Sur l’exploitation de Mathieu Léger, les tracteurs rouges, c’est plus qu’une histoire de famille. Depuis l’arrivée des tracteurs dans les campagnes jusqu’à maintenant, la ferme est restée fidèle à Massey Ferguson. L’histoire a commencé par un petit gris et une benne MF, et ne s’est depuis pas arrêtée puisque la ferme utilise aujourd'hui un 8S.225 et un 7S.180. Cette dernière compte toujours un 152 de 1976 et un 592 de 1978. Mais ce qui nous intéresse ici, ce sont les deux youngtimers toujours au travail et dans un état impeccable. L’heureux propriétaire Mathieu Léger dispose de 280 ha de surface agricole utile (SAU) et élève 250 chèvres à Ligueil, en Indre-et-Loire. Si une partie de la production de lait est vendue en laiterie, la majorité est transformée en fromage sur la ferme, vendu localement et à travers la France.

Stockés bien à l'abri des intempéries, les deux youngtimers sont dans un bel état aussi bien en cabine qu’à l’extérieur. Une fois démarrés, les deux six-cylindres Perkins offrent une douce mélodie. Lorsque ces tracteurs sont mis côte à côte dans la cour, l’évolution du design au cours des quelques années qui les séparent saute aux yeux. En effet, quand l’un présente une silhouette très géométrique, le second s’arrondit et prend de l’embonpoint.

16 000 heures et pas une ride
Le Massey Ferguson 3115 développant une puissance de 115 ch a été acheté neuf sur l’exploitation en 1992 et totalise aujourd’hui près de 16 000 heures. « À l’époque, c’était notre tracteur de tête. Il effectuait les labours avec une charrue à quatre corps ainsi que l’ensemble des semis, raconte Serge Léger, le père de Mathieu aujourd'hui retraité. Il avait la particularité d’avoir une cabine novatrice pour son temps avec, notamment, une très bonne visibilité. » Après 34 ans de service, le tracteur se montre très fiable, rencontrant peu de problèmes mécaniques mis à part le remplacement d'un boîtier électronique lié au relevage. L’embrayage a été changé une seule fois à 6 000 heures. Aujourd'hui, l’ancien est au repos et relégué aux travaux légers : roulage, semis direct avec un semoir brésilien Semeato, de la fenaison et du transport à la moisson.

« C’est un tracteur dont nous ne nous séparerons pas. Certes, le confort n’est pas au niveau des tracteurs actuels, mais il reste très pratique avec son petit gabarit pour faner et andainer, explique Mathieu Léger. Sa consommation réduite est un vrai plus. Au semis avec le Semeato de 3 m de large, il ne consomme que 4,5 à 5 L/h. »

Le Massey Ferguson 6290 de 2002, quant à lui, est arrivé sur la ferme une dizaine d'années auparavant. Il a été repris avec 3 000 heures au compteur à un voisin de l’exploitation. Depuis, il réalise, comme son aîné, certains travaux de fenaison, du transport à la moisson avec une remorque Rock de 12 t, voire une Legrand de 18 t pour les tournesols, ainsi que les premières coupes avec une faucheuse Kongskilde de 3,5 m de large. Le tracteur compte désormais 6 500 heures. S'il effectuait jusqu’alors entre 300 et 400 heures par an, le 6290 réduit la voilure au profit du 7S, notamment pour les apports d’engrais avec un distributeur Vicon Geospread.

Deux six-cylindres Perkins
Les deux youngtimers 3115 et 6290 sont animés par un six-cylindres Perkins de 6 L. Ils développent respectivement 115 et 142 ch pour 440 et 547 Nm de couple. « Ce sont des tracteurs simples et sans réel point noir. Le 3115 nécessite une batterie en forme, car il peine à démarrer par temps froid, raconte l’agriculteur. Mis à part cela, ils sont fiables et simples d’entretien. » Le 3115 se dote d’une transmission mécanique à deux gammes et quatre rapports. Un témoin lumineux sur la droite indique la position lièvre ou tortue des gammes. Le bouton Speedshift, pour sa part, permet de bénéficier d’une réduction de 20 % de la vitesse, à l’image d’un rapport sous charge. Il nécessite tout de même l’utilisation de l’embrayage. L’inverseur mécanique, avec une position neutre, est disposé à côté du levier de transmission, à la droite du chauffeur. De son côté, le 6290 accueille une transmission semi-powershift Dynashift. Celle-ci comporte quatre vitesses et quatre rapports sous charge.

Avec l’option AutoDrive, le passage des powershifts s'opère automatiquement. Un interrupteur à trois positions sur l’accoudoir solidaire du siège autorise la sélection du passage automatique des rapports à 1 700 tr/min en mode Eco et à 2 100 tr/min en Power, ou encore de désactiver cet automatisme. L’utilisateur peut également gérer la Dynashift via l’inverseur Power Control. Ce dernier, toujours présent chez le constructeur sur les tracteurs de toute dernière génération, permet de gérer les powershifts, et ce, dans les deux sens de marche.
Du mécanique à l’électrique
Si le 3115 dispose uniquement d’une pompe hydraulique à engrenage débitant 50 L/min, le 6290 peut bénéficier, au choix, d’une pompe à centre ouvert de 89 L/min ou à centre fermé de type load sensing de 105 L/min. Les deux youngtimers sont dotés de distributeurs mécaniques, soit deux sur le 3115 et quatre sur le 6290. Ce dernier pouvait néanmoins bénéficier de distributeurs à commande électronique avec un joystick sur l’accoudoir, ici remplacé par un porte-gobelet. La commande du relevage est électronique pour les deux tracteurs. Ceux-ci accèdent ainsi à une butée haute, au réglage de la vitesse de descente, au contrôle d’effort et, pour le 6290, à la suspension du relevage arrière à boule d’azote appelée « Shock Absorber ». Ce système amortit automatiquement, selon le poids des outils, les oscillations de ces derniers lors du transport sur route ou dans les tournières. Couplé à l’optionnel pont avant suspendu Quadlink, le 6290 offre un bon niveau de confort.

« Nous allons sûrement nous en séparer pour le remplacer et soulager le 7S dans ses tâches, mais le 3115 restera sur la ferme, réaffirme Mathieu Léger. Ces deux tracteurs comportent moins de capteurs et de codes d’erreur pouvant nous mettre à l’arrêt, comparés aux modèles récents. Le matin, on tourne la clé et c’est parti ! »

