Les installations fixes de contention : la manipulation des bovins en toute sérénité

Les installations fixes de contention : la manipulation des bovins en toute sérénité

L'augmentation progressive de la taille des troupeaux de bovins a rendu l'installation de contention indispensable pour faciliter le travail de l'éleveur mais également celui des intervenants extérieurs. Selon une étude publiée fin 2012 par la Mutualité sociale agricole, les élevages bovins concentraient, sur l'année 2010, près de la moitié (45,7 %) des cas d'accidents de l'ensemble des chefs d'exploitation agricole. Dans près d'un cas sur cinq, l'événement s'est produit au cours de contention et de soins aux animaux. Les manipulations de l'éleveur sur ses bovins présentent ainsi des dangers, en particulier lorsque les conditions d'intervention optimales ne sont pas réunies. Pour ce dossier, la rédaction de Matériel Agricole s'est rapprochée de la MSA pour étudier les installations fixes de contention. Elle a également rencontré deux éleveurs de l'Allier qui ont choisi ce type d'équipement pour intervenir en toute sécurité sur leurs animaux.

Quatre questions à Florian Dassé

  Conseiller national en prévention des risques professionnels en élevage de gros animaux à la CCMSA (Caisse centrale de la Mutualité sociale agricole). Matériel Agricole : Que révèle l'accidentologie des éleveurs impliquant un bovin ? Florian Dassé : En 2011, l'indice de fréquence, représentant le nombre d'accidents pour 1 000 travailleurs exploitants ou salariés, atteint 51,2 en bovin viande et 48,7 en bovin lait. Toutefois, les données dont nous disposons ne reflètent que partiellement la situation : tous les accidents du travail ne sont pas suivis d'une déclaration.   M.A. : Quels conseils donnez-vous aux éleveurs pour limiter le risque d'accident en intervenant sur des bovins ?  F.D. : Le professionnel doit prendre le temps de préparer son intervention sur les animaux. Le chantier se déroule de préférence le matin, idéalement par température fraîche et lorsque les animaux sont plus calmes. Je conseille, par exemple, un couloir à largeur variable pour contenir les différents gabarits d'animaux de l'exploitation. M.A. : Quels équipements de contention privilégier ? F.D. : L'investissement dans un équipement de contention fixe est souvent plus élevé que dans des matériels mobiles, compte tenu des surcoûts liés à la maçonnerie, aux barrières supplémentaires ou à la couverture de l'installation. Cependant, l'éleveur intègre également dans sa réflexion la nature du parcellaire et l'éloignement des pâtures par rapport au siège de l'exploitation. Le travail en hauteur (quais surélevés ou marchepieds) sécurise les tâches de l'opérateur. Les passages d'homme facilitent sa circulation dans l'installation et permettent de se dégager rapidement en cas d'agressivité d'un bovin. Je recommande également le choix de portes de contention anti-étranglement, qui profitent à l'animal et évitent toute intervention scabreuse de l'opérateur saisi par l'urgence.   M.A. : Quels points d'attention considérer lors de la conception d'une installation ? F.D. : Une entrée latérale dans le couloir de contention suscite la curiosité de l'animal, l'empêche de reculer et permet donc une fermeture plus sécurisante de la porte. Les conditions d'éclairage ont aussi leur importance, l'oeil du bovin n'ayant pas la même faculté d'accommodation aux variations d'intensité lumineuse que celui de l'humain. Un environnement éclairé est propice au bon déroulement du chantier. Les contre-jours et les ombres portées au sol sont toutefois à proscrire, le bovin pouvant assimiler dans certains cas l'alternance de luminosité à un passage canadien. L'idéal serait de familiariser les animaux aux équipements de contention en organisant le passage régulier de lots à travers l'installation.    

EARL des Vizelles, Villefranche-d'allier (Allier)

  « Avec le parc circulaire, je pèse chaque animal en moins d'une minute » L'EARL des Vizelles, située au coeur du bassin charolais, dispose d'un parc d'attente circulaire regroupant les animaux avant toute intervention. Ce dispositif, en plus de son côté pratique, sécurise la phase d'entrée des bovins dans le couloir de contention.   Depuis cinq ans maintenant, Olivier Avignon, éleveur à Villefranche-d'Allier (Allier), utilise une installation fonctionnelle pour intervenir sur ses bovins et les peser. En 1993, il avait dû prendre seul les rênes de l'EARL des Vizelles à l'âge de 21 ans, suite au décès de son père. Il conduit aujourd'hui un atelier de 110 vaches allaitantes et leur suite sur trois sites et gère simultanément l'engraissement de porcs. « Dans cette situation, une blessure nécessitant quinze jours de repos est inconcevable, argumente l'exploitant. J'ai donc développé ma structure en conjuguant commodité et sécurité d'intervention. » La majorité des vêlages a lieu en décembre. Les jeunes génisses, sevrées avant la mise à l'herbe, sont engraissées au siège. Des pesées successives facilitent le suivi de leur croissance et indiquent le moment optimal de la vente, vers 28 à 30 mois. Les mâles passent sur la balance avant la mise à l'herbe, puis vers le 15 juin lors de l'allotement et chaque mois jusqu'à leur départ, courant août. Ces opérations permettent d'ajuster les rations si nécessaire, avec l'aide d'un nutritionniste indépendant. Convaincu par une démonstration de parc circulaire, Olivier Avignon a décidé d'installer cet équipement sur son exploitation, à l'abri des intempéries.  

Seul pour intervenir

  Il a pour cela ajouté deux travées supplémentaires à l'extrémité du bâtiment d'élevage, formant un espace couvert long de 15 mètres et large de 10 mètres. « D'un diamètre de 6,60 mètres, le parc circulaire fabriqué par la société Agrotech de Villefranche-d'Allier (Allier) repose sur une dalle de béton épaisse de 12 cm. Il dessert un couloir de contention en U long de 11 mètres et me permet de travailler tout seul et en sécurité », apprécie l'exploitant. Le couloir en U mène vers une cage de contention conçue par Maréchalle Pesage et dotée d'une balance électronique. L'éleveur annonce ainsi peser 45 animaux en seulement 35 minutes. Le niveau d'investissement pour ces équipements de contention s'élève à 15 000 € hors bâtiment et maçonnerie. « Le parc circulaire accueille jusqu'à une quinzaine de vaches adultes », explique l'exploitant. Pour parquer davantage d'animaux, il a confectionné plusieurs box extérieurs ainsi qu'une zone de chargement, tous en liaison directe avec le parc circulaire. La largeur du couloir, de 80 cm, semble convenir à l'éleveur. « Il arrive toutefois que les veaux fassent demi-tour, ou que les taureaux les plus corpulents aient du mal à franchir ce corridor. »    

Gaec MDL, Chavenon (Allier)

  « Une seule personne suffit pour manipuler l'ensemble des animaux »   Entre 750 et 800 bovins occupent les bâtiments et les pâtures du Gaec MDL. Pour intervenir en toute sécurité sur cet important cheptel, Jacques Moncouyoux et Lionel Dumont ont dû concevoir des installations de contention fonctionnelles. La plus récente d'entre elles, construite en 2003 par les deux associés, voit régulièrement se succéder les 140 taurillons à l'engrais de l'exploitation.   À 56 ans, Jacques Moncouyoux, membre du Gaec MDL, connaît dans les moindres détails les codes de circulation des bovins. Avec son neveu Lionel, descendant de trois générations d'éleveurs et installé depuis 1989, il élève 280 vaches à Chavenon (Allier) et engraisse l'ensemble des produits du troupeau allaitant. Le départ non remplacé d'un troisième associé en 2005 a contraint les deux agriculteurs à adapter leurs méthodes de travail pour pallier la pénurie de main-d'oeuvre. Ensilage, moisson, épandage et entretien des haies : les associés ont délégué la plupart des travaux mécanisés. Les bâtiments d'élevage sont répartis sur quatre sites, dans un rayon de quinze kilomètres. Cette situation structurelle contraint les deux exploitants à perdre le moins de temps possible pour intervenir sur leurs bovins. La conception des sites permet à un seul intervenant de faire entrer ou sortir le troupeau du bâtiment, ou d'isoler un animal. Chacun comprend un parc de contention avec quai d'embarquement. À l'exception des cages de pesée, toutes les installations ont été mises en place par les deux associés entre 1986 et 2003 et améliorées au fil du temps. La dernière en date, autoconstruite et d'un coût global de 12 000 €, est attenante au hangar de 1 000 m2 abritant les taurillons.  

Éviter les contacts directs avec les animaux

  Son couloir en forme de U accueille les lots de bovins pour une pesée ou un tri. « Cette configuration favorise l'avancée des animaux et permet de créer un vaste couloir dans ce petit bâtiment long de douze mètres et large de six. Le bardage, en tôle perforée, protège du vent, mais apporte surtout de la luminosité grâce à laquelle les animaux s'engouffrent plus facilement dans la zone de passage. » Le couloir est constitué de tubes et de glissières. Le caractère fonctionnel de l'installation incite les éleveurs à l'utiliser à de multiples occasions, à commencer par la mise en lots de 17 à 20 taurillons de poids homogène dans chaque box. « Quand tout est prêt, deux heures et demie suffisent pour le passage de nos 140 mâles à l'engrais dans l'installation de contention, explique Jacques Moncouyoux. Nous n'avons eu aucun accident à déplorer à ce jour, mais compte tenu du caractère imprévisible des taurillons, le risque demeure élevé. L'objectif consiste à se trouver le moins possible en contact direct avec ces animaux. Cela n'arrive que lorsque nous sortons les bovins de leur case. » Après cette étape critique, chaque lot de taurillons, poussé par une barrière installée sur le chargeur frontal d'un tracteur, est contraint de se diriger dans le couloir d'intervention. « Nous mettons actuellement en place un ajustement progressif dit "de marche en avant". Notre cage, achetée voici onze ans, est dotée d'une balance romaine. Sa mise en oeuvre ralentit nos interventions et nous envisageons désormais l'achat d'un module de pesée électronique. En multipliant les pesées, nous pouvons homogénéiser les lots », indique l'éleveur.  

Chaque animal passe cinq fois

  Mais l'installation de contention sert également aux interventions diverses sur les animaux, qu'elles soient liées à leur santé ou aux exigences réglementaires. Jacques et Lionel administrent à chaque broutard un traitement ciblant la douve et les strongles, ainsi qu'un rappel du vaccin RS. Ils vaccinent ensuite les animaux contre l'entérotoxémie, puis font un rappel. Une pesée intermédiaire au bout de trois mois permet de recaler la ration. En fin d'engraissement, les animaux embarquent après un ultime passage sur la balance. Les éleveurs en profitent pour remplacer les boucles d'identification manquantes (près de 150 par an sur l'exploitation). Les lots transitent ainsi cinq fois dans l'installation de contention. Thomas, le fils de Lionel âgé de 16 ans, semble apprécier ce confort de travail et pourrait bien assurer un jour la relève.  

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