PRÉPARATION DU SOL : les alternatives à la herse rotative

PRÉPARATION DU SOL : les alternatives à la herse rotative

L'agriculture serait-elle sujette aux effets de mode ? Le travail du sol ne serait-il pas qu'un éternel recommencement ? Les outils les plus courants disparaissent quelquefois de nos campagnes avant, parfois, de revenir. Les vibroculteurs ont, par exemple, connu leurs heures de gloire avant d'être abandonnés pour laisser la place durant plusieurs années aux herses rotatives. Ils n'ont cependant pas dit leur dernier mot car ils ont pris de l'envergure, gagné en technicité, adopté l'appellation suggérée par le service marketing de leur constructeur et sont revenus dans les champs, parfois attelés à des mastodontes de tracteurs. La recherche de pistes d'économies et la course au débit de chantier signent leur retour en grâce. Par ailleurs, de nouveaux matériels ont récemment fleuri dans les catalogues des constructeurs à l'instar des striptiller, des déchaumeurs à disques indépendants ou des vibrodéchaumeurs. Ces machines s'en prennent à leur tour aux herses rotatives. Celles-ci seraiente

EARL Nourtier - Monneville (Oise) : « Un choix d'outils pour préparer sans labourer »

  Jacky Nourtier, agriculteur à Monneville dans l'Oise, porte un intérêt particulier aux techniques de travail du sol innovantes. Depuis l'an 2000, il ne laboure plus ses terres mais n'a pas pour autant trouvé de recette miracle. Curieux et pragmatique, il a malgré tout engrangé une solide expérience technique et utilise un parc d'outils de travail du sol suffisamment varié pour choisir celui dont le mode d'action correspond le mieux à la structure du sol, à sa consistance, au climat et à la culture à implanter.   Si vous interrogez Jacky Nourtier sur ses méthodes de préparation du sol, il formule une réponse de Normand : « Je ne prétends pas avoir de solution miracle et mes interventions ne sont jamais systématiques, mais je le fais avec conviction dans le contexte de mon exploitation ». Cet agriculteur du Vexin, qui m'a donné rendez-vous fin mars sur son chantier de semis de betteraves, possède pourtant une solide expérience sur le sujet et porte un intérêt particulier aux techniques de travail du sol innovantes. Il a d'ailleurs changé sa façon de travailler voici quinze ans en ne labourant plus ses sols. La présence de silex et la forte teneur en argile de certaines parcelles ont eu raison de la charrue. « Je l'ai quelques fois réutilisée pour semer en conditions humides ou lors de semis tardifs. Mais, par la suite, j'ai toujours regretté d'avoir retourné la terre quels que soient le sol et sa texture », se remémore Jacky Nourtier. Ce producteur de colza, de blé, d'orge de printemps, de betteraves et de pois s'est équipé au fil des années d'un parc d'outils de préparation du sol qui peut paraître surdimensionné de prime abord en comparaison à la surface agricole utile de son exploitation (175 ha). « J'utilise un outil de strip-till Duro pour semer les betteraves, un décompacteur Agriplow combiné à une herse rotative pour les pois, un déchaumeur à disques indépendants Horsch Joker pour l'orge et son homologue à trois rangées de dents Terrano lorsque les féveroles faisaient encore partie de la rotation. Chaque outil possède son propre mode d'action et convient à la culture à implanter. La herse rotative est peut-être le seul matériel dont je pourrais me passer. Elle s'avère efficace pour émietter et rappuyer un sol meuble mais son coût d'utilisation reste important ». L'agriculteur cherche le meilleur compromis agronomique, économique et environnemental. Il adapte son intervention à la structure du sol, à sa consistance, au climat et à la culture à implanter. « La seule grande règle que je me fixe est de ne jamais bouleverser les différents horizons. J'adapte la profondeur de travail, donc l'outil, au système racinaire de la plante », indique Jacky Nourtier.  

Le couvert végétal comme outil de travail du sol

  L'outil de strip-till Duro attelé en combiné au semoir à betteraves possède des dents droites réglées à 20 cm. Ce travail en profondeur sur le rang favorise le développement du système racinaire de la betterave. Pour intervenir au meilleur moment, l'agriculteur passe du temps dans ses champs et surveille ses sols. « Cela peut paraître désuet mais mon pied est mon meilleur outil d'aide à la décision, annonce avec sourire l'exploitant. Un simple coup de pied dans la terre suffit en effet à me rendre compte de son état. Si les mottes ne se délient pas, je n'entre pas dans le champ ». Jacky Nourtier attache également une attention particulière à ses travaux du sol à l'automne. Quelle que soit la culture, la préparation reste la même. L'agriculteur réalise un premier faux-semis avec son déchaumeur à disques indépendants avant de passer le rouleau les deux jours qui suivent ce déchaumage. « Cette intervention, qui ne coûte pas cher, donne toutes les chances au faux-semis, constate l'agriculteur. Elle s'opère dès que la terre s'assèche en surface afin de casser les mottes, émietter le sol et favoriser la germination. » Jacky Nourtier réalise un deuxième fauxsemis avec son déchaumeur à dents. « À 12 km/h et 20 cm de profondeur, cette opération exige de la puissance de traction. Mais je maximise ainsi mes chances de combattre les mulots qui sont devenus un véritable fléau », déplore l'agriculteur. Cette deuxième intervention automnale est, elle aussi, suivie d'un roulage pour assurer la germination des adventices. L'exploitant implante ensuite un couvert végétal avec son semoir à disques spécialisé pour le non-labour et réalise ainsi un troisième faux-semis. Il implante systématiquement cette interculture avant de semer au printemps. « Le couvert végétal est comme un outil de travail du sol. En l'explorant, ses racines participent, elles aussi, à améliorer la structure », conclut Jacky Nourtier.  

Emmanuel Chevalier - Graveron-Sémerville (Eure) : « J'apprécie la polyvalence de mon préparateur combinant des dents et des rouleaux »

  Emmanuel Chevalier, agriculteur dans l'Eure, a durant quelques années cherché l'outil de préparation du lit de semences le plus adapté aux exigences de ses cultures et de ses sols sensibles à la battance. Son choix s'est finalement porté sur un appareil à dents et rouleaux conciliant polyvalence et débit de chantier.   « Avec un assolement de printemps composé de pois, de betteraves sucrières, de lin, de pommes de terre et d'orge, j'ai besoin d'un outil polyvalent capable de réaliser différentes qualités de préparation, de la plus grossière pour éviter la battance à la plus fine pour les betteraves », précise Emmanuel Chevalier, agriculteur à Graveron-Sémerville dans l'Eure. Cet exploitant cultive 160 hectares avec une majorité de limons battants. Après avoir longtemps travaillé exclusivement avec une herse rotative, il a emprunté à un voisin, en 2010 et 2011, un outil de préparation du sol combinant des dents vibrantes et des rouleaux. L'expérience avec cet appareil l'a alors décidé à investir, en 2012, dans le Titan de Bonnel. « Cet appareil que j'avais eu l'occasion de tester me paraît moins gourmand en puissance tout en réalisant un travail comparable au modèle utilisé pendant deux ans. Je profite aussi de la proximité du constructeur, établi au Neubourg, à cinq kilomètres de mon exploitation. Un atout en cas de souci car ce fabricant dispose à son usine d'un magasin de vente directe de pièces détachées ouvert aux agriculteurs du secteur. » L'agriculteur voit aussi un intérêt économique dans ce matériel. « Le coût d'entretien se limite au remplacement des dents et, vu la simplicité de conception, j'espère le garder de nombreuses années. »  

Être rigoureux dans les réglages

  L'appareil de quatre mètres de large acquis par Emmanuel Chevalier compte, sur son châssis repliable, une rangée de dents droites à ressort en queue-de-cochon, deux rangées de dents vibrantes, un rouleau cage, deux rangées de dents vibrantes, un rouleau cage suivi d'un croskill. Les deux rouleaux cages s'ajustant à l'aide de manivelles contrôlent la profondeur de travail. Le croskill, pour sa part, émiette en surface et se relève hydrauliquement. Avec le Titan attelé au Case IH Puma CVX 160 ou au Puma 170, l'agriculteur roule entre 10 et 12 km/h, soit 2 à 4 km/h plus vite qu'avec la herse rotative. Les deux tracteurs sont systématiquement pourvus d'un tasse-avant à pneus pour un rappuyage sur toute la largeur de l'outil. Le premier est équipé à l'arrière en pneumatiques de dimension 20.8 R38 et généralement jumelé pour la préparation du sol, tandis que le second chausse des modèles à basse pression de 650 mm de large. La monte standard du Puma CVX 160 s'explique par le besoin de polyvalence car ce tracteur est susceptible d'être attelé à la charrue ainsi qu'au pulvérisateur. « Pour les betteraves, je réalise généralement, après labour, deux passages espacés de 6 à 8 heures avec le matériel Bonnel. Le résultat est comparable à celui obtenu auparavant à la herse rotative utilisée également deux fois avec, en prime, un débit de chantier supérieur », remarque l'agriculteur. Pour le lin, un passage de Titan précède le semis en combiné avec la herse rotative de trois mètres de large. Pour planter les pommes de terre, Emmanuel Chevalier ne sort pas systématiquement la charrue car le sol est repris au billonneur descendant à plus de 30 cm de profondeur. Il retient dans ce cas un coup de chisel suivi de deux à trois interventions avec l'outil Bonnel pour détruire un maximum de mottes. L'exploitant apprécie son appareil mixant des dents et des rouleaux car il permet de contrôler la finesse d'émiettement. « Par exemple, si la pluie menace, je relève le croskill afin de garder des mottes en surface et de limiter ainsi la battance ». Emmanuel Chevalier note en revanche que son outil nécessite de la rigueur dans les réglages. « Lorsque vous préparez la terre avec une herse rotative, le réglage est simple et le résultat est quasi assuré. En revanche, avec le Titan, il ne faut pas avoir peur de descendre régulièrement de la cabine pour surveiller le travail », confie-t-il. L'agriculteur précise en effet que le bel aspect de la surface du sol cache parfois une mauvaise préparation et qu'il est souvent nécessaire de revoir les réglages d'un jour à l'autre ou d'une parcelle à une autre. « Vous ne pouvez pas envoyer un débutant, un stagiaire ou un apprenti qui ne sait pas apprécier la qualité de la préparation. Il m'arrive alors d'accompagner le chauffeur dans la parcelle pour régler correctement la machine », souligne-t-il.  

Romain Joly - Poix (Marne) : « Je prépare le sol au strip-till pour les betteraves et le colza »

  La Champagne a aussi ses adeptes des techniques de travail du sol novatrices. Romain Joly fait partie de ceux-là. Ce pionnier français du strip-till effectue l'ensemble de ses semis de betteraves et de colza à l'aide de son outil Stripcat de Sly. Si les chantiers sont désormais vite réalisés, ils nécessitent cependant une préparation minutieuse et des conditions météorologiques favorables.   En cette fin mars, les combinés de préparation du sol roulent à vive allure dans les parcelles longeant la route me conduisant à Poix dans la Marne. Les semis de betteraves battent leur plein dans ce secteur et les outils utilisés sont aussi divers que variés. Le chantier de Romain Joly tranche parmi tous les attelages rencontrés. Celui-ci se compose en effet d'un outil de strip-till Stripcat de Sly, 12 rangs, emmené par un tracteur à chenilles John Deere 8345 RT. Le tout équipé de cuves de fertilisants. La Champagne n'a, ici, jamais été aussi proche des États-Unis. Et pour cause, l'agriculteur s'est inspiré des techniques de culture du maïs utilisées outre-Atlantique pour les adapter aux exigences de ses semis de betteraves et de colza. « J'ai adopté un itinéraire de cultures sans labour dès les années 2000 ayant eu rapidement un effet positif sur la structure des sols au printemps. Malheureusement mon semoir monograine ne s'avérait pas assez performant en présence de résidus. Cela m'imposait des passages supplémentaires d'outils de préparation de sol, causant souvent plus de mal que de bien », explique l'exploitant. Romain Joly décide donc d'importer, en 2011, avec la société Sly, un outil de strip-till américain. Ce modèle, conçu pour travailler à un écartement de 75 cm, a d'abord nécessité de nombreuses modifications pour respecter un interrang de 45 cm. Depuis, l'agriculteur a augmenté de 5 cm cette distance pour atteindre 50 cm. « Cet écartement nous offre, lors des semis de betteraves et de colza, davantage de dégagement entre les éléments. Il favorise l'écoulement des résidus végétaux, surtout lors des passages sur couverts végétaux ou sur des pailles fraîches ». L'interculture doit en effet être particulièrement bien adaptée à cette technique de prépa- Matériel Agricole - N° 210 - Mai 2015 43 ration du sol. L'exploitant implante donc directement, en prémisse d'un semis de betteraves, un mélange de phacélie, de trèfle d'Alexandrie et de radis fourrage. « Les espèces à longues racines sont à éviter pour faciliter le travail de l'outil », conseille Romain Joly. Après le broyage du couvert végétal, l'agriculteur opère un premier passage du strip-tiller. « La pénétration du gel durant l'hiver permet, lors de la seconde intervention au printemps, d'obtenir un lit de semence suffisamment fin et aéré pour semer dans la foulée ».  

Une homogénéité du sol difficile à obtenir

  L'utilisation d'un système de guidage par satellites à signaux RTK, garantissant une précision centimétrique, est donc aussi bien recommandée sur le tracteur traînant l'outil Stripcat que sur celui menant le semoir pour répéter les passages. Le chantier de préparation du sol, réalisé à une vitesse comprise entre 9 et 10 km/h, atteint ainsi un débit instantané dépassant 5 ha/h. Si le chenillard n'est pas indispensable lors des préparations de sol du printemps, son utilisation est nettement plus justifiée l'automne après le broyage du couvert. « Le précédent tracteur, jumelé à l'arrière comme à l'avant, atteignait un taux de patinage compris entre 15 et 20 %. Huit des douze rangs de betteraves étaient donc excessivement tassés ». L'agriculteur insiste en effet sur l'importance de l'homogénéité structurelle du sol pour la betterave. « Il faut absolument éviter l'alternance des couches de sols dures et trop aérées. Dans ces deux cas, la racine finit par se diviser au lieu de descendre correctement ». L'exploitant traîne donc derrière son strip-tiller un double rouleau de type Crosskill. L'ajout de ces différents modules assure, en plus d'un émiettement supplémentaire, un meilleur rappuyage du sol. « L'idéal serait cependant d'avoir des roues de plombage directement sur l'outil ». Si les hausses de rendements, en comparaison à un système de travail du sol traditionnel, sont difficiles à évaluer avec les betteraves, l'agriculteur assure gagner 4 à 5 % en colza. « Je parviens, comme sur une implantation après labour, à séparer l'intégralité des pailles du lit de semence, argumente Romain Joly. L'incorporation des fertilisants dans la ligne de semis garantit également un démarrage plus rapide de la plante. Et en plus de préserver l'humidité en surface, les résidus végétaux présents dans l'inter-rang stabilisent le sol et facilitent la circulation des engins notamment lors de la récolte des betteraves ».    

Réagir à cet article

Sur le même sujet

Entretien du paysage

L'épareuse Ferri TP 510 remplace la TP 51

Entretien du paysage

Une portée de 16 m pour le broyeur automoteur Athena d'Energreen

Manutention

Un pelle sur pneus Liebherr de 14 t

Récolte

Geringhoff resserre les maïs

Tracteur

Les séries 6 Deutz-Fahr en édition Warrior !

Presse haute densité d'occasion

Fiche occasion : des presses New Holland bien carrées

Pièces d’outils de travail du sol

Industriehof aux commandes de Forges de Niaux

Equipement

Des phares de travail a LED Hella

Manutention

Une chargeuse Case au méthane