New Holland T8.390 Auto Command : hors normes.

New Holland T8.390 Auto Command : hors normes.

Son passage en a laissé plus d'un bouche bée. Le New Holland T8.390 fait, il est vrai, partie de cette catégorie de tracteurs hors normes qui ne laisse personne indifférent. En dépit d'un style peu convaincant, ce mastodonte nous a surpris par son aisance au champ comme par son agilité sur les petites routes de Basse-Normandie.

Notre mètre ruban et la bascule de la coopérative de Creully (Calvados) se souviennent encore de l'essai du New Holland T8.390 Auto Command. Testé en septembre 2014 face à trois des principaux concurrents de la catégorie, le mastodonte a quelque peu bousculé nos outils de mesures habituels. Avec 373 voire 389 chevaux sous le capot, 6,40 mètres de long, 3,43 mètres de haut et près de 13 tonnes à vide, l'engin affole les compteurs. Ses concurrents de puissance similaire, stationnés à ses côtés dans la cour de l'exploitation de Raphaël Groult, à Coulombs (Calvados), passent presque pour des gringalets. Ce modèle typiquement américain s'est néanmoins plié à la demande européenne en adoptant une transmission à variation continue. Celle-ci offre un tout autre comportement à ce tracteur historiquement doté d'une boîte de type full-powershift. David Lefranc, agriculteur et heureux essayeur, prend rapidement ses marques à bord de la vaste New Holland T8.390 Auto Command cabine de l'engin. « L'accoudoir et le terminal sont similaires à ceux d'un T7 », précise-t-il. Cet exploitant avait, comble du hasard, déjà testé quelques années plus tôt un T7.210, moitié moins puissant, doté lui aussi de la transmission à variation continue Auto Command. Après un bref rappel des principales fonctionnalités, l'essayeur se charge d'atteler la remorque Lair à trois essieux. Cette monocoque, chargée de 24 tonnes de sable, a pour objectif de contraindre les 373 chevaux assistés, au transport, par les 16 chevaux supplémentaires de la surpuissance. Le premier démarrage en côte donne le ton. « Ça envoie », sourit l'essayeur. Ce dernier conduit uniquement le T8 à l'aide de la pédale d'accélérateur. Le régime moteur chute à 1 350 tr/min, soit à proximité du niveau de couple maximal, dès la vitesse de 40 km/h atteinte. Le convoi file à travers la campagne normande. Silence et confort règnent à bord. La large surface vitrée offre une belle perspective. Seule l'action sur les commandes de la climatisation oblige le chauffeur à quitter un instant la route des yeux. Pour stopper l'imposant ensemble lancé à vive allure, les dispositifs de décélération ne manquent pas.  

Un capot interminable

  « Le ralentisseur sur échappement est un vrai plus dans les descentes. Le tracteur maîtrise ainsi sa vitesse sans solliciter le système de freinage, puissant mais manquant de progressivité. » La transmission Auto Command maintient, elle aussi avec brio, la poussée de la benne. Le gabarit imposant de l'engin met tout le monde d'accord sur la route et fait tourner les têtes. L'équipe de maçons travaillant en bordure d'une des routes empruntées en lâchait, à chacun des trois passages, leurs seaux et leurs truelles... La conduite du T8 est cependant à la portée de tous. Certes, la longueur de son capot concurrence celle de muscle cars américaines, et n'est pas un atout à l'approche d'un croisement. « Mais son bon rayon de braquage compense », rassure l'essayeur. La remorque Lair est, elle, aussi particulièrement appréciable dans les étroites rues des villages bas-normands. Ses deux essieux autodirecteurs suivent les roues du tracteur, en marche avant, et, grâce à un capteur du sens de rotation, dirige automatiquement les roues en marche arrière lors des manoeuvres. La masse à vide du New Holland, supérieure à celle de ses principaux concurrents, joue néanmoins peu en sa faveur pour respecter le poids total autorisé en charge. Même si la route n'est peut-être pas son terrain de jeu préféré, le New Holland s'en sort bien avec une consommation horaire moyenne de carburant établie à 34,0 l/h. La chanson n'est cependant pas la même au champ d'autant plus que l'ajout de masses, dans les roues arrière et sur le relevage avant, porte à 16 800 kg le poids total de l'engin.

Le béguin pour les travaux lourds

  Les pneumatiques sont dégonflés et le déchaumeur Kuhn Performer, de quatre mètres de large, attelé. L'outil de faible envergure, par rapport à la puissance du tracteur, est néanmoins parfaitement adapté. Ses deux rangées de disques indépendants travaillent superficiellement tandis que les trois ensembles de dents creusent, elles, à près de 20 cm. Le T8.390 évolue d'abord entre 7,5 et 8 km/h au régime de 1 650 tr/min. « La répartition des masses paraît idéale », confirme David Lefranc à la vue du faible taux de patinage. L'essayeur augmente ensuite le rythme et fixe une vitesse cible à 9 km/h. L'automatisme de gestion du régime moteur accélère alors à 1 800 tr/min. L'enregistrement en dynamique d'une séquence de bout de champ permet de diminuer l'allure d'avancement dans les fourrières et d'automatiser l'asservissement hydraulique de l'outil. « La création d'une ligne de guidage par GPS depuis le terminal IntelliView IV est particulièrement simple », décrit l'utilisateur, qui délègue alors la conduite à l'électronique et ne reprend la main que lors des demi-tours. « Son faible rayon de braquage reste assez impressionnant pour un tracteur de ce gabarit. » Une fois de plus, et comme durant les différents travaux de l'épreuve, la transmission Auto Command a séduit le conducteur par sa souplesse et sa facilité d'utilisation. Difficile donc, après y avoir goûté, de faire marche arrière pour une variante à rapports sous charge.  

Les mesures

 

Sa puissance, son couple, sa consommation

  Les courbes moteur du T8.390 de New Holland ici présentées proviennent du laboratoire du Nebraska aux États-Unis. Le tracteur délivre une puissance maximale de 337 chevaux, soit 247,8 kW, au régime de 1 800 tr.min-1. Son couple maximal de 151,4 daN.m est en revanche atteint à 1 450 tr.min-1. À ce stade, le moteur Cursor 9 obtient également son niveau de consommation spécifique minimal, de 214 g.kW-1.h-1.  

Son niveau sonore

  Pendant le passage au banc de puissance, le niveau de bruit a été mesuré dans la cabine du New Holland T8.390 Auto Command, toutes portes et fenêtres fermées, climatisation et ventilation éteintes. Les valeurs indiquées à différents régimes du tracteur en charge intègrent le bruit extérieur du banc d'essai d'environ 100 dB(A).  

Son encombrement

  Le T8.390 est clairement l'un des poids lourds de sa catégorie. Sa masse atteint en effet 13 tonnes. L'ajout de lestage de roues arrière, de 900 kg chacune, et d'une masse frontale lui a permis d'atteindre 16 800 kg sur la balance. Il bénéficie alors d'une répartition idéale pour traîner de lourds outils de travail du sol. Le faible taux de patinage mesuré au cours de l'essai résulte de cette stratégie de lestage.  

Le point technique

 

À la conquête de l'Europe

  Annoncée de longue date, la transmission à variation continue Auto Command de New Holland est enfin disponible sur la gamme de tracteurs T8. L'union de ce tracteur à profil américain et d'une boîte typée européenne est une réussite. L'instrumentation issue des tracteurs de catégorie inférieure participe à ce résultat.  

L'Auto Command prend Racine

  L'usine CNH de Racine, aux États-Unis, n'avait jusque-là pas l'habitude de produire des transmissions à variation continue. Le site de fabrication des tracteurs de la gamme T8 s'est cependant plié à une demande majoritairement européenne pour concevoir une boîte de ce type. Les T8 Auto Command se distinguent de prime abord des plus classiques modèles full-powershift par leur empattement rallongé de 5 cm et atteignant 3,5 mètres. La transmission compte, elle, quatre rapports mécaniques commandés automatiquement par des embrayages multidisques. L'unité hydraulique prend ensuite le relais et autorise une variation de la vitesse, par paliers de 0,01 km/h, de 30 m/h jusqu'à 40 km/h. L'allure maximale est atteinte au régime moteur minimal de 1 400 tr/min. L'utilisation du mode de conduite Auto admet la commande de la vitesse d'avancement depuis la pédale d'accélérateur ou par impulsions via le joystick tout en bénéficiant de l'automatisme de régulation du régime moteur selon la charge. Le mode Cruise permet, au champ notamment, de fixer jusqu'à trois vitesses cibles que le tracteur tâchera de respecter en modulant, si besoin, son régime. Lors de l'activation de la prise de force, l'utilisateur paramètre d'abord le régime souhaité à l'arbre d'entraînement que le superviseur s'efforcera de maintenir en adaptant la vitesse d'avancement. Enfin, le mode Manuel laisse le conducteur adapter son régime selon l'allure. L'opérateur modifie, au choix, le sens d'avancement depuis l'inverseur, placé sur la colonne de direction, ou par l'intermédiaire de la poignée. La réactivité de la transmission lors des accélérations et décélérations est, elle, paramétrable selon trois niveaux. En outre, le carter de transmission intègre un embrayage supplémentaire pour la prise de force. Le changement du manchon de l'arbre d'entraînement permet de passer d'un régime de 1 000 tr/min à 540 tr/min atteint, dans les deux cas, à 1 800 tr/min par le moteur.  

Le Cursor 9 sous le capot

  Les cinq modèles de la gamme T8 sont animés par un six-cylindres Fiat Powertrain Technologies (FPT) de 8,7 litres. Supporté par un berceau, ce moteur dispose d'une injection à rampe commune et de quatre soupapes par cylindre. Un turbocompresseur travaille de pair avec un large intercooler. Le T8.390 développe ainsi une puissance maximale de 373 chevaux. Celle-ci passe à 389 chevaux lors des travaux mobiles à la prise de force, dans le cas de fortes sollicitations hydrauliques ou plus couramment sur la route. New Holland a doté ce bloc d'un dispositif de post-traitement des gaz d'échappement injectant de l'AdBlue dans un catalyseur SCR. Cette solution permet au moteur de satisfaire à la norme antipollution Stage IIIB. La marque équipe de série le tracteur d'un frein à l'échappement, commandé depuis une pédale en cabine et limitant l'ouverture des soupapes lorsqu'il est activé. Les T8 bénéficient d'un réservoir de carburant de 590 litres contre 89 litres pour la solution d'AdBlue. Le constructeur préconise un remplacement de l'huile moteur toutes les 600 heures.  

L'ergonomie des T6 et T7

  Les ingénieurs de New Holland ont développé un intérieur de cabine standard pour bon nombre de modèles de la marque. Un conducteur de T6 ou T7 trouve ainsi facilement ses marques à bord du T8. L'accoudoir SideWinder II est en effet partagé avec les modèles de puissance inférieure. Il intègre, à son extrémité, le levier multifonction, le contrôle du relevage arrière et un levier en croix. Le clavier ICP, commandant le système de gestion de bout de champ, l'activation du pont avant et celle du différentiel, prend place sur son côté droit. L'opérateur dispose également de quatre commutateurs de type fingertips pour commander les différents distributeurs hydrauliques. L'ensemble des fonctions se paramètre depuis le terminal à écran couleur et tactile IntelliView IV. Celui-ci admet l'affichage d'un écran de travail pour un outil relié par Isobus, le branchement d'une caméra, l'autoguidage par satellites et la gestion de logiciels d'agriculture de précision. Le chauffeur bénéficie, dès le premier niveau de finition, d'un siège en tissu à assise chauffante doté d'une suspension à dureté variable. Les feux halogènes arrière de cette version sont remplacés, sur la variante haut de gamme, par deux phares au xénon. Le siège reçoit alors, dans cette finition, un revêtement en cuir. Un large réfrigérateur prend également place, en option, au pied de la vitre droite. Les deux amortisseurs mécaniques placés à l'arrière de la cabine participent au confort perçu à bord. Côté visibilité, le conducteur bénéficie de rétroviseurs dégivrants et à commande électrique ainsi que d'un essuieglace arrière et d'un autre latéral.  

Gros débit pour gros relevage

  Le New Holland T8.390, tout comme ses petit et grand frères, dispose d'un relevage arrière d'une capacité de 10,2 tonnes. Alimenté par un circuit hydraulique à détection de charge (load sensing), il intègre une pompe de 161 l/min remplacée, en option, par un modèle de 274 l/min. L'offre compte de série cinq distributeurs commandés depuis le levier en croix et les commandes de type fingertips. Le constructeur propose en option l'ajout d'un distributeur supplémentaire et de prises Power Beyond. Le relevage avant Zuidberg monté de base en France lève, lui, jusqu'à six tonnes. Il admet également l'ajout d'un arbre de prise de puissance et jusqu'à deux lignes hydrauliques auxiliaires. Le pont avant suspendu est lui aussi proposé de série. La conception de son berceau en acier et la forme en taille de guêpe du capot moteur permettent au tracteur d'atteindre, selon la marque, un rayon de braquage comparable à celui d'un pont SuperSteer. L'utilisateur bénéficie, sur chacune des ailes, de commandes du relevage arrière, de la prise de force et d'un distributeur si l'engin est équipé d'un troisième point hydraulique. Enfin, New Holland propose en option un kit de freinage pneumatique.    

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