Galop d'essai Tracteur RétroInternational 756 (1969) : hautes performances à l’américaine

International 756 (1969) : hautes performances à l’américaine
(©Christian Bedeï)

Alliant puissance et modernité, le 756 vient remplacer le 706 au sein de la gamme International. Disponible au catalogue sous différents profils, ce modèle de la série 56, destiné aux grandes cultures, a rencontré un vif succès commercial. C’est en Alsace que nous avons rencontré cet exemplaire de 1969, dont la puissance est régulièrement sollicitée par son propriétaire, Laurent Hugelin. Texte : Guillaume Waegemacker - Photos : Christian Bedeï

En 1963, International Harvester crée l’événement à travers la présentation des tracteurs appartenant à la série 06.  Ces modèles de large envergure se nomment 706, 806 et 1206. Les 706 et 806 étaient disponibles au catalogue avec trois types de motorisations différentes : essence, diesel et GPL. Les variantes à moteur essence se nomment 706 G et 806 G, celles à moteur diesel 706 D et 806 D. Quant aux variantes fonctionnant au GPL, elles sont badgées 706 L et 806 L. Le 1206 est quant à lui exclusivement proposé en motorisation diesel. Les 706, 806 et 1206 bénéficient d’un moteur 6 cylindres. La puissance à la barre relevée au centre d’essais du Nebraska des 706 G, 706 D et 706 L était de l’ordre de 66,18 ch, 65,12 ch et 66,06 ch. La puissance de ce modèle était donc légèrement supérieure à celle de l’un de ses plus farouches concurrents, le John Deere 3020. Quant au 806, il s’oppose directement à deux John Deere emblématiques, le 4010 et le 4020. Toujours au centre d’essais du Nebraska, la puissance à la barre relevée au niveau des 806 D, 806 G et 806 L est respectivement de 84,77 ch, de 80,70 ch et de 81,53 ch. A l’époque, le 806 est présenté par le constructeur -en toute modestie !-  comme le tracteur polyvalent le plus puissant du monde. Tout comme le cadet 706, il était disponible en deux ou quatre roues motrices. Equipé en série d’une direction hydrostatique, le 806 a été produit à pas moins de 43 000 exemplaires. Quant au 1206, il a été le tout premier tracteur de la marque à être équipé d’un turbocompresseur. Sa puissance – toujours relevée sur les bancs d’essais du Nebraska- est de 95 ch à la barre et de 112,64 ch à la poulie.

Présentation de la série 56 en 1967


Le 756 a été produit aux Etats-Unis de 1967 à 1971 et en Australie de 1967 à 1983. Si une multitude de variantes ont été proposées au catalogue, les plus fréquentes étaient les versions standard et 4 x 4.

Aux tracteurs de la série 06 succèdent ceux de la série 56 dès 1967. Arrivent alors sur le marché le 656, le 756, le 856 et le 1256. Equipé d’un moteur 6 cylindres, le 656 compte au catalogue quatre versions différentes : 656 Hydro, le 656 D (moteur diesel), le 656 G (moteur essence) et le 656 G Hydro. Les 656 Hydro inaugurent la voie des tracteurs bénéficiant d’une direction hydrostatique chez International Harvester. Côté puissance, le 656 Hydro atteste de 50,50 ch à la barre et de 66,06 ch à la poulie, le 656 D de 61,52 ch, le 656 G de 55,23 ch à la barre et de 63,85 ch à la poulie et, le 656 G Hydro de 50,09 ch à la barre et de 65,80 ch à la poulie. Le 756 n’est, quant à lui, qu’une remise au goût du jour du 706. De par sa proximité technique et ses similitudes avec son prédécesseur, le 756 ne fût guère soumis aux bancs d’essais du Nebraska.

Vue moteur côté gauche. A l’extrémité avant du bloc se positionne l’alternateur. Un peu plus en arrière se trouve le collecteur d’admission. Ce dernier domine  la pompe à injection rotative et les filtres à carburant (un filtre primaire et un filtre secondaire).

Le 756 apparaît sous différentes variantes moteur : essence, diesel et GPL. Attestant d’une puissance SAE de 89 ch, les versions essence et GPL sont équipées de la mécanique 6 cylindres de type C-291. La version diesel, de loin la plus répandue, est motorisée par le 6 cylindres D-310 de 5073 cm3 dont la puissance SAE est de 101 ch. Cette mécanique qui a également équipé le 946 puise ses origines en Allemagne, à l’usine de Neus. Deux pôles accueillent les lignes d’assemblage du 756. Le premier se situe aux Etats-Unis, à Rock Island, dans l’Illinois. Le second se trouve à Geelong, dans l’Etat du Victoria, en Australie.

 

Le type du tracteur est rappelé par des logos adhésifs disposés au niveau de la partie basse des retours de capot, éléments de carrosserie qui sont laqués de blanc.   

Le 756 est commercialisé sous deux labels différents : Farmall et International. La version Farmall se distingue au premier coup d’œil par sa grille de calandre ondulée. Les International sont quant à eux dotés d’une grille de calandre quadrillée en tubes d’acier chromés. Le 756 bénéficie de deux ou de quatre roues motrices, mais existe aussi en versions étroite, row-crop, tricycle mono-roue et high-crop. Afin de contrer le John Deere 4000, International Harvester a proposé une version bon marché du 756, le 756 Custom. La production du 756 « Made in USA » s’échelonnera de 1967 à 1971. Celle de son homologue australien se poursuivra jusqu’en 1983. Tout comme le 756, le 856 est proposé en variantes deux et quatre roues motrices, high crop et row-crop. Bien que les versions à moteur essence et GPL figurent au catalogue du constructeur, on ne peut attester de la diffusion effective de ces deux variantes. Quoi qu’il en soit, le seul 856 a avoir été testé au Nebraska fût le 856 D à moteur diesel. Il en résulte une puissance de l’ordre de 87,17 ch à la barre et de 100,49 ch à la poulie. Tout comme le 756, le 856 a bénéficié d’une variante quelque peu dépouillée et par conséquent bon marché, le 856 Custom. A l’image de son prédécesseur, le 1206, le 1256 est équipé d’un turbocompresseur. Ce dernier est élaboré par Schwitzer. Nommé plus précisément 1256 TD, ce tracteur attestait sur les bancs d’essais de l’Université du Nebraska d’une puissance à la barre de 102,03 ch et d’une puissance à la poulie de 116,12 ch.

Le 756 est doté d’un volant trois branches. Une commande d’accélérateur manuelle est disposée juste derrière le volant. Disposée sur fond noir, la planche de bord se compose de deux cadrans principaux, avec à gauche, un compte-tours qui fait également office d’horotachymètre et à droite, celui de la jauge à carburant et de l’indicateur de température du circuit de refroidissement. Ce second cadran en surplombe un autre de taille réduite indiquant le colmatage du filtre à air. 

 

Un outil de travail performant

Destiné aux grosses exploitations et aux entrepreneurs agricoles, le 756 est particulièrement apprécié à l’époque par ses utilisateurs. Doté d’une plateforme de conduite ultra moderne, il offre à son conducteur un confort de travail indéniable. Dépourvue d’angle mort, la visibilité est panoramique. Intégrant l’équipement de série, la direction hydrostatique procure une certaine aisance de conduite et d’utilisation. Puissant et robuste, son moteur de plus de cinq litres de cylindrée témoigne de ressources quasi inépuisables.

Le 756 est un tracteur qui en impose par son gabarit. Ses capacités de traction et son endurance à toutes épreuves ont toujours été saluées par ses utilisateurs.

Tracteur bâti pour l’endurance et les grandes cultures, le 756 est un modèle à hautes performances. Tous ceux qui ont utilisé ce type de tracteur à l’époque en conservent un bon souvenir. Qu’il s’agisse de labour, d’ensilage, de traction de presses ou de round-ballers, le 756 est un tracteur qui permet d’abattre un travail colossal. A l’image de ses concurrents estampillés John Deere, le 756, tout comme ses frères de gamme témoigne d’une grande souplesse. Net et sans bavure, le freinage est particulièrement efficace. Avec seize vitesses synchronisées, la transmission s'actionne à l'aide de deux sélecteurs placés à droite du tableau de bord.

Zoom sur les deux leviers de vitesses avec à gauche le sélecteur de gamme (vitesses lentes, rapides et marche arrière) et à droite le levier principal.

Ne dépassant guère les vingt litres à l’heure, la consommation en carburant est plutôt raisonnable. Comme toujours chez International Harvester, l’ergonomie et l’aspect pratique sont au rendez-vous. Attelage et dételage s’opèrent en clin d’œil. Un défaut majeur est par-contre à souligner sur ce tracteur, avec le manque de puissance du relevage hydraulique. La perfection n’est pas de ce monde et c’est tant mieux !

Un rouge alsacien

Président de la Fête des moissons de Blodesheim, qui rassemble plus de 200 machines d’époque, Laurent Hugelin collectionne exclusivement les tracteurs liés à l’aventure International Harvester. Dans son antre alsacien, le 756 est accompagné d’un F237, d’un 423 Standard et d’un 423 vigneron.

C'est à Blodesheim en Alsace que nous avons rencontré ce 756. Son propriétaire, Laurent Hugelin, est passionné par l’aventure International Harvester. Depuis sa plus tendre enfance, il rêvait d’un 756 de longue date. « Tout gamin, j’avais vu évoluer plusieurs 756 dans la région et ce tracteur me fascinait. Bref, c’était un rêve que je me devais de concrétiser. C’est mon oncle qui m’a indiqué cet exemplaire qui était à vendre chez un éleveur. Ce dernier qui ne l’avait guère ménagé ni entretenu le faisait travailler essentiellement à la désileuse. Je l’ai récupéré avec un moteur grippé. Au niveau carrosserie, ce n’était pas très brillant non plus après de nombreux accrocs. »  Mais, quand on souhaite concrétiser un vieux rêve, il faut se donner les moyens d’y parvenir n’est-ce pas ? C’est la ligne de conduite que s’était fixé Laurent dans la remise en état de modèle américain. En se rapprochant d’un ancien concessionnaire local, il a pu trouver de nombreux éléments qui lui ont permis de mener le chantier à son terme. Chemises, pistons, segments, soupapes, coussinets, embrayage, roulements de boîte de vitesses, embrayage de prise de force ont été changés. Au niveau de l’essieu avant, bagues, fusées, rotules et roulements nécessitaient également un remplacement. L’ensemble des éléments de carrosserie a été déposé puis sablé et métallisé. Par la suite, Laurent a usé du maillet et de la cale à poncer pour redonner au tracteur ses formes originelles. Irrécupérables, les ailes ont été reconstruites à l’identique.

Les jantes avant de cet exemplaire ont été réalisées sur mesure à la demande de Laurent Hugelin. Les jantes d’origine étaient chaussées en 7.50 x 20 alors que dans cette configuration, les pneumatiques sont de dimensions 11.00 x 16. Dotées de voiles démontables, les jantes arrière du tracteur étaient chaussées à l’origine de pneumatiques 16.9 x 38.  Sur le fil de sa carrière, le 756 de Laurent a été équipé de montes en 18.4 x 38. 

Au niveau des jantes avant, Laurent a souhaité configurer son tracteur à l’image de l’exemplaire qui l’avait particulièrement marqué dans son enfance. Aussi a-t-il fait fabriquer des jantes avant sur mesures afin de pouvoir l’équiper en 11.00 X 16. Sur les 756 à deux roues motrices à essieu avant large, la monte d’origine était en 7.50 X 20.  A ce jour, le tracteur de Laurent Huguelin a effectué plus de 4000 heures depuis sa restauration, essentiellement au transport à travers la traction d’une benne IH 425 double essieux. Ce 756, Laurent Hugelin ne s’en séparerait pour rien au monde et il rêve aujourd’hui d’un autre géant américain représentatif de la « force rouge », un 1066. Affaire à suivre ! 
Un grand merci à famille Hugelin pour son accueil chaleureux et décontracté. Mille mercis également à François Jecker pour sa contribution.

Un certain nombre de 756 ont été distribués en Alsace, mais peu d’entre eux ont été remis en état jusqu’à présent. Laurent Hugelin a effectué plus de 4000 heures de travail à son volant depuis sa remise en état.

 

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