Kioti PX9020 : le Coréen fait tomber les a priori

Kioti PX9020 : le Coréen fait tomber les a priori

L'arrivée sur le marché agricole d'un nouvel acteur parmi les tractoristes est naturellement accompagnée d'interrogations sur le niveau de finition et de performances des produits. Le Coréen Kioti n'y échappe pas. Pour juger le PX9020, le dernier-né des tracteurs de cette firme, Matériel Agricole a mis ce 90-chevaux dans les mains d'un éleveur normand durant trois jours.

Quinze heures aux commandes du Kioti PX9020 ont permis à Loïc Ducloué et à son salarié Florian Lepesant de juger le comportement du dernier-né des tracteurs de la marque coréenne. Cet éleveur, installé en agriculture biologique à Carentan, dans la Manche, est un adepte des tracteurs de conception simple. Il exploite en grande partie des terres de marais et privilégie les modèles légers et chaussés de pneumatiques larges pour passer plus facilement sur les sols peu portants. Le PX9020 lui a été mis à disposition durant trois jours, fin mai, par Kioti France. À la demande de Loïc Ducloué, ce 90-chevaux a été spécialement équipé d'un chargeur frontal Manip' MClassic 80. C'est d'ailleurs à la manutention que ce tracteur a été le plus utilisé par l'éleveur qui avait prévu, le premier jour de prise en main, de curer une stabulation. « En découvrant que le débit hydraulique du Kioti est limité à 48 l/min, j'avais une crainte sur les performances de levée et notamment sur la réactivité. À ma grande surprise, le PX9020 se défend aussi bien que mon 90 chevaux bénéficiant d'un circuit délivrant 63 l/min », remarque l'agriculteur. Le bon dimensionnement du chargeur par rapport au tracteur n'est pas étranger à ce constat. Le salarié de l'exploitation, Florian Lepesant, apprécie également le Kioti à la manutention. « Ce tracteur est maniable. Il dispose d'un inverseur sous charge aux réactions souples et ses vitesses mécaniques passent bien », souligne-t-il. Le salarié regrette en revanche que la cabine ne dispose pas de toit vitré. Il juge la pédale d'embrayage trop près de l'habillage du tableau de bord. « J'ai de grands pieds et ma chaussure est sans cesse en contact avec le carter plastique », sourit-il.  

Un tracteur stable et nerveux

  Le deuxième jour, en milieu d'aprèsmidi, l'éleveur teste le Kioti sur la route. Il lui attelle la bétaillère pour conduire des vaches à quelques kilomètres. Le trajet, réalisé dans son intégralité en gamme haute de la transmission, fait l'objet d'un avis globalement positif. « Le bouton de débrayage intégré au pommeau du levier de vitesses est pratique et évite d'appuyer sur la pédale. Et le doubleur sous charge réagit sans-à-coup, relève Loïc Ducloué. La cabine est particulièrement bien insonorisée, la visibilité est bonne et le confort du siège à suspension pneumatique est correct. Le crissement émis par le mécanisme de ce siège est, en revanche, désagréable à la longue. » Une lubrification régulière de la glissière et des axes suffit à résoudre ce désagrément, selon le technicien de la marque. Florian Lepesant regrette pour sa part que les rétroviseurs ne soient pas télescopiques. « S'ils donnent satisfaction avec la bétaillère, ils risquent de manquer d'envergure avec une benne monocoque ou un plateau à paille », note-t-il. Pour se rendre compte des performances du tracteur à la prise de puissance, l'agriculteur emprunte à son voisin, pour le troisième jour, un broyeur Desvoys à axe horizontal de trois mètres de large. L'utilisation d'un outil animé révèle que la sélection du régime de la prise de puissance manque de facilité. Elle demande en effet de jouer avec le bouton de mise en route pour donner des à-coups et permettre le crabotage. « Le comportement au broyage est surprenant. Le Kioti se montre particulièrement stable et son moteur s'avère nerveux », apprécie-t-il. Le 90-chevaux surprend en effet par sa capacité à lever l'appareil car, pour ce travail, il n'est plus équipé du chargeur frontal et dépourvu de masse avant. De surcroît, le relevage arrière ne montre aucune difficulté à lever l'outil malgré sa capacité limitée à 2 950 kg en l'absence des vérins externes optionnels portant la force de levage à 4 400 kg. Florian Lepesant termine l'essai par l'entretien d'une prairie. L'attelage de la herse, dételée trop bas, demande de rallonger les chandelles. Celle de droite s'ajuste certes à l'aide d'une manivelle mais celle de gauche doit être retirée du bras inférieur pour être allongée. Cette intervention n'est pas très facile, de surcroît lorsque le tracteur se trouve à proximité de l'outil. Le salarié regrette ici que le relevage à contrôle mécanique ne dispose pas de commande extérieure. Le travail avec la herse de prairie ne pose aucune difficulté. Il permet au chauffeur de souligner la bonne disposition en cabine des leviers actionnant les distributeurs hydrauliques nécessaires au repliage de cet outil de cinq mètres de large.  

Le tour technique Simplicité de mise

  Kioti, marque du groupe coréen Daedong datant de 1947, est présente dans l'Hexagone depuis 2000, d'abord via un importateur avant la création, en 2010, de Kioti France. Cette structure revendique la vente de 520 tracteurs en 2013, en majeure partie dans le domaine des espaces verts avec les modèles CS2610 et CK2810 développant 26 et 28 chevaux. Le PX9020 de 90 chevaux, présenté ici, est pour le moment le plus puissant. Ses principaux composants, tels que la boîte de vitesses, les ponts et la cabine, sont fabriqués en interne.  

Un débit hydraulique limité

  Le circuit hydraulique du Kioti utilise deux pompes à engrenage montées en tandem. La première, délivrant 31 l/min, est dédiée aux asservissements (direction, freins, doubleur Hi-Low...). La seconde, débitant 48 l/min, fournit le relevage arrière à contrôle mécanique d'une capacité de 2 950 kg (4 400 kg avec les deux vérins additionnels). Elle alimente également les deux distributeurs auxiliaires arrière à double effet montés d'origine et le troisième optionnel (simple ou double effet). Le PX9020 bénéficie en standard d'un levier en croix agissant sur un bloc hydraulique conçu spécialement pour alimenter un chargeur frontal ou un relevage avant. En revanche, il ne dispose pas de série d'une valve de freinage de remorque. Kioti France s'adresse, pour cet équipement, au spécialiste des solutions hydrauliques Hydrokit qui assure également l'adaptation des vérins additionnels sur le relevage.  

Inverseur sous charge et Hi-Low au standard

  Les adeptes des tracteurs simples vont apprécier le Kioti PX9020. Ce modèle bénéficie en effet d'une transmission mécanique de fabrication interne à quatre gammes, quatre vitesses, doubleur sous charge Hi-Low et inverseur sans débrayer. Il propose, grâce à cette combinaison, 32 rapports avant et 32 arrière pour une allure comprise entre 650 m/h et 40 km/h. Le levier gérant les quatre vitesses synchronisées, intégré à la console de droite, reçoit sur son pommeau les interrupteurs du doubleur et un bouton débrayant la transmission. Celui sélectionnant les quatre gammes non synchronisées prend place à gauche du siège chauffeur. L'inverseur de marche, constitué par deux packs d'embrayage multidisque, un pour la marche avant et un pour la marche arrière, se pilote depuis la manette avec point neutre située à gauche sous le volant. Le pont avant, produit également par l'industriel Daedong, propriétaire de Kioti, est typique des tracteurs adaptés aux travaux dans les rizières. Il est en effet de type portique et n'utilise pas de croisillon de cardan. Cette conception étanche apporte un réel avantage en termes de maniabilité car seules la taille des pneus et la voie limitent l'angle de braquage. Elle simplifie aussi la maintenance car le pont ne compte que quatre graisseurs et l'huile contenue dans le différentiel et les réducteurs de roue leur est commune. Pour animer les outils, le PX9020 se contente des régimes de prise de puissance de 540 et 1 000 tr/min ainsi que de l'entraînement proportionnel à l'avancement. La sélection entre les deux vitesses normalisées s'effectue à l'aide d'un levier situé à gauche du siège. La prise de puissance s'accompagne d'un mode de fonctionnement automatique assurant sa désactivation dès la montée du relevage et son réengagement lors de la descente.  

Une cabine bien finie

  La cabine à six montants, redessinée sur ce Kioti de dernière génération, laisse une bonne impression. Elle est bien finie pour un tracteur d'élevage et facile à nettoyer. Elle propose de base un siège chauffeur à suspension pneumatique, un volant réglable en inclinaison, l'essuie-glace sur le hayon arrière ainsi que la climatisation automatique. Elle présente cependant quelques points à améliorer : l'assise pour le passager est inexistante, il manque un toit vitré pour les travaux au chargeur frontal, le volant ne s'ajuste pas en hauteur et les rétroviseurs extérieurs ne sont pas télescopiques. Il est aussi regrettable que l'assainissement de l'air de l'habitacle soit assuré par quatre petits filtres. Ceux qui désirent alimenter un boîtier électronique devront à l'achat retenir la prise électrique trois plots optionnelle. Ils rencontreront par ailleurs des soucis à garder la cabine hermétique car elle ne possède pas de passe-câbles.  

Le seul de la gamme en Perkins

  La gamme de tracteurs Kioti, produite en Corée du Sud par le groupe Daedong, s'arrête aujourd'hui au PX9020 délivrant précisément 89,2 chevaux 97/68/EC. Si l'industriel monte ses propres moteurs sur les modèles jusqu'à 73 chevaux, il s'adresse à Perkins pour le plus puissant. Le quatre-cylindres du motoriste britannique, de type 1104D- 44T, dispose d'un turbocompresseur et d'une régulation mécanique de l'injection. Il satisfait à l'échéance antipollution Stage IIIA alors que la réglementation impose aujourd'hui le niveau Stage IIIB. Le tractoriste a, semble-t-il, stocké suffisamment de moteurs pour continuer à proposer des tracteurs répondant à l'ancienne norme sur les émissions polluantes. L'ouverture du capot monobloc du PX9020 découvre le filtre à air et la batterie, directement accessibles à l'avant. Il libère également le module de refroidissement regroupant le condenseur de climatisation, le refroidisseur d'huile de transmission et le radiateur moteur. Le premier et le troisième de ces composants, non coulissants, bénéficient d'une grille amovible qui limite l'encrassement en captant les plus grosses impuretés. Pour faciliter l'entretien, la jauge et le bouchon de remplissage d'huile, ainsi que les filtres à huile et à gazole, sont situés sur le flanc gauche du moteur. Seul le bol décanteur captant l'eau du carburant prend place du côté droit.    

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