Zetor Crystal 160 : plusieurs cordes à son arc

Zetor Crystal 160 : plusieurs cordes à son arc

Resté en test durant une semaine sur l'exploitation laitière du Gaec Drouet dans la Manche, le premier Zetor Crystal 160 livré en France n'a pas chômé avec près de 50 heures réalisées. Son planning était en effet très chargé avec, au programme, du transport d'ensilage, du tassage de silo, de l'épandage de lisier et du travail du sol. Les agriculteurs-essayeurs ont été séduits par les performances de ce nouveau modèle et l'inscriront certainement parmi les candidats au renouvellement de leur tracteur de tête.

Pas facile pour un tracteur d'essai d'arriver dans une exploitation le jour du chantier d'ensilage, de surcroît lorsqu'il s'agit d'un Zetor ! Les a priori négatifs sont nombreux envers cette marque tchèque et les agriculteurs, profitant de l'effet de groupe, s'en donnent souvent à coeur joie pour critiquer. Le six-cylindres Crystal 160 se devait donc de démontrer toute l'étendue de ses compétences afin de couper court à toute discussion. Et cela tombait bien, car Yves-Marie et Jean- Noël Drouet, associés en Gaec à Sortosville-en-Beaumont (Manche), avaient prévu d'exploiter au maximum ce 170-chevaux pour réaliser différentes tâches : transport d'ensilage, tassage de silo avec une lame frontale, épandage de lisier et travail du sol. Le compteur d'heures en témoigne ! Il affichait 33 heures à la livraison, le jeudi 22 octobre, et 82 heures lors du départ, le lundi 2 novembre. Précisons que la pluie s'est invitée durant la semaine, empêchant le bon déroulement du planning. Avant d'entrer dans le vif du sujet, il était indispensable que les agriculteurs-essayeurs découvrent les principales caractéristiques de ce Zetor, le premier modèle de la nouvelle série Crystal à fouler les terres normandes et même françaises. Le constructeur tchèque a donc pris les choses au sérieux en déplaçant, pour présenter la bête, Jiri Bednar, le directeur de la filiale française, Laurent Pral, le directeur commercial, et Paulo De Abreu, le responsable SAV. Ce trio n'a pas rencontré de difficulté à répondre aux différentes questions, car le Zetor demeure un tracteur simple, dans la lignée des autres modèles de la firme. L'argument du moteur à six cylindres Deutz a fait mouche auprès des agriculteurs. Le motoriste bénéficie en effet d'une bonne image dans la campagne, car il équipe des marques de tracteurs haut de gamme. La bonne accessibilité aux différents filtres - air, huile moteur, carburant et hydraulique - a donné une note positive supplémentaire. Le pont avant suspendu Carraro et la cabine spacieuse dotée d'un siège chauffeur à amortissement pneumatique présageaient, pour leur part, des avantages en termes de confort de conduite. « L'aménagement intérieur est assez rustique, mais il ne constitue pas un frein pour nous, précise Jean-Noël Drouet. Nous aimons les engins simples et faciles à prendre en main. » Les deux frères associés en Gaec ne sont d'ailleurs pas des adeptes des matériels bardés de technologies. Même s'ils cultivent notamment 78 ha de maïs pour alimenter leur troupeau de 200 vaches laitières, ils se contentent, comme tracteur de tête, d'un New Holland M135 Range Command affichant 8 000 heures au compteur.   Un levier de vitesses perturbant En cabine, lors du tour technique, les regards se sont aussitôt portés sur les manettes des trois distributeurs hydrauliques placées sur l'aile droite, dont celle du centre actionne le relevage avant. « Je crains que la position éloignée de ces commandes ne devienne rapidement inconfortable lors de la confection du silo avec la lame frontale », s'inquiète Jean-Noël Drouet qui a prévu de réaliser ce travail durant les deux jours suivants. « Par ailleurs, je ne trouve pas très judicieux que la grille en H de sélection des cinq vitesses mécaniques soit inversée. Il ne m'apparaît en effet pas naturel d'engager le premier rapport en bas à gauche. » L'agriculteur a vu juste au sujet de cette remarque, car les différentes personnes ayant conduit le Crystal durant la semaine ont regretté cette disposition inversée. Il a également constaté que le levier de vitesses souffrait d'un mauvais guidage, un avis partagé par ses salariés, Julien Leblond et Sébastien Bonnemains. Ce désagrément a été relevé par l'agriculteur dès les premiers tours de roues réalisés pour rejoindre, avec la remorque Lair de 14 t de charge utile, le chantier d'ensilage de maïs situé à 10 km, près de Barneville-Carteret. « Il est difficile de savoir quel rapport est sélectionné et, après une grosse semaine d'essai, je ne m'y suis pas encore habitué, regrette Jean-Noël Drouet. L'idéal serait d'avoir au tableau de bord une indication de la vitesse engagée. » Le manque de précision du levier a ainsi conduit l'agriculteur à sélectionner, à plusieurs reprises, la cinquième à la place de la troisième. Cette mauvaise manoeuvre lui a d'ailleurs valu de caler le moteur en suivant l'ensileuse lors du premier tour dans la parcelle de maïs. La présence d'un tripleur sur la transmission s'est révélée suffisante pour le transport. Le seul reproche émis concerne l'absence d'un automatisme engageant le rapport sous charge le plus adapté lors du changement de vitesses mécaniques. « Lorsque l'effort de traction est important, il faut penser à modifier manuellement le rapport du tripleur, et cette manoeuvre manque parfois de réactivité », remarque l'agriculteur. Heureusement, le tableau comporte des notes positives et la meilleure revient indiscutablement à la cabine. « Elle est spacieuse et bien insonorisée. Elle accueille aisément deux personnes qui peuvent échanger en toute quiétude sans hausser la voix. Le siège passager, doté d'une ceinture de sécurité, est un vrai plus pour moi qui emmène régulièrement mon fils Clovis, âgé de 4 ans », souligne-t-il.  

Exemplaire sur le tas d'ensilage

  Le jeudi 22 octobre, le chantier d'ensilage de maïs a démarré à 17 heures et s'est terminé à 20 h 30. Il a permis à Jean-Noël Drouet de se familiariser avec les commandes du tracteur avant d'attaquer, le lendemain, la confection du silo. Le travail de nuit a notamment été l'occasion de tester l'efficacité de l'éclairage, jugée bonne par l'essayeur. « Dommage que les interrupteurs allumant les feux de route et les phares de travail ne soient pas en permanence rétroéclairés. Leur activation demande de bien connaître leur emplacement, car, en plus, ils sont disséminés sur le tableau de bord et le montant droit de la cabine », remarque- t-il. Le vendredi matin, dès 6 h 30, Julien Leblond avait pour mission d'accrocher à l'arrière du Zetor la masse Manip' de 800 kg et d'installer à l'avant la lame à ensilage de 3 m de large du fabricant manchois Lenormand. La possibilité de piloter manuellement la position du pont avant suspendu s'est au passage avérée bien pratique pour accrocher l'outil sur le relevage frontal. À 7 h 30, les premières remorques arrivaient au tas. Jean-Noël Drouet s'est alors installé aux commandes du Crystal, jusqu'à 21 heures, avec, bien sûr, une interruption le midi pour partager le repas. Après cette première journée de travail intensif, l'agriculteur, resté longtemps seul à confectionner le tas, n'est heureusement pas ressorti courbaturé. « Je me suis vite habitué à la position éloignée des leviers des distributeurs hydrauliques et je n'en ai même pas souffert, alors que c'était ma grande crainte, confie-t-il. Ce tracteur, par son grand empattement (2,84 m, ndlr), est stable tout en restant maniable. Il bénéficie d'un inverseur de marche souple et précis. » La récolte des 40 ha de maïs s'est terminée le samedi 23 octobre, en fin de matinée. Pour ce chantier, l'agriculteur aura passé au total 15 heures au volant. « Pour terminer le silo, j'ai mis le tracteur dans des situations difficiles et il s'en est sorti avec brio. Je n'ai, à aucun moment, éprouvé de sentiment d'insécurité, apprécie-t-il. Les exploitants présents, qui au début souriaient ironiquement en découvrant le Crystal, ne se sentaient plus dans la possibilité d'émettre de critiques au vu de la performance. La présence de la motorisation Deutz en a aussi surpris plus d'un. »  

Prêts à faire le pas

  Du lundi 26 au samedi 31 octobre, le Zetor a réalisé différents travaux en jonglant avec les fenêtres météo. Il a assuré l'épandage de lisier pendant deux jours avec la tonne Joskin de 16 000 L à deux essieux. Sébastien Bonnemains, en charge de ce chantier, est ressorti séduit par le confort et la souplesse de conduite. C'est vrai que les suspensions du pont avant, de la cabine et du siège forment une bonne combinaison. Le tracteur s'est aussi vu confié du déchaumage avec un outil à dents de 3,5 m de large du constructeur breton Samson. Il n'a pas pu, pour cette tâche, exprimer tout son potentiel, car les conditions étaient plus que limites en raison des fortes pluies. Le sol détrempé pénalisait en effet l'adhérence, mais le Crystal s'est bien défendu en évoluant à une allure soutenue. Pour ce travail, la boîte plutôt bien étagée, avec 13 rapports entre 3,9 et 11,3 km/h, a permis à Jean-Noël Drouet de trouver la vitesse la mieux adaptée. Le passage du cultivateur a par ailleurs mis en évidence la bonne maniabilité de ce 170-chevaux lors des manoeuvres en bout de champ. « Avec le déchaumeur porté, je trouve la direction trop souple sur la route malgré la masse frontale de 800 kg, précise l'agriculteur. Je n'ai en revanche pas eu cette sensation avec la benne alors que j'avais retiré le lest avant. » Au final, sur l'ensemble des opérations réalisées, le Zetor a apporté entière satisfaction aux associés et salariés du Gaec. Jean-Noël Drouet et son frère Yves-Marie n'écartent d'ailleurs pas l'idée de retenir ce modèle lorsqu'il sera question de renouveler leur tracteur de tête. Le rapport équipement- prix les y incite fortement. Avec un tarif de 93 800 € HT, ils accèdent à un tracteur adapté à leurs besoins et profitent d'équipements intéressants tels que le pont avant suspendu, la cabine suspendue, le siège à suspension pneumatique, la climatisation... Il ne leur reste qu'à négocier le relevage avant Zuidberg proposé en option !  

Le point technique : le moteur des verts

  La gamme Crystal, composée des modèles 150 et 160, signe le retour de Zetor sur le marché des tracteurs à six cylindres de forte puissance. Pour motoriser ces nouveaux engins, le constructeur tchèque joue la carte de la sécurité en s'adossant au spécialiste allemand Deutz. Ce choix technique, commun à d'autres tractoristes, constitue un réel argument commercial pour séduire les agriculteurs. Il est conforté par l'adoption d'un pont avant suspendu et d'une cabine spacieuse mixant confort et simplicité.  

Une boîte bien étagée

  Le Crystal loge une transmission relativement bien étagée. Il bénéficie en effet, au régime moteur de 2 100 tr/min, de 22 rapports entre 1,7 et 13,9 km/h, dont 13 entre 3,9 et 11,3 km/h. Cette boîte, fabriquée par Zetor, propose au total 30 vitesses avant et arrière. Elle se compose d'un inverseur sous charge, de deux gammes non synchronisées, de cinq vitesses mécaniques et d'un tripleur. Son allure en marche arrière est supérieure de 10 % à celle en marche avant. L'inverseur du sens d'avancement, placé à gauche du volant, agit sur deux embrayages multidisques à bain d'huile. Ces derniers sont également utilisés pour débrayer la transmission à l'aide de la pédale d'embrayage ou depuis le bouton intégré sur la partie avant du pommeau du levier de vitesses. Celui-ci, de grande longueur, se distingue par sa grille en H inversée déstabilisante, de prime abord, par la position de la première vitesse en bas à gauche. De surcroît, son guidage manque de précision. Les trois rapports à passage sous charge se sélectionnent, eux, à partir des deux boutons intégrés au pommeau du levier de vitesses. Ils fonctionnent aussi en mode automatique. Dans ce cas, le passage au rapport powershift supérieur s'effectue dès que le régime du moteur dépasse 1 900 tr/min tandis que le rétrogradage intervient en dessous de 1 600 tr/min. En revanche, et c'est dommage, le tripleur ne s'accompagne pas d'une fonctionnalité engageant le rapport sous charge le plus adapté lors du changement de vitesse mécanique.  

Un circuit hydraulique rustique

  Sur le Crystal, Zetor joue la carte de la simplicité pour l'hydraulique. Le tracteur loge un volume de 72 L d'huile qui assure également la lubrification de la transmission. Son circuit à centre ouvert est alimenté par une pompe à engrenage délivrant jusqu'à 85 L/min. Il intègre un maximum de trois distributeurs auxiliaires arrière à commande mécanique et un retour libre. Ceuxci n'intègrent malheureusement pas de dispositif pour ajuster le débit. Le relevage arrière de catégorie III, desservi par cette même pompe hydraulique, bénéficie du contrôle électronique Bosch EHR. En plus de l'amortisseur d'oscillation, du réglage de la butée haute et de la vitesse de descente, il profite de la fonction Hitchtronic régulant automatiquement la profondeur de travail de l'outil en fonction de l'effort de traction. Cette fonctionnalité dispense notamment d'agir sur le contrôle d'effort. Le relevage du Crystal utilise un vérin horizontal de 120 mm de diamètre associé à deux vérins additionnels externes. Sa capacité s'élève à 8 500 kg jusqu'à une hauteur de 20 cm et se stabilise ensuite à 7 820 kg sur le reste de la course des bras. Le nouveau Zetor se complète en option d'un relevage avant fourni par Zuidberg supportant jusqu'à 3 590 kg. Cet équipement, doté de bras repliables, mobilise un des trois distributeurs auxiliaires.  

De l'espace en cabine

  L'habitabilité est généralement un des points forts des tracteurs Zetor. La cabine à six montants du Crystal ne déroge heureusement pas à la règle et offre, en plus, un bon niveau de confort grâce à sa suspension mécanique en deux points arrière. À bord, le chauffeur profite de plusieurs petits rangements et surtout d'un grand espace derrière le siège pour emmener des objets encombrants. Il bénéficie d'un volant réglable en hauteur et en inclinaison, d'un siège à suspension pneumatique (en option) et de l'air conditionné. Il accueille un passager sur une assise escamotable dotée d'une ceinture de sécurité fournie en standard. Le toit vitré et les vitres latérales s'ouvrent, un critère apprécié par nos agriculteurs-essayeurs peu adeptes de la climatisation. Les rétroviseurs efficaces, montés sur bras télescopiques, s'ajustent manuellement. Ils intègrent un dispositif de dégivrage, comme la vitre arrière. Quelques points méritent cependant d'être améliorés pour parfaire le confort de conduite. Le travail de nuit a, par exemple, permis de constater l'absence de rétroéclairage des interrupteurs gérant l'allumage des feux de route, des phares de travail et des deux gyrophares inclus en standard. Le plafonnier ne s'allume pas à l'ouverture de la porte et l'éclairage d'accompagnement manque cruellement lorsque le tracteur est garé dans l'obscurité. Le chantier d'ensilage nocturne a en revanche mis en évidence l'efficacité des phares de travail. Il a aussi été l'occasion de découvrir qu'il est possible de basculer les feux de route de la calandre avec ceux qui sont situés à mi-hauteur des montants de la cabine, une fonctionnalité appréciable lorsqu'un outil est attelé sur le relevage avant.  

Motorisé par un six-cylindres Deutz

  Les Zetor Crystal 150 et 160, de 150 et 171 ch de puissance maximale selon la norme 2000/25/EC, partagent le même six-cylindres Deutz de 6,1 L. Ce moteur porteur, doté d'un intercooler et d'un turbocompresseur, satisfait à la norme antipollution Stage IIIB grâce au procédé SCR traitant les gaz d'échappement à l'AdBlue (réserve de 30 L). Il intègre un dispositif d'injection par rampe commune alimenté par un réservoir d'une capacité de 300 L. Ce six-cylindres est lubrifié par 15,5 L d'huile à renouveler toutes les 500 h. Il se complétera à terme d'un filtre à particules pour répondre à la norme Stage IV.  

Le pont avant suspendu signé Carraro

  Le Crystal 160 de notre essai dispose de l'optionnel pont avant Carraro à suspension indépendante des roues par double triangulation. Cet essieu se contrôle manuellement ou automatiquement. Le chauffeur a ainsi la possibilité de modifier l'assiette du tracteur pour faciliter l'attelage d'un outil sur le relevage avant ou de verrouiller la suspension pour certains travaux tels que le tassage de silo avec la lame frontale. Le pont avant, comme l'essieu arrière, intègre un blocage de différentiel piloté par un interrupteur en cabine. Cette fonctionnalité propose un mode automatique assurant le déverrouillage des différentiels lorsque les roues atteignent un certain angle de braquage. Elle réengage le blocage dès que le tracteur évolue à nouveau en ligne droite. Par ailleurs, le Zetor bénéficie en série de quatre régimes normalisés de prise de force : 540, 540 Eco, 1 000 et 1 000 Eco tr/min. Le choix entre les modes standard et économique s'effectue à l'aide d'un levier mécanique en cabine. La sélection du régime (540 ou 1 000 tr/min) et l'embrayage de la prise de force s'opèrent, eux, via deux interrupteurs sur le montant droit. Un automatisme en assure le débrayage et le réengagement automatique en fonction de la position du relevage. Le Crystal se complète en option d'une prise de force frontale tournant à 1 000 tr/min et transmettant une puissance maximale de 122 ch.    

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