ajoutent 90 chambres pour les célibataires. Dans ce village, les salariés ont également accès à un club-house doté d'un restaurant, d'une salle de sport, d'une salle de jeux et d'un centre médical. Un service de bus permet même à leurs enfants de rejoindre facilement l'école de Bhuj, tandis qu'une caserne de pompiers assure la sécurité des 1 500 employés de l'usine.  

L'usine édifiée en plein désert

  Attirer la main-d'oeuvre ne fut pas la seule contrainte à laquelle les dirigeants ont dû faire face lors de la construction de cette usine hors norme. Sa situation dans une zone désertique a imposé la réalisation de routes d'accès, l'approvisionnement en eau et en électricité. Tout a été créé de toutes pièces. Mais le sol volcanique et la présence d'une zone à risque sismique, peu propices à la construction d'un bâtiment, ont engendré un surcoût de 15 M$. Pour alimenter l'usine en eau, un pipeline de près de 8 km, qui a demandé de multiples négociations pour traverser des propriétés privées, alimente deux grandes réserves de 1 500 000 L puis une unité de traitement. Pour l'électricité, le site industriel s'alimente en partie grâce à sa propre centrale fonctionnant au charbon, de 20 MW de puissance maximale. Alors, pourquoi s'être installé dans une zone désertique et sismique aussi néfaste à la construction d'une usine de cette envergure ? Rajiv Poddar, le directeur général associé, argumente la réponse sans la moindre hésitation : « Conformément aux plans d'exportations à moyen et long termes de la société, la zone devait être suffisamment grande pour accueillir une construction aussi imposante et pouvoir être extensible tout en étant assez proche d'un grand centre logistique. » Le port de Mundra, dans le même État du Gujarat, qui était déjà fréquenté par BKT, est apparu comme une évidence, car il se situe à 60 km du site de Bhuj. L'objectif pour l'industriel est clair : assurer le plus court temps de transport entre la production et les lieux de fret, tant pour la commercialisation des produits que pour l'approvisionnement en matières premières. Quand les camions passaient auparavant jusqu'à huit jours sur la route avant de rejoindre le port le plus proche depuis les deux autres usines de Bhiwadi et de Chopanki, dans le Rajasthan, à proximité de Delhi, le site de Bhuj n'est plus qu'à quelques heures de route. En Inde, la circulation est rarement aussi fluide et les routes fréquemment plus chaotiques que ce que nous connaissons en Europe. Avant d'attaquer la construction, le manufacturier a dû négocier l'achat du terrain durant des mois avec les nombreux petits propriétaires. Les travaux débutent finalement le 28 janvier 2011. Le premier pneumatique sera fabriqué le 16 mars 2012. Aujourd'hui, l'usine produit 150 t de pneus par jour. Elle devrait être capable, à long terme, de concevoir au moins 325 t par jour. Ce potentiel maximal surclasse à lui seul la fabrication cumulée des trois autres sites du groupe BKT : Aurangabad, dans l'ouest du pays, Bhiwadi et Chopanki. Tous sont d'ailleurs déjà au maximum de leur capacité. Une cinquième usine, située à Dombivali, à proximité du siège de la firme de Mumbai, conçoit les moules indispensables à la manufacture des pneumatiques.  

Une main-d'oeuvre pléthorique

  Lors de la visite du site industriel de Bhuj, capable à terme de produire 140 000 t de pneus par an, l'hostilité de son environnement surprend. L'usine est installée dans un désert, entourée par la montagne et la mer. La température fluctue entre 10 et 45 °C, selon les périodes de l'année. L'ambiance du pays, avec sa circulation anarchique, ses vaches sacrées en liberté, la crasse et la pauvreté de certains de ses habitants, ne franchit pas les trois gigantesques portes d'entrée de l'usine. La propreté, la taille des bâtiments (29 ha au total) ou encore leur clarté n'ont pas à rougir des installations européennes. Seule l'organisation du travail témoigne d'un coût de main-d'oeuvre sans comparaison avec nos habitudes. L'effectif pléthorique avance son travail sans précipitation. Certaines machines-outils, servies par trois ou quatre opérateurs, s'en contenteraient facilement d'un seul en Europe, voire lègueraient leur tâche à un robot. Les ateliers de fabrication se passent de moyens mécaniques de manutention. Les salariés amènent eux-mêmes les matières premières sur des chariots à roulettes ou chargent à la force de leurs bras les pneumatiques dans les containers. L'usine fonctionne 24 heures sur 24, et un ouvrier indien travaille 48 heures par semaine, 6 jours sur 7. Certes, des efforts pourraient encore être consentis pour mieux équiper les opérateurs en vêtements de travail adaptés ou pour limiter les nuisances sonores. Mais les rémunérations sont supérieures à la moyenne, selon les dirigeants, et les employés bénéficient d'une couverture maladie ainsi que d'une retraite. Les machines les plus récemment acquises en Europe ou en Chine frôlent, elles aussi, le modernisme auquel nous sommes accoutumés. Leur gestion informatique assure une fiable répétition des tâches complexes. Leur coûteuse technologie n'a pas pour objectif d'économiser de la maind'oeuvre mais plutôt d'aligner la qualité de fabrication au niveau de celle de la concurrence européenne et internationale.  

La plus imposante piste d'essai d'Inde

  La piste d'asphalte de BKT se présente, avec ses 9 m de large, comme le plus imposant anneau de test de pneumatiques de l'Inde. Elle compose, avec deux autres pistes, la zone d'essai d'une longueur totale de 1 200 m du centre de recherche et de développement de l'usine de Bhuj. Cet espace, qui s'étend sur 10,5 ha, a été créé pour contrôler le comportement des pneus et le confort de conduite sur des chaussées lisses ou accidentées. Il accueillera d'ici à mars un bâtiment flambant neuf de 3 000 m² réservé aux ingénieurs et techniciens du bureau d'études chargés de développer la gamme de pneumatiques du manufacturier. Ce lieu hébergera notamment un laboratoire dédié aux travaux de recherche sur de nouveaux polymères et de nouveaux mélanges pour les bandes de roulement.    

Réagir à cet article

Sur le même sujet

Utilitaire

John Deere Gator XUV, le confort grimpe

Matériels de pommes de terre

Grimme trouve un partenaire en Inde

Semoir

Un semoir Sulky épuré

Epandeurs d'engrais

Le Kubota DSXLW épand les engrais plus vite

Semis

Une double dent Dale Drills pour semer en direct

Equipement

Une station à la ferme Beiser environnement

Récolte

La coupe flexible de Geringhoff ne manque pas d’air

Fenaison

Un groupe de fauche de 9 m pour McHale

Semis

L'Alpego Jet M consomme moins et s'utilise mieux