CONTROLLED TRAFFIC FARMING : mieux circuler dans les parcelles

CONTROLLED TRAFFIC FARMING : mieux circuler dans les parcelles

La compaction des sols est l'éternel cheval de bataille de tout bon agriculteur. Des moyens existent cependant pour réduire l'impact des passages d'engins dans un champ. Le Controlled Traffic Farming, traduisez « circulation agricole contrôlée », est pratiqué depuis le début des années quatre-vingt-dix en Australie. Il consiste à effectuer tout ou partie des travaux des champs en ne roulant que dans des traces prédéfinies. Le Controlled Traffic Farming associe l'agriculture de précision aux techniques de conservation des sols. Matériel Agricole est allé à la rencontre d'agriculteurs ayant mis en place ce système sur leur exploitation afin d'en connaître les bénéfices.

L'avis du spécialiste : Thomas Anken, membre de l'institut de recherche Agroscope (Suisse)

  Thomas Anken, membre de la station de recherche agronomique Agroscope de Tänikon, en Suisse, étudie actuellement l'impact du Controlled Traffic Farming, une pratique encore relativement méconnue dans l'Hexagone. Les résultats obtenus après deux années d'essais démontrent une amélioration structurelle de l'état des sols. L'éradication des passages aléatoires de roues favorise en effet l'infiltration de l'eau tout comme l'enracinement des cultures. La résistance de pénétration du sol est, en moyenne, réduite, sur une couche de 2 à 25 cm de profondeur, de 20 % par rapport à un sol roulé aléatoirement lors d'un semis sans labour. Les agriculteurs rencontrés lors de ce dossier s'accordent également sur ce sujet. L'augmentation des rendements est, quant à elle, encore difficile à évaluer, car elle dépend des différents types de sol et leur qualité structurale. L'organisme suisse n'a, durant ses expérimentations, pas encore relevé d'impact notable sur un sol peu dynamique et mal structuré. La baisse du budget carburant, liée à la facilité de travail des sols, est, elle, nettement plus flagrante. La réutilisation des passages impose néanmoins d'emprunter des voies et des outils de largeur égale ou respectant un même multiple. Ce poste d'équipement représente parfois des sommes non négligeables pour qui dispose d'outils d'envergure différente. Selon Thomas Anken, un premier pas important est de pratiquer le Controlled Traffic Farming avec les engins les plus lourds uniquement. Une technique en somme simplifiée où seules la moissonneuse-batteuse, les remorques et autres tonnes à lisier circulent dans les mêmes passages. Si cette méthode de travail a certainement de beaux jours devant elle, les bases du respect des sols ne sont pas pour autant à mettre de côté. Le lestage excessif des tracteurs, des pneumatiques inadaptés ou travaillant à des pressions excessives sont, pour rappel, les principales causes de compaction des terres.  

BrookerFarm, ROMNEY MARSH (ROYAUME-UNI)

  « L'aboutissement de l'agriculture de précision »   La pratique du Controlled Traffic Farming n'est qu'une suite logique pour Andrew Cragg, agriculteur anglais à la tête de l'exploitation de grande culture BrookerFarm. Adepte de l'agriculture de précision, il a converti peu à peu les matériels de sa ferme pour enfin ne posséder que des outils d'une largeur de travail correspondant à un multiple de six mètres. Cette mise en place s'est révélée coûteuse en temps mais bénéfique pour ses sols.   La pratique du Controlled Traffic Farming (CTF) n'est pas encore des plus courantes dans l'Hexagone . Qu'à cela ne tienne, je me suis rendu au Royaume-Uni, là où cette technique se démocratise, pour rencontrer Andrew Cragg, agriculteur à la tête d'une exploitation de 540 hectares située à Romney Marsh, dans le Kent. Cette petite bourgade, établie à proximité immédiate des côtes de la Manche d'où, par beau temps, les badauds suivent la traversée des ferrys jusqu'en France, est aussi peuplée de terres argileuses à limono-argileuses situées à des niveaux d'altitude souvent proches de celui de la mer. « L'utilisation de matériels de plus en plus lourds sur l'exploitation compactait des sols qui restaient ensuite très humides et difficiles à travailler », explique l'exploitant. Ce féru de nouvelles technologies investit dès 1996 dans un système de guidage par satellites relié, entre autres, au contrôleur de rendement de sa moissonneusebatteuse. L'agriculteur tentait déjà, à l'époque, de répéter les passages de ses engins aux mêmes endroits, travail après travail. Mais le manque de précision du signal GPS Egnos l'amène, en 2008, vers un système d'autoguidage par signaux RTK lui assurant alors une précision centimétrique. « L'idée principale était de réduire au maximum le nombre de passages de roues dans les champs. » L'exploitant cartographie alors l'ensemble de ses parcelles et définit, pour chacune d'elles, les lignes de guidage à suivre. Il débute alors ses semis de colza, de blé et de pois secs avec un outil à dents semeuses, de six mètres de large. L'automoteur de pulvérisation, comme le distributeur d'engrais, interviennent ensuite sur une largeur de 24 mètres et respectent ainsi les premiers passages établis lors du semis. Andrew Cragg a néanmoins pris soin de ne pas lésiner sur la qualité de travail de ses deux appareils. Le premier, chaussé de pneus à flancs à très grande flexion Michelin Xeobib, dispose également d'un système de modulation de dose, de coupure de tronçons par GPS et d'un dispositif de sélection automatique des buses. Le second module également les doses d'intrants selon les préconisations d'un capteur N-Sensor de Yara ou d'après les cartes préalablement réalisées par l'exploitant. « Le seul respect des passages dans un champ perd cependant de son efficacité si, en contrepartie, les automoteurs plombent à chaque fois le sol », mesure Andrew Cragg. L'homme a donc fait appel à un spécialiste du pneumatique pour peser séparément les essieux de ses tracteurs lorsqu'ils sont équipés d'un de leurs outils attitrés.  

Une mise en place pas à pas

  « Chaque conducteur connaît ainsi, avant de partir travailler, la pression la plus juste à apporter aux pneumatiques de son engin. Nous avons également modifié la voie des tracteurs en passant de 193 à 208 cm afin de trouver un compromis avec les pulvérisateurs. » La récolte était, elle, assurée par une moissonneuse-batteuse équipée d'une barre de coupe de neuf mètres de large soit en décalage avec le système établi. « L'achat immédiat d'une autre machine dans le seul but de respecter les traces préalablement formées aurait été absurde », raisonne l'agriculteur. La moisson de 2014 a cependant été marquée par l'arrivée d'une nouvelle machine. Celle-ci est équipée d'une barre de coupe de 12,5 mètres de large et d'une impressionnante vis de vidange de 10,4 mètres de long. Cette spécificité permet à l'automoteur comme à la benne, lors de la vidange en roulant notamment, de circuler dans des trains préalablement formés. Ainsi avancé dans cette pratique, Andrew Cragg annonce n'endommager que 37 % de la surface du sol chaque année. Ce chiffre diminuerait de moitié si le déchaumeur et le semoir accédaient tous deux à une largeur de travail 12 mètres. « Pour l'heure, ce n'est pas envisageable car ces outils demandent beaucoup trop de puissance », poursuit l'exploitant. Ses efforts sont néanmoins déjà payants. « Les dégâts causés par les abondantes pluies de l'hiver dernier ont été extrêmement limités par rapport aux parcelles voisines. Même si ce n'était pas mon objectif à la base, mes relevés de consommation de carburant ont baissé de près de 20 % ces dix dernières années. Les rendements de mes cultures se sont, eux, bien améliorés. » L'agriculteur réduit également la fréquence et la surface de décompactage de ses sols en n'intervenant, par exemple, que sur les zones foulées par les roues d'un engin. Il ne s'interdit cependant pas l'utilisation ponctuelle de la charrue. « Je ne suis pas partisan du tout semis sans travail du sol. Certaines adventices, tel le vulpin, m'imposent le passage de cet outil. » S'il avoue que les effets du Controlled Traffic Farming sont plus probants dans les parcelles aux sols lourds et en conditions humides, Andrew Cragg assure, dans tous les cas, qu'un agriculteur équipé d'un système d'autoguidage n'a absolument rien à perdre en s'essayant à cette technique.     EARL HEIM, HILSENHEIM (BAS-RHIN)   « La suite logique d'un changement de technique culturale »   Il ne laboure plus ses sols depuis 1998. Rémy Heim, agriculteur à Hilsenheim (Bas-Rhin), s'intéresse à toutes les méthodes permettant de moins circuler dans ses parcelles. Avec un bon équipement d'autoguidage par GPS et un peu de rigueur, il estime aujourd'hui, grâce au contrôle des passages des engins agricoles, ne rouler que sur 30 à 35 % de sa surface.   «Le Controlled Traffic Farming (CTF) n'est que la suite logique d'un changement de technique culturale », prévient d'emblée Rémy Heim. Ce gérant, avec son frère Maxime, d'une exploitation céréalière en Alsace et d'une entreprise de travaux agricoles spécialisée dans le semis et la récolte est plus passionné d'agronomie que féru de nouvelles technologies. L'agriculteur ne laboure plus ses champs depuis 1998. C'est pourquoi, ce producteur de maïs, de soja et de blé cherche constamment à limiter la surface de roulage dans ses parcelles pour éviter la compaction du sol et ses effets néfastes sur la porosité et sur la circulation d'eau, d'air et d'éléments nutritifs. « J'ai découvert la pratique du Controlled Traffic Farming, c'est-à-dire l'optimisation des passages d'engins agricoles, il y a une dizaine d'années en consultant Internet, notamment des sites australiens car cette technique est assez répandue sur l'île-continent. Cette recherche m'a surtout permis de mettre un nom sur cette méthode de travail. Car en réalité, comme bon nombre d'agriculteurs, je la pratiquais déjà, dans une moindre mesure, sans vraiment m'en rendre compte. » Il y a huit ans, Rémy Heim commence à dessiner les parcelles et les passages d'automoteurs à l'aide d'un logiciel de conception assistée par ordinateur. Très vite, l'agriculteur se rend compte qu'un système de guidage automatisé par GPS devient indispensable. Il achète sa propre base RTK en 2010. Après quelques années d'apprentissage, il opte pour le réseau VRS RTK, un système partagé garantissant la répétitivité dans le temps, donc le passage dans les mêmes traces d'un jour, voire d'une année, sur l'autre.  

Un peu de rigueur et de compromis

  « Cette méthode de travail se met en place progressivement, constate Rémy Heim. Elle exige de la rigueur, du temps et des compromis en fonction de la structure de l'exploitation, notamment du parcellaire et des productions. » Mais le résultat en vaut la peine. L'Alsacien estime aujourd'hui entre 30 et 35 % la surface roulée sur ces parcelles, contre 80 % avant 1998 et son passage aux techniques culturales sans labour. « Je pense pouvoir gagner encore environ 10 % en maîtrisant mieux l'autoguidage et en atteignant une précision entre les passages, année après année, équivalente à celle du système RTK, soit de l'ordre du centimètre. »   Cet hiver, l'exploitant souhaite repérer géographiquement le contour de ses parcelles et dessiner préalablement ses passages dans chacune d'elles à l'aide du logiciel Farm Works Mapping de Trimble. Il intégrera ainsi l'année prochaine ces consignes dans les boîtiers d'autoguidage de ses tracteurs. « Cet équipement de guidage permet, de plus, le travail en bandes et limite ainsi les manoeuvres dans les bouts de champ, donc les empreintes au sol. Par ailleurs, il est bien utile pour la gestion automatique en fourrière des rangs de mon semoir monograine et des tronçons de mon pulvérisateur. C'est aussi un excellent équipement de traçabilité des chantiers et de confort », apprécie Rémy Heim. La largeur des outils et l'adaptation de la voie des automoteurs restent les deux freins majeurs au Controlled Traffic Farming. « Pour l'envergure des machines, je veille simplement à choisir des outils multiples de six mètres au fur et à mesure de leur renouvellement », explique l'agriculteur. Aujourd'hui, son déchaumeur à disques indépendants Väderstad Carrier, son semoir à céréales Seed Hawk 600C et celui de précision Tempo F, de huit rangs, mesurent tous six mètres de large. Le pulvérisateur et l'épandeur à engrais travaillent, eux, sur 24 mètres. La moissonneuse- batteuse, lorsqu'elle fauche des céréales avec sa barre de coupe de 6,70 mètres, convient également. Mais avec son cueilleur à maïs de 6 rangs, soit 4,50 mètres de large, et une voie plus large que celle des tracteurs, elle n'évolue pas rigoureusement dans les mêmes traces que les tracteurs. « Nous avons jusqu'à présent conservé le cueilleur à maïs de 6 rangs et 75 cm d'écartement qui représente le meilleur compromis technico-économique. Choisir une voie unique pour les tracteurs et la moissonneuse-batteuse relève de l'utopie compte tenu notamment des contraintes de circulation routière. Ce changement serait envisageable si toutes les parcelles étaient regroupées autour de l'exploitation », conclut Rémy Heim.    

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