Cela fait maintenant deux ans que le groupe Argo (Landini et McCormick) déploie dans sa gamme sa transmission maison P6-Drive. Fini, donc, le partenariat avec ZF, notamment pour équiper les trois modèles de la série X6.4. Le X6.413 est le plus petit de ceux-là, accompagné par les X6.414 et X6.415. Ces tracteurs reçoivent un moteur FPT à quatre cylindres de 4,5 L. Si la fiche technique semble prometteuse, le McCormick ne déçoit pas non plus par sa cabine à quatre montants, dont l’agencement épuré et bien organisé facilite la compréhension et la prise en main. À bord, vous ne serez pas submergé par une panoplie d’écrans. Seul un afficheur monochrome, disposé au centre du tableau de bord, donne accès aux quelques réglages disponibles. Cette ambiance minimaliste vaut aussi pour les commandes, puisque l’accoudoir solidaire du siège accueille un unique joystick. Ce dernier commande aussi bien deux distributeurs que le chargeur frontal. Il suffit de permuter ces fonctions à l’aide d’un bouton.
Le joystick comporte aussi des touches pour passer les rapports, inverser le sens de marche, rappeler le régime moteur mémorisé ou encore activer la prise de force. Enfin, une molette commande le relevage arrière. Vous l’avez compris, presque tout dans ce McCormick se pilote depuis son seul joystick. Cette particularité en fait un tracteur intuitif et simple à prendre en main. J’ai pu le vérifier lors de notre essai comparatif de dix tracteurs, organisé au printemps sur l’exploitation du lycée agricole de Magnac-Laval (Haute-Vienne).
Pensé pour la manutention
Le premier atelier de notre essai consiste à curer le fumier dans un bâtiment d’engraissement de taurillons. Le X6.413 reçoit le chargeur proposé en monte d’origine par McCormick. Il s’agit d’un modèle M40 TH issu du fabricant espagnol Sigma 4. Le tracteur profite d’une prédisposition d’usine, avec des distributeurs ventraux dédiés au chargeur. Il reçoit également un toit en partie vitré afin d’offrir le maximum de visibilité vers le godet en position haute. Je me lance donc pour le curage. D’emblée, je suis conquis par le joystick « tout-en-un ». Je n’ai pas besoin de passer d’une manette à l’autre pour gérer le chargeur, la transmission, les rapports sous charge… Je peux ainsi me concentrer sur le travail, surtout en passant au plus près des murs.
La visibilité vers l’avant n’est pas des meilleures. Le capot, plutôt imposant, me gêne pour voir le godet posé au sol. Sur ce point, le McCormick n’offre pas l’agrément du Valtra, du Massey Ferguson ou encore du John Deere, tous dotés d'un capot plongeant. En revanche, l’inverseur se montre particulièrement souple. Il en est de même pour les rapports sous charge, dont le passage ne se sent quasiment pas. J’en arrive à oublier qu’il s’agit d’une transmission mécanique, tant le ressenti est proche d’une variation continue. Je tire mon chapeau aux équipes d’Argo, qui ont mis au point l’une des meilleures boîtes semi-powershift que j’ai eu l’occasion de tester. Le chargeur frontal donne, lui aussi, entière satisfaction. Son parallélogramme hydraulique et ses vérins de petit diamètre, gage de vitesse de mouvement, le rendent agile.
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Couple et sobriété
Après le curage, place à la route. Au crochet d’une benne Leboulch chargée de fumier, je me dirige vers la parcelle de stockage, distante d’une dizaine de kilomètres. Le parcours, s'il n'est pas vraiment vallonné, comporte néanmoins quelques faux plats mettant à l’épreuve le McCormick. Les six rapports sous charge s’avèrent bienvenus quand il s’agit de rétrograder sans perdre d’élan. Leur étagement bien pensé permet d’exploiter au mieux le moteur dans sa zone de couple. Là encore, le constructeur ne s’est pas trompé en optant pour le bloc FPT de 4,5 L. Ce dernier est, selon moi, parmi ce qui se fait de mieux sur le marché actuellement. Dans les côtes, son régime descend jusqu’à atteindre la plage de couple, puis il s'y « cale » et ne bouge plus.
Le moteur donne la sensation de forcer tranquillement mais ne s’écroule pas. En dépouillant les données collectées pendant le test, nous découvrirons en plus qu’il affiche l’une des consommations les plus faibles du comparatif. Du point de vue du confort, le X6.413 s’en sort également bien. Son pont avant suspendu à bras indépendants filtre bien les cahots de la route. L’amortissement de la cabine élimine aussi les quelques mouvements subis par le châssis. Ainsi, même pour le passager, dont le siège n’est pas suspendu, le trajet s’avère confortable. Notons que notre modèle d’essai reçoit un système de freinage de remorque à double ligne hydraulique, mais McCormick propose également une version pneumatique, ainsi que la combinaison des deux systèmes.
Roi de la manœuvre
Sur la ferme du lycée, les foins battent leur plein. J’en profite donc pour me joindre à l’effort au volant du McCormick. J’attelle l’andaineur double Kuhn de 7,5 m. Puisque cet outil ne demande pas beaucoup de puissance, je règle le rapport de prise de force sur 540 tr/min Eco. J’accélère jusqu’à obtenir un régime de 430 tr/min afin de ne pas endommager le fourrage sec. Le moteur tourne alors à 1 260 tr/min. Inutile de le faire ronfler davantage, il encaisse les montées sans broncher, à une vitesse de 7 km/h environ. L’étagement de la transmission et les six rapports sous charge sont encore à l’avantage du McCormick. Je descends en C1 pour les manœuvres en bout de champ, puis remonte en C4, le tout sans à-coups. Je gère le relevage des rotors via un distributeur commandé par le joystick. Et pour passer en marche arrière, il me suffit de donner deux impulsions sur le bouton dédié. Un bip me confirme alors le changement du sens de marche.
À la longue, cet avertissement peut sembler quelque peu redondant. La cabine à quatre montants se montre pratique pour longer les clôtures. Je profite en effet d’une vue dégagée sur les côtés. À ce moment de l’essai, vous vous dites que ce tracteur a décidément tout pour plaire. Et je suis d’accord avec cela. Pour l’avoir confronté à toutes sortes de travaux pendant deux semaines, je ne lui ai pas trouvé de point noir. Ce X6.413 rassemble des composants performants (moteur, transmission) et de bonnes idées (le joystick tout-en-un), le tout dans un esprit de simplicité et de facilité d’utilisation. Et pour ceux qui le trouveraient trop chichement équipé, rassurez-vous ! Le constructeur propose en option un terminal tactile donnant accès aux différents réglages, ainsi qu’une console pour le guidage et l’interface Isobus. Finalement, la vraie force de ce tracteur réside sans doute dans cette capacité à offrir un environnement minimaliste sans sacrifier la performance et la polyvalence.

