Revue de détail Tracteur RétroAllis-Chalmers FD3-R52 1962 : un bicylindre tonique !

Allis-Chalmers FD3-R52 1962 : un bicylindre tonique !
(©C. Bedeï)

« Le FD3, c'est le tracteur idéal de l'agriculteur moderne » : c'est ainsi qu'Allis-Chalmers titrait l'un de ses documents publicitaires. Tracteur Rétro s'est imprégné de l'histoire de ce modèle pas comme les autres, à travers la découverte d'un FD3-R52 soigneusement restauré, un tracteur qui évolue sur le tempo du bicylindre Vendeuvre... Texte : Guillaume Waegemacker - Photos : Christian Bedeï

En septembre 1960, le constructeur américain Allis-Chalmers prend le contrôle de la SA Établissements de constructions mécaniques de Vendeuvre. Ces deux entreprises ont été créées à dix années d'écart. En effet, Vendeuvre puise ses origines en 1837 alors que la création d'Allis-Chalmers remonte à 1847. A cette époque, la firme Vendeuvre dispose encore de quatre unités de fabrication qui ont chacune leur spécialité. Ces unités sont basées à Vendeuvre (Aube) bien sûr, mais aussi à Dieppe, Lille et Orléans. A Vendeuvre, s’effectue l'assemblage des tracteurs et l'emboutissage des éléments de carrosserie. La fonderie et les ensembles moteur / boîte de vitesses / pont sont traitées à Dieppe. A Orléans, le site fabrique différents outils alors qu'à Lille, des machines à bois et des scies à grumes sont construites. 

Les modèles FD3, FD4 et FD5 attestent d'une certaine unité d'un point de vue stylistique. Le rachat de la firme Vendeuvre par le constructeur américain Allis-Chalmers a permis à ce dernier de disposer d'un réseau de distribution parfaitement structuré.

Thierry Caude, président de l'Amicale Vendeuvre a beaucoup travaillé sur l'histoire de la marque aux côtés de ses amis de l'association : « La majeure partie des archives de la marque ayant été détruites, constate Thierry Caude. Nous avons recueilli un certain nombre de témoignages d'anciens employés. Selon toutes vraisemblances, les sites de Lille et d'Orléans ont été revendus dans la foulée de la prise de contrôle de la marque par Allis-Chalmers. »

Alliance du savoir-faire et de l'expérience conjuguée de deux constructeurs, les Allis-Chalmers FD représentaient à l'époque un excellent compromis. Perpétuant l'esprit Vendeuvre, ces tracteurs connaissent aujourd'hui un certain regain d'intérêt en collection.

En 1962 apparaît une toute nouvelle gamme de tracteurs sous la marque Allis-Chalmers. Ces nouveaux modèles qui se nomment FD3, FD4 et FD5 descendent en ligne directe des Vendeuvre dont ils reprennent certains composants. La gamme Allis comprend également deux modèles de facture britannique, adoptant la même fibre stylistique. Il s'agit des modèles ED40 et D17. Le FD3 et le FD4 sont disponibles soit en version Standard, soit en version Vigneron. Le modèle qui nous intéresse plus particulièrement aujourd'hui est le FD3. Deux motorisations sont disponibles sur ce tracteur.

Produit et distribué de 1962 à 1964, le FD3 aura bénéficié de trois motorisations différentes en fonction de sa version : 2-cylindres Vendeuvre, 4-cylindres Perkins et enfin 4-cylindres Allis-Chalmers. Quelle qu'en soit la version, ce modèle a toujours véhiculé une assez bonne image tout au long de sa carrière commerciale.

La première alternative est un moteur bicylindre diesel Vendeuvre de 1570 cm3, refroidi par air de type 52, issu du Super BB à air. Cette première variante reçoit en 1962 la dénomination FD3-R62, en 1963 la dénomination FD3-R63. Cette version du FD3 ne sera d'ailleurs pas reconduite au catalogue en 1964. La seconde alternative est un moteur 4 cylindres Perkins 1765 cm3 refroidi par eau. De type A4.107, cette mécanique était également montée sur des bateaux et sur les Massey Ferguson 30, 130 et 825. L'ensemble boîte de vitesses / pont du FD3 est issu du Vendeuvre BL335. Quant au relevage, il puise ses origines sur le BL 30. Les éléments Vendeuvre représentant de très bonnes bases, ont été conservés par Allis-Chalmers dans le cadre de cette nouvelle série de tracteurs. La prise de contrôle par Allis-Chalmers a donné lieu à quelques améliorations techniques. Aussi le corps de l'ensemble boîte de vitesses / pont est alors coulé d'un seul tenant sur le FD3 alors qu'il résultait de l'assemblage de trois éléments sur le BL335.

Le système hydraulique du FD3 a une contenance de 12 litres d'huile hydraulique. De type 10W30, cette dernière circule dans un circuit autonome. Le relevage a la possibilité de recevoir tous les outils conçus pour un attelage trois points de catégorie I. 

Allis-Chalmers est arrivé avec une expérience industrielle parfaitement maîtrisée alors que Vendeuvre était quelque peu restée dans la logique de fabrication d'un artisan constructeur qui avait grandi. Sur le FD3, tout comme sur les FD4 et FD5, l'arrivée d'un essieu avant complété par un triangle pivotant, a amélioré le comportement du tracteur et renforcé la longévité de l'essieu avant. « A mon point de vue, Allis-Chalmers aurait dû perpétuer la vie des deux entités qui étaient tout à fait complémentaires, » regrette Thierry Caude. Le FD3 à moteur Vendeuvre à deux cylindres, refroidi par air se voit retiré de la gamme Allis-Chalmers en 1964. La version refroidie par eau est quant à elle maintenue au catalogue sous la dénomination FD3-N. Ce modèle demeure toujours disponible dans la variante vignes et vergers se nommant O.VL. Ces deux tracteurs adoptent un tout nouveau moteur Allis-Chalmers quatre cylindres, quatre temps diesel de 1928 cm3 de cylindrée. Tout au long de sa carrière, le FD3 -et ses différentes variantes- pouvait être livré avec ou sans relevage, avec ou sans poulie de battage, en fonction de l'usage auquel il était destiné. Sur demande, il était possible d'obtenir des ailes carrées embouties à l'usine de Vendeuvre, en lieu et place des ailes américaines, qui épargnaient peu le conducteur des projections...

Vissé en deux points, le logo chromé Allis-Chalmers se positionne à l'extrémité supérieure de la face avant du tracteur.

C'est au cœur du Lot que nous avons pris en mains ce FD3 datant de juillet 1962, un tracteur qui a fait l'objet d'une restauration minutieuse par les bénévoles de l'atelier-musée de l'Association Quercynoise des Vieilles Mécaniques de Cazals. « Ce tracteur nous a été offert par la veuve d'un agriculteur de Thédirac, une commune qui est située à une bonne dizaine de kilomètres de notre atelier. Son mari avait acquis ce tracteur en 1980 auprès de son tout premier propriétaire, » commentent Ludovic Tourenne et Patrice Soulier, respectivement président et trésorier (et chef d'atelier) de l'AQVM. Le FD3 a donc été transmis au musée tel un passage de témoin. Complet et témoignant d'un très faible niveau d'usure, il représentait une excellente base de restauration. Sa remise en état s'est échelonnée sur une année. « Notre équipe de bénévoles comptant vingt-cinq personnes environ se retrouve chaque jeudi au cœur de notre atelier-musée et s'investit à 100% au chevet des vieilles mécaniques, » poursuivent nos interlocuteurs.

Le FD3-R62 est sur la table d'opération au sein de l'atelier- musée de Cazals. Une inspection technique générale approfondie ne révélera pas d'usure particulière.

Le FD3 n'ayant qu'un très faible nombre d'heures de travail au compteur, la mécanique n'a nécessité qu'une simple révision d'usage. Les cylindres ont été démontés et les mécaniciens de l'association ont opéré à un rodage de soupapes. En parfait état, l'embrayage, la boîte de vitesses le pont et le relevage hydraulique n'ont pas nécessité d'intervention particulière. L'ensemble des éléments de carrosserie a été déposé, plané avant d'être mis sous apprêt.

La partie structurelle du tracteur vient d'être mise sous apprêt et va recevoir une première couche d'orange au terme d'une première séance de ponçage.

Un voile de peinture témoin a permis de déceler les ultimes défauts avant la mise en peinture finale. Le faisceau électrique a été refait à l'identique et, bien entendu, les pneumatiques ont été changés. Au sein de l'écrin de Cazals, le FD3 a trouvé place à proximité d'un autre tracteur de la marque, un D270, qui a lui aussi fait l'objet d'une restauration soignée.

Le FD3-R62 offre un certain agrément de conduite et d'utilisation. La majeure partie de ses composants techniques avait déjà été très largement éprouvée au niveau de la gamme Vendeuvre.

A l'époque, le FD3 apparaît comme un outil de travail plutôt moderne. La variante qui nous intéresse plus particulièrement aujourd'hui à travers cette « Revue de détail » est la version bicylindre. Cette mécanique qui avait déjà fait ses preuves chez Vendeuvre est à la fois performante, économique et aisée d'entretien. Répartie sur une double gamme (lente et rapide), la boîte de vitesses offre une démultiplication optimale, tout en disposant d'une fiabilité accrue par rapport aux derniers Vendeuvre.

Recourbés vers l'arrière, le levier du sélecteur de gamme et le levier de vitesses principal sont disposés au coude à coude. Chacun d'entre eux arbore un pommeau noir sur lequel est rappelé le schéma de chacune des grilles. Sur le côté gauche du tracteur se trouve le levier de vitesses, sur le côté droit, le sélecteur de gamme.

Offrant un grand dégagement, le FD3 est particulièrement adapté aux outils portés. D'un tempérament vif, ce tracteur a hérité de la maniabilité de ses prédécesseurs estampillés Vendeuvre. Agile et singulier, le FD3 dispose d'un rayon de braquage de l'ordre de 2,90 m, ce qui, allié au freinage indépendant permet en bout de parcelle de tourner sur une portion relativement réduite. Au labour, le petit Allis est en capacité de tirer une charrue bisocs dans les meilleures conditions. Le constructeur avait d'ailleurs titré en toute modestie l'un de ses documents publicitaires liés au FD3 : « Champion des tracteurs diesel 2 socs ». Témoignant d'une adhérence optimale, le FD3 est doté d'un relevage hydraulique à transfert de charge et d'un blocage de différentiel.

La notice d'entretien du FD3 stipule que les réducteurs devaient être vidangés toutes les mille heures de travail, au même titre que le boîtier de direction et la boîte de vitesses.

 La longévité de son moteur et de l'ensemble des composants du tracteur dépendait avant tout de la manière dont il était mené et de son entretien général. Si le tracteur était dévoué à des tâches à la mesure de sa puissance (26 ch) et qu'il était entretenu de manière régulière et rigoureuse, cela ne pouvait aller que dans le sens de sa longévité. « Il convenait également d'être attentif aux différents points de graissage. Il arrivait parfois que le boîtier de direction se mette à fuir aux environs de 5000 / 6000 heures, commente Thierry Caude. Si l'utilisateur du tracteur est intervenu dans la foulée, ça ne posait pas de souci particulier. Par-contre, s’il n'y avait eu aucune intervention, le boîtier en question se vidait alors de sa graisse et venait à prendre rapidement du jeu. Aujourd'hui, la restauration d'un FD3 refroidi par air ne pose pas de problème particulier. Les différents roulements et les différents joints spi moteur / boîte de vitesses se trouvent dans le commerce, tout comme les joints toriques, eux aussi de dimensions courantes. Au niveau de la carrosserie, aucun élément n'est refabriqué pour le moment, mais il est toujours possible de s'adresser à quelques spécialistes comme Daniel Marliac pour des refabrications à l'unité, » souligne Thierry Caude.

Mille mercis à toute l'équipe de l'AQVM qui nous a réservé le meilleur accueil. Merci également à Thierry Caude et Christian Pinon.

Attestant d'une conception aussi simple que soignée, le FD3-R62 mérite de figurer dans une collection consacrée à la firme Vendeuvre. Marquant les derniers soubresauts des moteurs Vendeuvre refroidis par air, les FD3R et FD4R constituent des modèles qu'il convient de sauvegarder.

 

 

 

 

 

 

 

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