Lemken : rubin 12 Vs karat 9

Lemken : rubin 12 Vs karat 9

On a parfois du mal à trouver, pour certains outils, un terme qui les caractérise précisément. Face au Karat 9 de Lemken, doit-on parler de néo-déchaumeur, de chisel ou de cultivateur ? Doit-on qualifier le Rubin 12 de déchaumeur à disques indépendants ou de cover-crop porté lorsqu'il est utilisé à la profondeur de labour ? Ces amalgames sont sûrement dus aux multiples utilisations qu'offrent certains de ces matériels de travail du sol. Un test au champ de ces déchaumeurs proclamés polyvalents nous a permis de vérifier s'ils tenaient toutes leurs promesses.

Les outils de déchaumage sont principalement convoités juste après la moisson. Qu'il s'agisse de contrôler le développement des adventices, de répartir les résidus, de limiter les ravageurs ou de favoriser une rupture de capillarité, la tendance est au travail estival superficiel. Les agriculteurs recherchent également un travail du sol pour ameublir la couche arable ou enfouir les résidus, les fumiers et autres amendements. Existerait-il un unique outil capable de remplacer un cultivateur, un pulvériseur à disques et un déchaumeur ? C'est pour en mesurer l'efficacité dans des conditions très différentes que nous avons mis en oeuvre deux équipements du constructeur Lemken. L'objectif de ce test est de comparer le travail réalisé avec deux outils de déchaumage de conception antagoniste. L'évaluation repose sur la qualité du travail en déchaumage superficiel et en pseudo-labour. Le premier outil, le Lemken Karat 9, peut être qualifié de néo-déchaumeur. Munies d'étançons rigides, les dents peuvent être modifiées pour s'adapter aux horizons travaillés. Avec un dégagement sous châssis de 80 cm, le Karat 9 vient en complément de la gamme Kristal 9. Le Karat 9 répartit ses onze dents sur trois rangées, contre sept dents sur deux poutres pour le Kristal. Le mélange du flux de terre serait donc meilleur et le sectionnement horizontal du fond de travail sans zone charnière. Le déchaumeur à disques indépendants Rubin 12 est un modèle plus récent chez le constructeur allemand. Cet outil est annoncé polyvalent. Venant compléter la gamme Rubin 9 destinée aux travaux superficiels, la version 12 peut travailler jusqu'à 20 cm de profondeur.  

le point technique

 

KARAT 9 : dents modulables

  le Karat 9/300 U à châssis porté travaille sur trois mètres de large. Ses dents, réparties sur trois rangées distantes de 70 cm, fournissent une interdent de 27 à 28 cm. Huit disques niveleurs estompent les traces formées par les dents. Le modèle testé est équipé d'un double rouleau-cage DRF de 400 mm de diamètre, à barre et plat. Sur chaque étançon, grâce à deux positions du boulon de sécurité, l'angle d'entrure peut être modifié. Toutes les pièces d'usure sont boulonnées sur un pied amovible à démontage rapide et sans outil. Pour les essais, des pointes et tôle de guidage de 120 mm avec des ailerons de 300 mm sont utilisées pour un travail superficiel. Le travail profond est, lui, réalisé avec une pointe et une tôle guide de 80 mm de largeur, sans aileron. Le changement des pieds amovibles sans outil est nécessaire si deux jeux sont utilisés : un jeu par configuration ou par utilisateur. Le changement des pointes, des ailerons et tôles de guidage se réalise par boulonnerie. La présence de deux jeux de pieds amovibles prééquipés a permis de passer d'une configuration à l'autre en moins de dix minutes. Cette solution de changement rapide et sans outil paraît moins judicieuse lors de l'utilisation d'un seul type de pointe et ne supprime pas le temps de travail pour le changement des pièces usées.   Les sécurités non-stop à ressort sont complétées d'un boulon de cisaillement. La force de déclenchement n'est pas réglable. Le recul de la dent s'active à partir de 5 500 newtons de résistance à la pointe. Sur le Karat 9, le contrôle de la profondeur est associé au réglage des disques de nivellement par brochage des butées. Le double rouleaucage offre plus de stabilité mais peut être sensible aux bourrages en terre à comportement plastique. Même si sa force de rappui n'est pas la plus importante dans la gamme de rouleaux proposés par Lemken, son profil permet un émiettement efficace. Pour passer du champ au transport, il est nécessaire de replier manuellement les deux disques de nivellement latéraux. Les broches sont maintenues en place par des goupilles à anneaux. Cette solution est très fiable pour éviter de perdre une goupille au travail, mais bien plus contraignante à manipuler qu'une goupille bêta ou à clip.  

RUBIN 12 : grands disques

  le déchaumeur à disques indépendants Rubin 12/300 U, d'une largeur de trois mètres, dispose d'un châssis porté complété d'une roue d'assistance au transport. Ses 18 disques offrent un espacement au travail de 17 cm sur deux rangées et sont orientés en X. Ils possèdent un diamètre de 736 mm pour une épaisseur de 6 mm. Leur dimension et leur écart sont plus importants que sur la version Rubin 9. Leur répartition avant/arrière est déséquilibrée (huit disques à l'avant et dix à l'arrière) afin d'utiliser les deux éléments aux extrémités comme disques niveleurs. Ces pièces bénéficient d'un réglage indépendant de leur profondeur de travail pour s'adapter au volume de terre remué par la rangée située à l'avant. Lemken reste fidèle à l'utilisation de ressorts hélicoïdaux précontraints pour l'effacement des disques. L'organe de plombage qui équipe le déchaumeur testé, baptisé Flexring, est muni de lames flexibles. Son diamètre de 540 mm lui confère une capacité de débourrage plus importante en conditions peu ressuyées. Il reste cependant moins efficace en émiettement que des rouleaux à profil plus aigu. Le Rubin 12 essayé est équipé en option du réglage hydraulique de la profondeur de travail. Deux vérins modifient la hauteur du rouleau arrière. Un index visible depuis la cabine informe de la valeur de terrage (de 1 à 9). Au centre de l'outil, un peigne assure l'émiettement et le nivellement de la première rangée de disques. Réglable en hauteur, son action concerne principalement le flux de terre des premiers disques. Située entre le train arrière et le rouleau, une rangée de déflecteurs traînants accompagne l'ultime flux de terre vers les côtés pour affiner le nivellement. Même si l'appréciation du résultat demande un coup d'oeil et une habitude, la prise en main du réglage s'avère des plus simples : une manivelle actionne une crémaillère autobloquante sur laquelle est fixée chaque rangée de peignes. Au transport et lors des demi-tours en bout de champ, la roue d'assistance (400/60-15.5) de notre modèle d'essai supporte le poids du rouleau du Rubin. Son activation est automatique lors de la montée des bras de relevage. Pour la verrouiller et ainsi utiliser en permanence l'outil en configuration portée il est nécessaire de brocher deux axes sur ses bras supports.  

La confrontation

 

Un travail superficiel mais pas futile

  À 7 cm de profondeur l'aspect de surface montre davantage de résidus avec le Karat 9. Le Rubin 12, bien qu'enfouissant mieux, réalise un triage densimétrique des mottes plus important laissant davantage de gros agrégats en surface. L'outil à dents nivelle mieux à faible vitesse, mais aligne quelques adventices. La forme du profil travaillé ne semble pas influencée par les différences de vitesse. Le Karat 9 offre des fonds de travail très réguliers. La totalité des adventices est tranchée ou arrachée. Le Rubin 12 révèle des crêtes en fond de profil, créées entre deux disques divergents. Cette forme en pointes n'a pas arraché certaines racines pivots. Même si la profondeur de travail atteinte est aux alentours de 8-9 cm, le sommet de ces crêtes n'est qu'à 3-4 cm de la surface. Le triage d'un volume de terre équivalent sur l'horizon travaillé permet d'obtenir une approche de l'agressivité des outils. À 6 km/h, le Karat 9 laisse les plus grosses mottes. Il atteint tout de même les performances du Rubin lorsque les essais sont conduits à 10 km/h. Sans surprise, c'est l'outil à disques à vitesse élevée qui émiette le plus. La vigilance est toutefois de mise puisque les rouleaux n'ont pas du tout réagi de la même manière. Le Flexring équipant le Rubin 12 a principalement travaillé par écrasement tandis que le double rouleau-cage du Karat 9 générait une projection de terre importante favorisant l'agressivité.  

Toujours plus bas, plus vite

  pour travailler à 20 cm de profondeur, des adaptations ont été nécessaires. Le Karat 9 a échangé ses pointes larges à ailerons contre des coutres de 80 mm de large. Malgré les 240 chevaux du tracteur utilisé, le Rubin n'a pas pu atteindre les 17 km/h souhaités à cette profondeur. Les données ont donc été relevées à 13 km/h. Les deux outils semblent mieux se comporter dans la limite de vitesse haute à cette profondeur. Le Karat 9 présente une surface plane et homogène à 10 km/h même si le Rubin 12 semble toujours en avance sur l'enfouissement de résidus. Ce dernier outil a été plus délicat à régler, malgré l'abaissement du peigne arrière, dans l'optique de corriger la formation d'un billon central en surface. Le volume de terre sectionné par les deux disques arrière latéraux semble trop important pour obtenir un nivellement parfait entre deux passages. Le Rubin présente une régularité très correcte à 20 cm quelle que soit la vitesse de progression. Tout l'horizon a été travaillé. Il forme toujours des crêtes au dos des disques mais ceci n'est pas préjudiciable à cette profondeur si le sol est ressuyé. Avec le Karat 9, le sol semble davantage éclaté que retourné. Le passage des dents est marqué mais ne crée pas de bouleversement en profondeur entre chacune d'entre elles. Les dents travaillent efficacement par fissuration à 20 cm dès 6 km/h. Le Karat 9 engendre de plus grosses mottes en raison de la forme des dents étroites utilisées. Le Rubin 12 à 10 km/h apporte une agressivité d'émiettement proche du Karat 9 à la même vitesse. La différence est, dans ce cas, atténuée par le profil du double rouleau. Pour le Rubin 12, même avec seulement 3 km/h d'écart entre les deux modalités, une organisation des mottes plus fine est révélée à 13 km/h.  

La chimère du vite et bien fait

  les objectifs de profondeur ont vite été atteints grâce aux contrôles hydrauliques du rouleau ou du troisième point. Il est dans tous les cas indispensable de contrôler le talonnage des outils au travail pour obtenir un fond de travail non accidenté. Les peignes souples sur le Rubin 12 sont très faciles et rapides à ajuster. Les disques rigides sur le Karat 9 demandent davantage de temps à régler, mais cette intervention est moins fréquente en raison de l'accouplement avec le contrôle de profondeur. Lorsque le Karat est utilisé à 20 cm de profondeur avec les socs de 80 mm, le tracteur de 240 chevaux n'est pas à pleine charge à 10 km/h. La préconisation de 70 chevaux par mètre en travail profond semble adaptée, surtout pour un outil porté à grand porte-à-faux nécessitant une capacité de relevage importante. Le travail du Rubin à 20 cm de profondeur a bridé l'évolution du tracteur à 13 km/h, confirmant le besoin de 80 ch/m en travail profond. De par sa conception à grands disques et grand écartement, le Rubin 12 s'en sort moins bien en travail superficiel malgré un aspect de surface très régulier. La profondeur de travail est plus régulière pour le Karat 9 lorsqu'il est équipé des ailerons. La vitesse de travail de l'outil à dents reste pourtant un frein comparé aux performances de débit qu'offre le Rubin 12 à 17 km/h. À 20 cm, le Rubin 12 offre le profil le plus plat en profondeur. Il garantit un brassage complet de l'horizon travaillé. Le Karat 9 travaille davantage en fissuration au-delà de 15 cm. Malgré tout, la terre remuée à la surface présente un profil plus plat qu'avec l'outil à disques. Enfin, un essai sur prairie a permis d'observer le comportement du déchaumeur à disques indépendants. L'efficacité de l'appareil en un seul passage s'est révélée surprenante par rapport à un outil doté de disques plus petits  

Une parcelle d'essais enherbée et compactée en surface

  La parcelle mise à disposition pour l'essai est située dans le bocage deux-sévrien. Le précédent de blé tendre d'hiver a été récolté fin juillet. La rotation céréalière courte et l'abandon du labour ont favorisé le développement de mauvaises herbes. La pluviométrie exceptionnelle en juillet a généré des compactages lors de la moisson. L'absence de dessiccation du sol n'a pas permis une structuration estivale bénéfique ce qui accentue la probabilité de prise en masse. La texture du sol est à tendance sableuse. Même si la structure semble compacte en surface, la porosité est importante et les mottes aisément friables. Le pénétromètre a confirmé la compaction des horizons avec une résistance de plus de 300 PSI dans les huit premiers centimètres. La valeur se stabilise à un seuil non critique (200 et 250 PSI) de 10 à 22 cm de profondeur. Les adventices à détruire sont représentatives du secteur avec la pression forte de plantes vivaces. Elles se composent de carottes sauvages, de mouron rouge et de repousses de blé parmi des chénopodes, des chardons et des liserons.        

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